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I. CE QUE PENSENT LES ÉTR.4NGERS

La situation intérieure de la France a naturellement fait l'objet de nombreux commentaires au delà de nos frontières. Les grands journaux étrangers ont en France d'excellents correspondants qui sont des observateurs avertis. Les traductions ci-dessous donnent une idée précise des principales appréciations de l'étranger sur la France actuelle.

Paris n'appartient pas seulement à la Sur la tenue France, disait le Standard du 16 juin

de Paris. 1911, mais au monde civilisé.

Xous sommes tous jaloux de l'honneur de la Ville Lumière, et nous regrettons qu'elle soit l'objet de ciitiques trop justifiées.

Les rues de Paris ne sont pas aussi bien surveillées, administrées, nettoyées que les admirateurs de la belle et séduisante nymphe Lutèce le désireraient. Au contraire, leur désordre, leur

bruit leur confusion sont indignes de la réputation de Paris et gâtent sensiblement le plaisir de ses admirateurs...

Paris est fier de ses égouts. Mais ils ne répondent plus aux exigences de la vie moderne. A ce point de vue et à d'autres encore, Paris pourrait demander des leçons à ses voisins moins heureux.

Delà Kôlnische Zeituna, 17 juin Sur le sabotage.

On « sabote » aujourd'hui tout en l""rance. Depuis que les employés des postes et télégraphes commencèrent leur grève par le sabotage des lettres et des télégrammes, quiconque n'est pas content du cours des choses a suivi leur exemple. Les cheminots ont saboté les voies et les signaux, les maçons ont saboté le mortier, les électriciens l'éclairage : les danseurs de l'Opéra eux-mêmes ont choisi le bon moment pour saboter les représentations. Maintenant dans l'Aube, on sabote le patriotisme.

Sur les demandes de réintégration des cheminots.

Commentant le vote de la Chambre, du 14 avril 1911, le Novoïé ï/rémia, le grand journal russe ami de la France, constata le 22 avril 1911 :

Les socialistes français ont remporté un nouveau succès dans leur lutte contre le régime gouvernemental actuel. On sait qu'ils représentaient la grève de l'année passée comme un essai de mobilisation des forces qui devraient en cas de guerre agir contre le Gouvernement pour paralyser son énergie. Cette grève fut suivie d'actes révoltants de sabotage. Seuls les employés convaincus de sabotage et les chefs du mouvement ont été renvoyés. Maintenant, en recommandant leur réadmission au service, le Gouvernement français sanctionne la grève et lui assure toute impunité, au cas où, elle se renouvellerait. Il se comprend que les autorités antimilitaristes ne manqueront point une occasion si favorable pour ouvrir contre le Gouvernement une propagande des plus vives.

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Dans ces conditions, les grévistes recommenceront volontiers la grève et cela sans crainte, car une deuxième amnistie est toujours plus facile et plus naturelle que la première...

Maintenant, termina le Novoïé Vrémia, la sollicitation imprudente de la Chambre française en faveur des employés renvoyés mettra fin à l'accalmie. M. Hervé et ses amis commenceront à recruter de nouveaux partis&ns.

Les Miinchener Neueste Nachrkhlen (21 avril 1911) remarquèrent k propos de la même séance de la Chambre :

C'est bien, selon le mot de Jaurès, une séance historique, et W. Monis est bien un précurseur. Jamais ministre n'a tenu pareil langage depuis la Révolution. Parler des Sociétés et des Compagnies comme si elles étaient les ennemies de l'État, intervenir entre elles et les ouvriers, non comme intermédiaire, mais comme maître, les forcer à reprendre des ouvriers traîtres à leur devoir, c'est bien, en effet, inaugurer un nouveau régime. Au sabotage d'en bas correspond le sabotage d'en haut. (Cité par Le Temps 23 avril 1911.)

Sous le titre de : « La Débâcle « , Sur les instruments i^ Rheinisch-Westfdlhche Zeitung, de notre défense ^S février 1911, disait :

nationale.

La République française, au cours des vingt dernières années, n'a montré en ce qui concerne l'armée et la marine qu'impuissance et incapacité. La débâcle actuelle est telle qu'il paraît impossible pour la France de se relever jamais de sa faiblesse. Sans doute, on a, en France, manifesté l'intention de changer de système afin de rendre à la marine quelque chose de l'éclat qu'elle possédait autrefois. Mais il ne nous paraît pas, bien que la bonne volonté ne manque pas, que la France arrive au relèvement désiré.

Les derniers incidents qui viennent de se passer dans la marine française, où les canons dans les manœuvres de tir ont refusé tout service, signent l'écroulement de la flotte comme

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stvmc de premier rang. C'est là, en effet, le couronnement d'un état de corruption et de désolation, de dissimulation et d'organisation défectueuse. Depuis cinq ou six ans, la flotte française a cessé d'être égale en quantité et en navires à celles des grandes puissances. Cette débâcle d'un système erroné a été si rapide qu'on peut même s'en étonner.

