ET DES DÉTAILS
Signalons encore cette lacune nationale fâcheuse : le soin et l'esprit de suite insuffisants que nous apportons à la préparation des détails, défaut qui est funeste à la guerre, surtout dans la guerre moderne.
Par exemple, nos débarquements à Majunga et à Casablanca lors des expéditions coloniales à Madagascar et au Maroc ne se sont pas faits avec l'ordre admirable et méthodique que les Japonais ont su mettre dans leurs débarquements en Corée. C'est parce qu'on ne s'est pas assez préoccupé des détails que, lors de la marche sur Fez, nos troupes n'ont pas été suffisamment munies de matériel sanitaire.
Quand l'expédition de Fez fut décidée, le médecin principal Debrie fut nommé directeur du service de santé. Arrivé au Maroc, il dut se convaincre que rien n'avait été préparé ni même prévu par le gouvernement pour l'organisation du service de santé. " Le médecin principal Debrie, surpris et inquiet, adressa immédiatement au département de la guerre les demandes nécessaires pour l'organisation de son service; il ne reçut même pas de réponse. Il ne pouvait cependant pas tirer du néant une organisation très complexe; aussi, comme les colonnes s'étaient mises en marche et que déjà les hommes « tom-
baient comme des mouches « , il dut, pour faire venir à temps les ressources nécessaires, s'adresser à l'étranger. » (Voir L'Écho de Paris, 8 mars 1912.)
C'est encore pour ne pas se préoc- Comparaison avec / . . , . i
cuper assez des détails que nos les Allemands. "^ . ...
navires de guerre se ravitailleront,
en cas de conflit, inGniment moins vite dans nos arsenaux que les navires allemands, car les ports de guerre allemands ont été minutieusement aménagés dans ce but, ce qui n'est nullement le cas chez nous.
Or, la préparation des détails ne saurait être négligée sous aucun prétexte. Elle a une importance d'autant plus grande que la guerre devenant plus scientiGque exige un matériel plus complexe, donc plus délicat. Dans le domaine de l'esprit de suite et de l'organisation, les Allemands semblent avoir une supériorité certaine sur nous. On en a une preuve nouvelle dans la mise au point de leurs grands dirigeables. Aucun désastre ne les a découragés. On doit aujourd'hui constater les progrès rapides qu'ils font en matière d'aérostation et d'aviation militaires où le soin des détails joue un si grand rôle. S'il en est ainsi, c'est que nos voisins sont depuis longtemps profondément pénétrés de la valeur profonde de ce mot de Frédéric II : Soignez les détails, ils ne sont pas sans gloire; c'est le premier pas qui mène à la victoire.