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II. CE QUE DISENT LKS FRANÇAIS

On remarquera que les extraits ci-dessous sont à peu près tous empruntés à des hommes ou à des journaux de gauche qui depuis longtemps exercent leur influence sur le pouvoir. Ces jugements n'ont donc pas été influencés par l'esprit de parti.

Les Nouvelles :

Sur la

désorganisation L'étranger regarde stupéfait ce qui

aénérale ^^ passe en France. On n'ose plus venir

dans ce pays où les trains ne partent pas ou déraillent quand ils partent. Il est temps d'aviser. (Cité par L 'A ction française, 1 9 jnille t 1911.)

Du Matin (13 juin 1911) sous le titre : L'Ordure qui monte.

On commence vraiment à ne plus savoir si l'on est en France, c'est-à-dire dans un pays propre, organisé, qui a un gouvernement et des lois.

Ce qu'on voit aujourd'hui stupéfie, fait venir la nausée.

Dans l'Aube, ce sont des drapeaux allemands arborés, les murs des maisons qui se couvrent d'inscriptions antifrançaises; c'est la patrie reniée tout haut. Qui fait cette propagande, qui promène ces excitations, qui a intérêt à compromettre ainsi la cause des Aubois, bons Français, à n'en pas douter?

On ne sait.

i9Q LA CRISE FRANÇAISE

M. de Lanessan déclare dans L'Action :

Le mal qui ronge notre flotte est le même qui dévore notre armée, nos administrations publiques, nos services publics, notre parlementarisme et notre régime gouvernemental, notre société tout entière. Ce mal, c'est l'anarchie, c'est-à-dire un tel désordre des esprits et des choses que rien ne se fait comme la raison voudrait que ce fiit fait et que nul homme ne se comporte connue son devoir professionnel ou moral exigerait qu'il se comportât. (Cité par Le Matin, 29 septembre 1911.)

Du Radical :

Sur la nécessité

de la répression. • • • ^^^^^ d "c s'agit pas seulement de

punir ceux qui commettent les crimes :

il faut châtier aussi ceux qui les conseillent. Il ne saurait être question ici de délit d'opinion. Ceux qui arment les assassins sont complices de l'assassinat et doivent être traités comme tels.

A notre avis, c'est peut-être là le meilleur moyen d'enrayer le fléau. La plupart des saboteurs sont des impulsifs, des demifous que déchaînent les prédications violentes, les apologies de certains meneurs. En faisant taire ces derniei's, on leur enlèvera leurs adeptes. (Cité par Le Matin, 17 juillet 1911.)

De La Petite République :

Les troubles continuent comme sur un mot d'ordre donné par quelque invisible chef d'orchestre, au moment même où nos soldats sont aux manœuvres et où les nécessités de notre politique extérieure nous font un impérieux devoir de ne point laisser dégarnir d'une unité les troupes qui couvrent la frontière de l'Est. L'anarchie a déclaré la guerre à la société, à la nation ; elle étale orgueilleusement ses desseins, dans des meetings, dans des journaux. En vodà assez! Le gouvernement faillirait à sa tâche, il manquerait au plus élémentaire de ses devoirs s'il ne rétablissait pas l'ordre sans tarder. (Cité par Le Matin, 3 septembre 1911.)

Sur la

déliquescence du principe d'autorité.

LES FAITS i»i

Au conseil général de Saône-et- Loire, M. Sarrien, en prenant possession de la présidence, s'est longuement étendu sur la « crise redoutable " que traverse la France.

Dans ces dernières années, on a trop laissé s'affaiblir l'action de la loi qni est la base même de la souveraineté nationale et qui doit être partout respectée et obéie. Dans une démocratie connue la nôtre, dans la confusion d'idées produites par l'ardeur des passions politiques et les divisions des partis, on est parvenu à accréditer cette doctrine que la violence était le moyen le plus sûr pour triompher des lenteurs du parlementarisme et obtenir le snccès des revendications plus ou moins justifiées, plus ou moins légitimes, etc. (Voir Le Temps, cité pas L'Action française, 24 août 1911.)