Comment est-il possible qu'une flotte qui, après 1870, jouissait d'une si grande réputation ait pu ainsi tomber si bas? La réponse est facile : le noyau était déjà pourri, alors qu'à l'étranger on ne s'en doutait pas encore. Depuis Kavarin, depuis près de cent ans par conséquent, la flotte française n'a eu aucune occasion de s'affirmer d'une façon sérieuse. Une négligence incroyable, accompagnée d'une impuissance véritablement invraisemblable, a contribué à faire de ce qui autrefois était l'arme de la France, la risée et l'objet du mépris des autres puissances.

Les événements survenus dans la marine française ont eu une répercussion amère sur l'armée de terre, de sorte que la valeur de la République comme alliée baisse de plus en plus. La République, outre ses crises intérieures, sera obligée de veiller à ce que ses deux enfants, l'armée et la marine, reprennent de nouveau des forces, si elle ne veut pas qu'une guerre de l'avenir signifie son écroulement complet.

A Londres, les résultats des tirs de la marine française ont fait l'objet de vifs commentaires. Autrefois, quand la marine allemande, encore inférieure, n'était pas une menace pour la prépondérance navale de l'Angleterre, l'Angleterre assistait avec un plaisir satisfait au déclin de la marine française ; aujourd'hui, il déplaît à l'Angleterre que la France se « suicide " et se laisse abaisser jusqu'au rang de puissance navale de second ordre.

Cette allusion allemande au jugement des Anglais sur notre marine semble confirmée par le fait suivant.

Quand il fut question dans la presse franco-anglaise de concentrer les flottes de la France dans la Méditerranée, l'Angleterre se chargeant de la mer du Nord, lord Charles Beresford, ancien amiralissime de la flotte britannique, manifesta nettement son avis que la Grande-Bretagne ne

devait pas s en remettre à la France du soin de défendre la Méditerranée et les communications avec les Indes. (Voir Le Matin, 16 septembre 1910.)

Enfin, le 13 septembre 1911, le Naval and Military Record a publié cette appréciation d'ensemble sur la flotte française, à la suite de la grande revue de Toulon :

Quel que fut le but poursuivi par le gouvernement français en organisant une revue navale à Toulon, à la veille du défllé de la flotte alleuiande à Kiel devant l'empereur d'Allemagne, le résultat immédiat a été malheureux. Des comparaisons s'établiront toutes an désavantage de la marine française... La force maritime française a décru et décroît encore.

. . . Les revues de Toulon et de Kiel ont simplement servi à rendre publiques dans le monde la faiblesse croissante de la France sur mer et l'augmentation de la force allemande. (Cité p ar L'Action française, 4 octobre 1911.)

Delà Rheinisch-ll'estfdlische Zeitung (26 janvier 1911) :

De même que la marine a décliné d'année en année, la santé morale de l'armée a subi de graves atteintes. La politique l'a littéralement infestée, et à la place de l'unité et de la solidarité, elle a créé un assemblage bigarré de républicains, de sociabstes, de cléricaux, de royalistes et d'anarchistes, qui se combattent les uns les autres. Pour ramener l'ordre dans cette organisation chaotique, il faudrait un hercule.

Sur les scandales

Le correspondant parisien de La

,, ^ Gazelle de l oss qui a suivi 1 aiiaire

d argent. ^ , . ^

Duez concluait :

C'est là un chapitre de l'histoire des mœurs de la troisième République ; elle éclaire la vie et les us et coutumes d'une partie de la bourgeoisie politicienne parvenue au pouvoir sous un régime démocratique ou parlementaire... Duez n'est pas une individualité, c'est un type. Les Duez se retrouvent en France «n nombreux exemplaires, je ne veux pas compter en combien.

C'est le type de « l'homme dans les affaires ", de l'homme qui n'a rien appris, ne sait rien, ne peut rien, n'est rien, n'a rien et cependant entre en relations avec beaucoup de gens, grâce à son adresse et à son aplomb, acquiert camarades et protecteurs et finit par se fourrer par protection dans une tranche du gâteau de l'État où il peut alors satisfaire pleinement sa gourmandise. Toutes les institutions de la France, tous les usages de la clique des affamés dans le monde des finances et dans celui de la politique favorisent cette sorte d'hommes et leurs escroqueries. (Cité par la Kreuszeitung, 24 juin 1911.) :

Du Novoïé Vrémitty cité par Le Sur la situation Matin, le 18 juillet 191 1 :

générale

de la France. ^^^ complots contre la civilisation,

dont quelques meneurs se servent en France pour paralyser la vie nationale, ne trouvent pas de réponse assez énergique de la part des Pouvoirs publics. La tyrannie démagogique ne fait que croître. Des sabotages aux attentats, il n'y avait qu'un pas. La France subit une nouvelle invasion de barbares. Combien faudra-t-il de victimes pour que l'opinion française se révolte enfin contre ces sauvages?

