I. — l'idk.al fr.^xç.^is et ses TRANSFORM.ATIOXS
Une autre conséquence de toutes les causes que nous venons d'examiner a été la disparition momentanée d'un idéal national.
. . . j,» Pendant les vingt-cinq années en-
viron qui ont suivi la guerre de 1870, la France a eu un idéal très net : celui de la Revanche.
Cette idée a exercé par elle-même une action bienfaisante, parce quelle a entretenu dans les masses françaises la notion d'un sacrifice considérable et prochain, d'avance consenti. Tant qu'elle nous a dominés, l'idée de la Revanche a, en effet, maintenu à un haut degré la cohésion et le niveau de nos forces morales nationales. Grâce à elle, un frein se trouvait mis à la \iolence des luttes de partis et les intérêts de la défense nationale étaient placés hors de toute atteinte.
Puis le mouvement colonial con-
Influence
, ,, . tribua, dans la période de conquête
de lexpansion . . . ,,*^ , , .
des territoires d outre-mer, a la naissance d'un idéal différent, très noble aussi, celui de la plus grande France, qui n'excluait pas d'ailleurs l'idée de la Revanche mais ne la laissait plus au premier plan. Ensuite, vint la tourmente dreyfusienne, elle flt momentanément sombrer l'idéal de la France, parce que tous les principes sur lesquels reposait jusqu'alors l'idéal français furent contestés et que, dans l'atmosphère d'idéologie créé par l'Affaire, le pacifisme tenta de se substituer à la fois à l'idée de Revanche et à celle de la plus grande France.
. ^. , ,, . . Les nuées pacifistes furent un
Action des théories , , n - i
. ^ moment tellement opaques chez
pacifistes. , ^1,1 r
nous qu elles empêchèrent les h ran-
çais de constater ce fait si simple, si fort et contemporain que, s'il est des pacifistes un peu partout, leurs théories n'influent pas encore pratiquement sur les événements. Les États-Unis font de l'impérialisme dans la mesure de leurs possibilités; l'Angleterre s'est lancée, — il n'y a pas si longtemps, — dans la guerre du Transvaal; le pacifique empereur de Russie, l'initiateur de la conférence de la Haye, s'est vu contraint à la guerre russo-japonaise; l'Italie, patrie des plus célèbres professeurs de droit international, vient de se jeter sans aucun artifice sur la Tripolitaine; l'Allemagne en dépit de son u pacifique empereur » n'a fait appel, au cours de ses négociations avec la France, qu'à la menace de la force et outre-Rhin les pangermanistes réclament encore extension et conquêtes.
Dans cette période d'oblitération prodigieuse du sens commun que nous venons de traverser, les directeurs de la nation n'ont pas compris que les temps de la fraternité
universelle n'étaient pas encore révolus que, si ces idées de paciflsme, d'arbitrage et de désarmement venaient à dominer dans ce pays, elles le mèneraient à la plus effroyable des désillusions, à la plus épouvantable des catastrophes. M. Morton-FuUerton, Américain de naissance mais qui connaît admirablement la France pour l'avoir étudiée depuis longtemps, a remarquablement examiné cet aspect de notre crise morale dans la Nalional Rcview (^uin 1911) et il conclut :
Il est impossible pour la France de se rallier complètement anx idées d'arbilrage international et de désarmement... Si son esprit n'est pas cocardier, si ses gouvernants ne font pas tout leur possible pour maintenir intacts les principaux ressorts de son orgueil national, s'ils ne s'efforcent pas d'enrayer le progrès corrosif de l'humanitarisme, la France perdra le respect d'elle-même, elle deviendra une ruine semblable à l'homme qui a bu du laudanum, elle signera son ordi-e de mort.
Cette conclusion s'impose par sa force et sa logique, car, même attaquée, une France pacifiste serait incapable de résister victorieusement; le pacifisme, inoculé aux masses populaires, tue eu elles l'esprit de sacrifice indispensable à la soutenance de la guerre. Le pacifisme, sans doute, peut laisser subsister une façade militaire mais c'est un simple décor, car, en fait, sous l'uniforme des soldats qui ne sont pas profondément nationaux battent des cœurs de lâches qui ne songent qu'à la fuite.