De La Petite République :

Grise de pouvoir

ou crise de régime ? " Crise de pouvoir « , dit notre excel-

lent confrère et ami Henry Bérenger dans L'Action. Nous serions plutôt tentés de parler d'une crise de régime. C'est un fait : le fosse qui sépare le Parlement du pays se creuse sans cesse pins profondément : les lois que les Chambres votent à l'unanimité, comme la loi des retraites ouvrières, sont justement celles qui rencontrent le plus d'obstacles dans leur application..., les rouages législatifs tournent à faux..., le législateur, absorbé par les préoccupations électorales, par les exigences de ses comités, par les soucis de la politique locale, a perdu le contact avec les forces vives du pays, avec la foule de ceux qui travaillent et dont il ne peut faire le bonheur, faute de les consulter! (Cité ^ar L'Action française, 16 juin 1911.)

Du Radical :

Avec les manœuvres d'obstruction parlementaire dont nous menace l'extrême gauche, le tableau est complet. C'est le sabotage institué partout, dans le Parlement comme dans la rue.

L'insurrection contre la loi se propage et s'organise depuis l'anarchie militante jusqu'aux socialistes unifiés avec l'encouragement tacite de toutes les forces de la réaction. (Cité par Le Matin, 11 juillet 1911.)

De L'Action :

Espérons que les pouvoirs républicains, ayant enfin mesuré toute la gravité du péril, étoufferont à temps un pansabotage intérieur complice du pangermanisme extérieur, et briseront à jamais une terreur révolutionnaire qui dresse sur l'horizon politique le point d'interrogation inquiétant de la dictature. (Cité par Le Matin, 11 juillet 1911.)

De M. Breton , député, dans La Lanterne :

Il est temps de réagir, de mettre fin à l'obstruction parlementaire sous toutes ses formes.

Mais pour cela il faut que certains de nos collègues renoncent à des manières d'agir qu'on ne saurait trop blâmer et qui nous conduisent à l'abîme, car il est à craindre que, par une association d'idées trop facile, les électeurs ne se détachent du régime en même temps que d'un parlementarisme incohérent et stérile. (Cité par Le Matin, 12 juillet 1911.)

M. Marcel Régnier, député, radical-socialiste a dénoncé dans Le Rappel: « L'état nerveux de l'opinion, le mécontentement certain que cause la cherté de la vie, l'oubli de toute discipline et de toute règle, l'habitude d'employer la violence pour défendre les intérêts. » (Cité par L'Opinion, 17 juin 1911.)

L'Action a encore constaté :

Le gouvernement s'interdit de gouverner. . .

« Pourquoi-«e pas faire l'économie de deux assemblées et de tant de présidences devenues superfétatoires. » (Cité par L' Opinion, 17 juin 1911.)

M. Aulard a reconnu dans La Dépêche de Toulouse :

La gangrène, dénoncée par M. Barthou, n'est pas seulement dans nos institutions judiciaires, elle semble être aussi, hélas! dans nos mœurs politiques, et c'est là surtout qu'il faudrait porter le fer rouge. (Cité par. la Revue des Conférences, 15 septembre 1910, page 5.)

De M. A-E. Gauthier, sénateur, ancien ministre, dans Le Journal (23 juillet 1911) :

Le pays ne se sent pas suffisamment dirigé. Il déplore les défaillances de ses gouvernants : il voit la loi partout énervée et inappliquée; il vit dans la crainte des fauteurs de désordres et des saboteurs ; il se sent menacé dans sa sécurité intérieure ; il se plaint et il accuse...

Il veut être rassuré, protégé et efficacement défendu. Il veut travailler, vivre et accroître ses biens dans la paix ; il ne veut pas être détourné de sa tâche quotidienne par des préoccupations du dehors.

Il fait son métier, mais il exige que le gouvernement fasse le sien . . .

Les Pouvoirs publics n'ont pas gardé, à l'endroit de ceux qui vivent de leur travail et dans ces derniers temps, la mesure qui convenait. Ils ont été au delà du raisonnable. Ils ont dépassé la limite après laquelle l'impôt cesse d'être la contre-partie des seriaces rendus par l'Etat pour entraver le travail national et provoquer l'arrêt sinon le fléchissement de la fortune publique. ..

