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LE RAPPEL AU SENS COMMUN

Becherche d'une formule

Rejette l'opinion, tu seras sauvé.

(Pensées de Marc Aurèle).

Le remède pour sortir de l'effroyable situation où la cîTilisatioii est en train de périr dans d'atroces et absurdes convulsions est de supprimer la cause de l'intoxication factice pour en revenir à l'esprit véritable de la vie, au sens commun de la vie normale.

C'est la Vie que l'on rencontre à l'origine de tous les mouvements de la Société, qu'ils soient politiques, économiques, sociaux, moraux, physiologiques ou psychologiques : donc il faut viser à la Vie, sans chercher plus, à la Vie réelle, bien dégagée de toute opinion et intervention humaines.

Le premier moyen de viser à la Vie qui se présente à l'esprit est de faire appel à la Religion.

Toutes les Religions sont bonnes à cet égard, qui font converger les efforts vers un but lointain, permanent et indépendant des fluctuations momentanées de l'Humanité.

Les Religions les meilleures pour servir dépeint de repère à la Vie, sent, sans doute, celles qui concentrent tout en une unité spirituelle, créatrice, providentielle et omnipotente supérieure à rH«mme.

Et, parmi celles-ci, il en est une qui offre des avantages pratiques plus considérables que toutes les autres. Celle dont l'enseignement ramène tout à Celui qui, d'après les Livres Saints est lui-même : « La Luiriière et la Vie », « La Lumière qui luit dans les ténèbres », « La Résurrection et la Vie », Celui qui efface les péchés du Monde et qui invite l'Humanité tout entière à communier dans l'unité divine, en affirmant la présence réelle de la Vie au centre « commun », la Religion enfin qui

Sersuade les hommes que la Vie est faite e sacrifices réciproques se balançant dans la charité d'un étemel ; « Aimezvous les uns les autres ».

Au point de vue de l'enseignement Economique, la Religion chrétienne n'a jamais varié. Elle a toujours formellement déclaré que l'argent était iufécond « en soi » mais qu'il u pouvait » devenir fécond, par certains titres qui ne sont . pas intrinsèques au prêt. Nous croyons fermement qu'un jour viendra, bientôt, où les représentants de toutes les religions et de tous les gouvernements se mettront d'accord pour reconnaître que cet enseignement est le seul vrai, que rintérêt de l'argent est le résultat d'une conception de la Vie, d'une fructification, d'un véritable enfantement et non d'une convention. Et nous avons confiance que du jour où le Monde civilisé aura consenti à en revenir à cette doctrine chrétienne qui fut aussi celle du philosophe ancien Aristote et du socialiste moderne Henry George, il s'évitera la propagation d'horribles malheurs.

Quant à prédire l'organisation matérielle et temporelle de toute THumanité sous une hiérarchie de pouvoirs à laquelle la Chrétienté servirait, en quelque sorte, de boussole unique, comme l'avait tenté le Moyen-Age, il faudrait, pour oser formuler une telle

espérance, des lumières toutes spéciales et des qualités éminentes, telles que

celles d'un Mgr Julien, évêque d'Arras, d'un Geerges Goyau, ou des organisateurs de la Semaine Sociale.

A défaut de l'acceptation d'une seule, religion pour tout l'univers, comme

boussole de la Vie, faut-il faire appel à cette autre « Force morale » qu'est la Pkilosophie pour guider l'humanité dans la bonne route ?

Faut-il en revenir, par exemple, à la fameuse loi « non écrite » de Socrate ? N'étant pas écrite, elle est un peu vague.

Doit-on retourner à la philosophie grecque régénérée par les Thomistes, qui faisait tout graviter autour de « l'absolu ».

Faut-il, ainsi que le professe le philosophe contemporain Jacques Maritain, viser « aux vérités élémentaires évidentes, aux principes éternels indiscutables, aux fatalités auxquelles l'Homme est invariablement soumis et auxquelles il ne peut se soustraire, ce qui est une manière comme une autre de « viser à l'Infini » ; ou, ce qui revient au même, faut-il, selon les préceptes de ce grand philanthrope qu'était Frédéric Le Play, s'en rapporter « aux sentiments et aux intérêts qui créent entre toutes les classes l'harmonie, à ce qui nous est commun et nous unit, non à ce qui nous divise, aux conditions immuables et permanentes comme la nature même de l'Humanité, conditions auxquelles est

lié le maintien de la Paix sociale »

« C'est là, disait ce Maître, dans ce^ domaine inaccessible aux partis et à la violence que nous convions tous les Hommes de bonne volonté. »

Depuis un demi-siècle que ces paroles ont été prononcées, les Hommes de bonne volonté n'ont pas tous hélas ! répondu à l'appel.

Et puis la Philosophie pure n'est pas accessible à tout le monde. Parfois les livres de Philosophie sont difficiles à comprendre. Et quand on les comprendrait parfaitement, la vérité philosophique est toujours discutai )le. Il ne manquera jamais de « douteurs » pour dire : « Je n'y crois pas à votre « absolu » et à votre « infini ». Donnez nous des preuves, quelque chose de positif ».

