‹ La crise française, faits, causes, solutionsChapitre 51 sur 191 · CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE SOMMBS-NOUS EN RÉPUBLIQUE · texte numérisé non relu

CONCLUSION DE LA PREMIERE PARTIE SOMMBS-NOUS EN RÉPUBLIQUE

Le pays où les faits anormaux que nous venons de rappeler sont possibles avec fréquence est-il vraiment en République?

Avant de répondre à cette question, cherchons une base solide de jugement. Trouvons-la dans la déclaration des Droits de l'homme et du citoyen dont tant de républicains se réclament si souvent, mais que bien peu de Français ont lue complètement. J'en reproduis ici le texte, car il est bon qu'il soit mis intégralement sous les yeux de mes lecteurs.

Déclaration des droits de l'homme et du citoyen votée par l'Assemblée constituante de 1789 et mise en fête de la Constitution de 1191 .

Les représentants du peuple français, constitués en Assemblée nationale, considérant que l'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'homme sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements, ont résolu d'exposer, dans une déclaration solennelle, les droits naturels, inaliénables et sacrés de l'homme, afin que cette déclaration, constamment présente à tous les membres du corps social, leur rappelle sans cesse leurs droits et leurs devoirs ; afin que les actes du pouvoir législatif et ceux du pouvoir exécutif, pouvant être à chaque instant comparés avec le but de toute institution politique, en soient plus respectés; afin que les réclamations des citoyens français, fondées désormais sur des principes simples et incontestables, tournent toujours au maintien de la Constitution et au bonheur de tous.

En conséquence, l'Assemblée nationale reconnaît et déclare, en présence et sous les auspices de l'Être suprême, les droits suivants de l'homme et du citoyen :

Article premier. — Les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits. Les distinctions sociales ne peuvent être fondées que sur V utilité publique.

.Irt. 2. — Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l'homme. Ces droits sont la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l'oppression.

Art. 3. — Le principe de toute souveraineté réside essentiellement dans la nation : nul corps, nul individu ne peut exercer d'autorité qui n'en émane expressément.

.'\rt. 4. — La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui ; ainsi l'exercice des droits naturels de chaque homme n'a de bornes que celles qui assurent aux antres membres de la société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la loi.

.Art. 5. — La loi n'a le droit de défendre que les actions nuisibles à la société. Tout ce qui n'est pas défendu par la loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint de faire ce qu'elle n'ordonne pas.

-Art. 6. — La loi est l'expression de la i^olonté générale. Tous les citoyens ont droit de concours personnellement ou par leurs représentants, à sa formation. Elle doit être la même pour tous, soit qu'elle protège, soit qu'elle punisse. Tous les citoyens sont égaux à ses yeux, sont également admissibles à toutes dignités, places et emplois publics, selon leur capacité, et sans autre distinction que celles de leurs vertus et de leurs talents.

Art. 7. — Nul homme ne peut être accusé, arrêté, ni détenu que dans les cas déterminés par la loi et selon les formes qu'elle a prescrites. Ceux qni sollicitent, expédient, exécutent ou font exécuter des ordres arbitraires doivent être punis ; mais tout citoyen appelé ou saisi en vertu de la loi doit obéir à l'instant; il se rend coupable par la résistance.

.Art. 8. — La loi ne doit établir que des peines strictement et éiidemment nécessaires, et nul ne peut être puni qu'en

vertu d'une loi établie et promulguée antérieurement au délit et légalement appliquée.

Art. 9. — Tout homme est présumé innocent jusqu'à ce qu'il ait été déclaré coupable ; s'il est jugé indispensable de l'arrêter, tonte rigueur qui ne serait pas nécessaire pour s'assurer de sa personne doit être sévèrement réprimée par la loi.

Art. 10. — Nul ne doit être inquiété pour ses opinions même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l'ordre public établi par la loi.

Art. 11. — La libre communication des pensées et dos opinions est un des droits les plus précieux de l'homme ; tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi.

Art. 12. — La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique ; cette force est donc constituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est conûée.

Art. 13. — Pour l'entretien de la force publique, et pour les dépenses de l'administration, une contribution commune est indispensable; elle doit être également répartie entre tous les citoyens, en raison de leurs facultés.

Art. 14. — Tous les citoyens ont le droit de constater, par eux-mêmes ou par leurs représentants, la nécessité de la contribution publique, de la consentir librement, d'en suivre l'emploi, et d'en déterminer la quotité, l'assiette, le recouvrement et la durée.

i\RT. 15. — La Société a le droit de demander compte à tout agent public de son administration.