Le Petit Journal, qui connaît bien l'opinion de la masse travailleuse et honnête, assure (12 juillet 1911) avec sa modération habituelle :

Le pays a soif d'ordre et il ne voit partout que désordre. Cet ordre qu'il réclame, qu'il exige, il en a impérieusement besoin pour sa tranquillité, son travail, sa sécurité extérieure. Il distingue très bien que l'anarchie fait le jeu de l'étranger, favorise les entreprises qu'il peut préparer contre nous.

Ce désir, ce besoin de paix, de séciiritë sont si grands que, s'ils ne recevaient point satisfaction, le régime lui-même en souffrirait. La désaffection viendrait et notre propre histoire nons enseigne qu'il se trouve alors quelqu'un qui se pose en défenseur des intérêts, en restaurateur de l'ordre. Nous savons, en outre, qu'il opère plus brutalement qu'il ne serait nécessaire, mais ou a perdu à ce moment-là la liberté de choisir.

Il faut donc que le sabotage, la violence, l'anarchie aient un termes, sans que la liberté paye une fois de plus la rançon de l'ordre.

C'est, en raison de cet état d'esprit général, que les déclarations du prince Victor Napoléon à un correspondant du Figaro à Londres firent une réelle sensation.

Je ne vous apprendrai rien en vous disant que, pour un très grand nombre d'hommes politiques, le parlementarisme est arrivé au dernier terme de son évolution. Les Chambres ne peuvent même plus voter le budget. C'est le règne de l'incohérence. Le désordre qu'elle engendre aboutit à toutes sortes de manifestations d'anarchie : grèves des postes, des télégraphes et des chemins de fer, jacquerie dans la Marne et dans l'Aube, scandales répétés dans toutes les branches de l'administration.

Nous mourons d'autorité absente et de fausse démocratie... Il faut à la France un gouvernement de concorde et d'action. Un gouvernement de concorde : plus de querelles de parti, de coteries, de croyances, qui empoisonnent l'existence jusqu'au fond du moindre village et qui ont fait de la F"rance, naguère si sociale et où la vie était si douce, le pays le plus divisé de l'Europe. Plus de favoritisme, plus d'inquisition tracassière; liberté entière des citoyens, des opinions et dos cultes, en fait comme en droit.

Un gouvernement d'action, un gouvernement qui gouverne, qui ait la cohésion, la compétence, la volonté et la durée; un gouvernement qui rende à notre armée nationale la sécurité confiante qu'elle doit avoir pour remplir pleinement sa noble mission; un gouvernement d'autorité et d'impartialité. Si notre démocratie ne sait pas l'organiser, le pays demandera un jour

LKS FAITS 195

son salut à la dictature la plus biulalo. (Cit(5 par Le Matin, 13 juin 1911.)

De fait, constate le spirituel et pénétrant Capus dans Le Figaro, la majeure partie de la bourgeoisie u aspire après la dictature et les salons sont pleins de gens qui supplient qu'on leur ravisse la liberté» . (Cité ^diT L'Action française, 3 janvier 1912.)

Comment le trouble des esprits pourrait-il ne pas être profond; quand M. Lépine, le préfet de police, lui-même, déclare publiquement que u l'heure est grave n ? (Voir Le Matin, 12 décembre 1911.)

Le Rappel constate que chez les parlementaires a les animosités personnelles, les intrigues paraissent, aux yeux de tous, prévaloir sur le souci désintérêts vitaux de la nation " . (Cité par M. Jean Herbelte, voir Le Siècle, 11 janvier 1912.)

Dans L'Humanité, l'écrivain collectiviste Maurice Allard reconnaît :

In rrginie qui s'ômiette, qui s'effrite et qui tombe de lui-même en poussière..., le sang, des violences incohérentes, la boue des aventures financières, le néant du parlementarisme délabré... (Cité par La Patrie, 20 décembre 1911.)

Pour l'antimilitariste Gustave Hervé :

Le régime tombe en ponrriture. (Voir La Guerre Sociale, 27 décembre 1911.)

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