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CONTRE-ESPIONNAGE

La France depuis 1870 n'a jamais eu un service d'espionnage et de contre-espionnage répondant aux multiples nécessités de la guerre moderne. Mais elle avait dans son service de renseignements au ministère de la Guerre un commencement d'organisation qui a été à peu près détruit, comme on sait, par un choc en retour de l'Affaire Dreyfus. Cette faiblesse d'un organisme indispensable, coïncidant avec une période de déliquescence gouvernementale et une crainte excessive de la guerre, a singulièrement favorisé l'espionnage allemand en France. On ne saurait douter que la France est couverte aujourd'hui d'un réseau d'espions allemands dont les trames se resserrent de plus en plus.

Avantetaprèsl870. ^!^, ,^^!*, historiquement le rôle

considérable que 1 espionnage a joue en faveur de nos voisins dans la préparation de la guerre de 1870. Le simple bon sens permet de comprendre qu'après avoir tiré jadis du service (Jes renseignements des avantages si considérables, les Allemands se sont appliqués, grâce à leur esprit de méthode et de suite, à l'augmenter et à le perfectionner. Aujourd'hui, les espions allemands opèrent chez nous presque en liherté, notant la valeur de nos officiers, l'état de notre armement, l'ap-

provision nement de nos magasins, les moindres détails de nos chemins de fer, l'état d'esprit de nos troupes, les prises d'eau, les canalisations électriques, etc.

C'est à peine si, de temps à autre, on met la main sur un espion d'outre-Rhin quand son audace est si grande qu'il est impossible de ne pas la réprimer.

On arrêta, par exemple, à Chàlons-sur-Marne, en juin 1911, un nommé Delbrech en relations certaines avec le service d'espionnage du grand état-major allemand. Dans la chambre d'hôtel qu'il habitait, on trouva des documents fort caractéristiques, notamment une brochure éditée par le grand état-major allemand relative à l'armée française.

Cette brochure contenait de nombreux détails sur les garnisons des villes frontières, les forteresses, les camps d'instruction. On suppose que cet opuscule est destiné à servir de guide aux espions allemands en terre française. (Voir La Liberté, 30 juin 1911.) Ce dernier détail ne donne-t-il pas une idée fort avantageuse du développement chez nous d\i,-seryiçe des renseignements allemands?

Comment on nous . ^^ *^"^P^ ^ ''*"*'^^' ^^^ incidents

cache la vérité signiflcatifs nous avertissent de tout

ce que nous devons craindre de cette organisation. Ainsi, le 8 juillet 1911, deux individus se sont introduits dans le poste des torpilles sous-marines sous la batterie des Carraques, à la presqu'île de Saint- Mandrier, près de Toulon. C'est de ce poste que partent tous les fils électriques qui permettent de faire exploser les mines sous-marines défendant l'accès de la rade.

Vers 9 heures du soir, le quartier-maître Kergueven constatant qu'une porte du poste était entr'ouverte regarda pour voir si rien d'anormal ne se passait. Il sentit une résistance et un individu bondit suivi d'un autre qui frappèrent le quartier-maître. Les deux hommes purent

malheureusement s'échapper, grâce à une automobile qui les attendait. (Voir L'Écho de Paris, 9 juillet 1911.)

Lorsque la connaisance de cet incident fut répandue dans le public, par les journaux, l'émotion fut d'autant plus grande que nous étions alors en période de tension politique avec l'Allemagne. En haut lieu, on souhaita que l'opinion ne s'échauffât pas.

Alors, comme cela se produit dans beaucoup de cas analogues, une note d'allure officieuse fut communiquée aux journaux, note de nature à supprimer toute cause d'agitation. On ne voulut plus voir des espions dans les deux hommes qui s'étaient introduits dans le poste de torpilles de Toulon, mais de simples voleurs de câbles en cuivre. La note calmante concluait : u II n'y a eu, par conséquent, aucun attentat criminel et tout se réduit à une tentative de vol. n (Voir Le Petit Jourtud, 11 juillet 1911.) Toute l'affaire fut ainsi enterrée par cette explication fort peu satisfaisante.

Comment admettre que de simples voleurs de cuivre se soient donnés la peine d'aller jusqu'à ce poste de torpilles où les câbles de cuivre sont difficiles à saisir et à emporter? Pourquoi affirmer qu'il s'agissait simplement d'une tentative de vol alors qu'on n'en savait rien, en somme, et que le bon sens indiquait qu'on avait affaire à des espions?

Quoi qu'il en soit, voilà comment on calme, on endort et on trompe l'opinion française. Voilà, comment aussi on encourage le pullulement des espions allemands chez nous, puisque leurs risques sont pratiquement à peu près nuls.

Les sabotages de 1911 ont servi

Les circonstances ont servi d'ailleurs d'une façon incomparable le «V, »w*»v,x^« »».*,* qi-and état-major de Berlin. Les le grand etat-major y , m ^ . i

, innombrables cas de sabotage qui

ont eu lieu en France, dans les derniers mois, sur toutes nos voies ferrées, ont constitué, pour

son service de renseignements, une sorte de vaste répétition générale. Ces sabotages ont incontestablement fourni aux Allemands des indications précieuses sur les complicités qu'ils peuvent trouver chez nous et sur la nature des entraves à la mobilisation qu'il leur est possible de se permettre dans notre pays.

Outre-Rhin, on n'a pas résisté d'ailleurs au plaisir de manifester la satisfaction résultant de cet état de choses. En juillet 1911, au moment de la crise marocaine, un pangermaniste disait : " Et voilà le peuple qui voudrait porter la civilisation à l'extérieur, au Maroc, alors que chez lui il n'arrive même pas à se paciGer! n Le correspondant du Matin à Berlin, qui rapporte ce propos, constatait qu'à la même époque, dans les milieux militaires, on pouvait résumer ainsi les opinions des officiers allemands sur ce qui se passait en France : u Si la guerre éclatait, ces saboteurs se chargeraient d'empêcher la transmission des ordres de mobilisation. » (Voir Le Matin, 18 juillet 1911.)

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