Art. 16. — Toute société dans laquelle la garantie des droits n'est pas assurée, ni la séparation des pouvoirs déterminée, n'a point de constitution.

Art. 17. - La propriété étant un droit inviolable et sacré, nul ne peut en être privé, si ce n'est lorsque la nécessité publique, légalement constatée, l'exige évidemment, et sous la condition d'une juste et préalable indemnité (1).

(1) Voir Grande Encyclopédie, l. MU, p. 1074.

Ce document porte naturellement la marque de son époque, mais on doit reconnaître qu'il résume njieux qu'aucun autre les principes fondamentaux des sociétés modernes. Or, si nous 7ious référons aux principes de celte déclarât ion qu'invoquent cependant si souvent les républicains, nous constatons que le système actuel n'est pas réellement la République.

Le mensonge de la formule : liberté, égalité, fraternité, éclate à tous les yeux.

La liberté chez nous n'est ni complète, ni assurée. A chaque instant, la sécurité individuelle est menacée, soit en raison de l'impunité dont jouissent les malfaiteurs de toute nature, soit comme conséquence des émeutes qui brusquement désolent toute une région du pays.

La liberté du travail n'existe pas. Quant à la liberté de pensée, elle est de toute évidence très imparfaite. Nous n'avons pas réellement la liberté de pratiquer des croyances même religieuses, puisque l'officier ou le fonctionnaire dont la femme va à la messe est mal noté et que, s'il est lui-même pratiquant, sa carrière est parfois entravée. La liberté politique n'est qu'un trompe-l'œil. Dans la plus grande partie de la France, les élections sont frelatées par l'effet de pressions officielles, inadmissibles sous un gouvernement de liberté.

Quant à l'égalité, il est inutile d'en parler. Tous ceux des Français qui ne font pas partie de la camarilla qui détient le pouvoir sont rigoureusement écartés des avantages qui dépendent de l'Etat. Ils vivent en parias, sevrés sans pitié de tous les honneurs, même les plus légitimes.

Quant à Xa fraternité, comment soutenir qu'elle existe à une époque où la lutte des classes est érigée en principe par ceux qui se prétendent les plus ardents partisans du progrès; alors que le sabotage, l'action directe, les attentats à la dynamite, les incendies sont considérés comme une préparation nécessaire du ' grand soir « , c'est-à-dire de la guerre civile?

Mais, dira-t-on, sous tous les régimes, sous une forme ou sous une autre, on pourrait relever des manifestations fâcheuses analogues.

Certes, mais ce qui a fait le prestige de la République, ce qui l'a rendue si belle som l'Empire, selon le mot admirable de Forain, c'est qu'elle devait être un régime supérieur à tous les autres.

Aux hésitants, on disait encore : la République est le gouvernement qui nous divise le moins.

Quelle séduction d'ailleurs dans ce mot si simple, si expressif, si noble : Respublica, la République, la chose publique, le bien public, l'intérêt général de la nation ! Quel idéal de gouvernement!

Mais les faits sont là. Bon nombre de ceux qui se qualiGent les seuls, les vrais, les bons, les purs républicains ont si bien dévoyé le régime que la prétendue République actuelle n'apparaît que comme la démocratisation du favoritisme, des fautes et des tares des régimes antérieurs.

D'une façon manifeste, les coteries politiques qui se sont emparées des rouages gouvernementaux ne songent qu'à servir leurs intérêts particuliers; de toute évidence, c'est à la Respublica, à la République, à la chose publique, qu'elles pensent le moins. D'un gouvernement d'intérêt général, elles en ont fait exactement l'opposé : un gouvernement d'intérêts particuliers.

Ce sont les « profiteurs " qui ont faussé à un tel point les rouages essentiels du système politique que l'opinion publique en arrive à confondre, grave danger, le principe même de la République avec l'application qui en est faite.

Et cependant, pour peu qu'on se reporte aux principes, on constate, si l'on veut être juste, que le régime actuel n'est pas la condamnation de la République, puisque précisément U en ttt la négation.

lEUXIEMK PARTIE

Nous connaissons les principaux faits topiques qui démontrent le caractère anormal de la situation présente en France. Quelles en sont les causes? Klles sont multiples. Donc, là encore, je ferai une sélection. Je ne rechercherai que les plus essentielles, celles qui paraissent les moins discutables. Convaincu de la nécessité qu'avant tout l'union nationale soit refaite dans ce pays si divisé, et refaite sur la base la plus large possible, j'insisterai peu sur les causes dont l'étude trop touillée serait de nature à raviver de néfastes dissensions entre citoyens français.

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