La Reichsbote (8 novembre 1911), sous le titre : « La France à la veille de la révolution » , assure :

Si tous les indices ne trompent pas, écrit dans son éditorial le journal conservateur, sous la signature de M. Ernest Botticher, de grands bouleversements se préparent en France. Contre la République se dresse, anarchique en paroles, puissant en actes, le socialisme. Il pourra la détruire, mais il n'héritera pas d'elle. Les véritables héritiers sont derrière la scène.

La troisième République, après quarante ans de mauvaise administration, est pourrie jusqu'à la racine. Depuis qu'elle considère le socialisme comme un parti de gouvernement, sa décomposition intérieure a fait d'inquiétants progrès, si bien quelle est à la veille de la révolution socialiste.

Quel sera le puissant qui en profitera pour restaurer la monarchie?

L'auteur de l'article examine ensuite assez longuement les faits sur lesquels il fonde son appréciation et conclut :

Si l'on considère que la République a fait complètement faillite, sa disparition, en cas qu'éclatent des troubles intérieurs, paraît certaine : qu'elle soit balayée par la révolution socialiste ou qu'elle en revienne en fin de compte à la monarchie, cette prévision ne peut qu'encourager les ennemis de la République à hâter le jour de la révolution socialiste.

Les multiples cas de sabotage non réprimés ont donné outre-Rhin la conviction que l'état de notre désorganisation est fort avancé. Les Dresdner Nachrichlen écrivaient :

Ln tel état de chose doit déteindre naturellement sur le pays et sur les gens. Quant au Parlement, l'hésitation et les fluctuations des idées deviennent pour ainsi dire le principe non seulement du Parlement, mais du gouvernement. Lorsque les luttes politiques tournent de plus en plus autour de questions matérielles, faut-il s'étonner que l'opinion publique du pays élabore tous les jours sous mille formes le germe de la corruption et de l'anarchie? (Cité par Le Matin, 17 juillet 1911.)

De La Gazette de Voss :

Dans cette France gouvernée par tant de gens, plus personne ne gouverne-t-il? Il n'y a plus de direction.

Regardons tous les derniers événements qui se sont passés en France, nous en verrons la preuve. .M. Caillaux parviendra-t-il à devenir maître de la situation? Enfin, on a pu arrêter sous son gouvernement quelques-uns de ces criminels qui sabotent les chemins de fer et veulent des catastrophes.

Est-ce un hasard que sous .M. Monis on ne put jamais en saisir un? Jusqu'ici, on n'a assisté en France qu'à un lâche abandon des armes devant les révolutionnaires les plus infâmes.

Aussi le désir de trouver un sauveur, désir qui n'est pas sans danger pour la République, est-il devenu plus grand en France. (Cité par Le Matin, 17 juillet 1911.)

Du General Anzeiger de Berlin, cité par L' Action française, 29 juillet 1911 :

C'est à peine si l'on peut aujourd'hui entr'ouvrir un périodique français sans y trouver un article où l'efficacité de la République pour la France ne soit mise en doute.

Il y a là assurément à ce sujet un mouvement de scepticisme dans toute la population; et l'on doit surtout prêter l'attention à ce fait indiscutable que c'est parmi les ouvriers que le dégoût de la République augmente. La France, du reste, a fait si souvent preuve de ressources incalculables que l'on doit s'abstenir de toute prévision. Mais on ne peut s'empêcher de constater un mouvement nationaliste indiscutable empreint souvent de chauvinisme.

L'attitude de la France dans les derniers événements lui a valu des appréciations moins sévères. A la suite de la démission du ministère Caillaux, le Daily Telegraph constate :

La France est désappointée de trouver que son gouvernement n'était pas à la hauteur d'un état d'esprit national qui se manifesta au cours de récents événements. (Cité par L'Echo de Paris, 12 janvier 1911.)

Après l'arrivée au pouvoir du ministère Poincaré, la presse étrangère se demanda " combien de temps les petites intrigues parlementaires feront trêve devant la réunion de compétences et de bonties volontés que M. Poincaré a su grouperautour de lui ') . (Voir Le Temps, 19 janvier 1912.)

A certains étrangers, la situation générale de la France paraît telle qu'un général belge en retraite vient, sous le pseudonyme de 0. Dax, de prétendre que ce serait pour la Belgique « le comble de la naïveté quf de se con-

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damner à subir ralliance du parti voué à la défaite » (c'està-dire de la France). Par conséquent, il vaudrait mieux s'entendre avec l'Allemagne, parce que la France descend lenlement, mats sûrement, au rang de puissance secondaire, sous l'action d'un régime peu propre à s'accommoder des exi^/ences de la politique extérieure de large envergure. (Voir Le Temps, 5 janvier 1912.)

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