On est donc réduit si l'on veut sim-

plitier la difficulté, à la nécessité de descendre encore d'un degré pour atteindre ceux qui, à la façon d'Emile Zola, limitent leur foi « à la Gravitation et aux principes les plus élémentaires de la Physique y>. En fait de phénomènes physiques, il n'y a pas, en eiîet, de « libres penseurs ». Voilà longtemps que cela a été dit.

Eh bien, cette foi sceptique suffît pour ce que nous voulons en faire.

Si la Loi de gravitation n'est pas divine par elle-même, si elle n'est pas l'infini absolu, elle est du moins une manifestation de l'infini, une révéiati©n de ce qu'on peut appeler la paix divine. Elle dure depuis assez longtemps, en tout cas, pour qu'on s'appuie avec confiance sur elle.

11 ne s'agit pas du reste de chercher la perfection, mats simplement de revenir au sens commun,au niveau moyen delà Vie ordinaire, tel qu'il a toujours existé sur notre Planète ronde.

Il n'est pas même question de refaire un petit Paradis terrestre artificiel. Il suffit de sortir de l'Enfer artificiel où nous nous sommes plongés.

La visée à « l'a peu près » sur terre n'est défendu ni par la Religion ni par la Science.

Par la Religion : car dans les œuvres du P. Janvier, que le hasard nous a fait

lire à la Bibliothèque Nationale, se rencontrent les formules suivantes : « La liberté, les appétits flottent entre l'extrême gloire et l'extrême honte »... « Il y a nécessité d'établir les vertus dans un juste milieu »... « Dans l'ordre physique, il y a impossibilité pour les sens de supporter les extrêmes ; il faut appliquer le même principe dans l'ordie esthétique, intellectuel et moral )>. « La sagesse chrétienne est d'accord, à cet égard, avec la sagesse païenne »...

« Voici la voie, marchez et ne versez jamais ni à droite ni à gauche (Isaie XXX 21) »... « Ne soyez pas plus sage qu'il n*est nécessaire, de peur que vous ne * deveniez stupide (Les Proverbes XXIII 4. L'Ecclésiaste VII 17) ». « Je dis à tous ceux qu" sont parmi nous de ne point être sages plus qu'il ne convient, mais de l'être avec modération »

(Saint-Paul, Rom. XII 3), etc., etc..

Par la science : car le Directeur du Muséum d'Histoire Naturelle de Paris donnait, certain jour, aux explorateurs, sur leur départ (dont nous étions), ce conseil : « Négligez les exceptions, ne cherchez pas les curiosités extraordinaires. Etudiez dans chaque pays ce qui est le plus général, le plus commun, le plus normal. C'est là qu'est la véritable utilité ». Nous avons entendu également un grand savant, M. G. Claude, dire dans une conférence, qu'il n'y a « pour ainsi dire pas de limite aux réalisations que la science peut atteindre du moment qu'on sait « lire dans le livre des Constantes de la Nature ».

Donc, visons, sans chercher plus loin, à ce qui est le plus commun, le plus constant, le plus ordinaire dans l'Humanité. Tâchons de lire, dans la Nature

Humaine, « le type » constant de l'Etre Humain tant comme individu que comme membre de la Société familiale ou Nationale ou Humanitaire. Cherchons « le type immuable » de ce qu'il faut à l'être moyen pour vivre. Formons un système de poids et mesures, une sorte de gamme Humanitaire. Il n'est pas prétenduqu'on arrivera du premier coup à des mesures parfaites. Au contraire, on sait d'avance qu'on n'y parviendraf jamais. Mais, vaille que vaille une mesure, elle suffit, dans la pratique, à obtenir le relatif. Et c'est tout ce que nous cherchons pour le moment.

La Loi de la gravitation fera le reste, car du moment que vous aurez pris c@mme point de départ et comme point d'arrivée de vos mesures une constante ou pour mieux dire un point d'infini de la Nature et de la Vie Humaine, l'équilibre se fera « de lui-même ».

Le moment serait peut-être venu d'abréger ces recherches, en arrivant de

suite à l'opération de gravitation Humanitaire telle que nous la concevons possible, c'est-à-aire le rétablii^sement de la circulation normale dans la Société au moyen de diffusion, de transfusion, de l'injection d'un peu de revenu commun dans les veines du corps social représentées par les familles qui le composent... il serait temps d'indiquer de suite les procédés qui nous semblent les meilleurs, pour arriver, dans la réalité, au maintien de l'équilibre de la santé sociale.

Mais la maladie dont souffre la civilisation est si grave, qu'avant d'oser examiner et préconiser une formule quelconque de guérison, il faut mieux être très prudent et prendre le plus de précautions possible.

Aussi, croyons-nous nécessaire, au

risque d'alourdir encore ces recherches.

de mettre à l'épreuve, en le retournant dans tons les sens, le procédé préconisé. Digression peut-être, mais digression

par précaution.

Demandons-nous donc avant de passer à l'essai d'appliquer au redressement et à la stabilisation de la marche sociale une sorte de courant vers la vie normale, si, dans la pratique, on peut trouver des exemples, qu'un tel procédé àii été réalisé et ait réussi.

Prenonspour modèle des faits concrets.

On dit souvent que la civilisation est

une culture et on a raison.

Observons ce qui se passe en « culture ».

Oui, l'homme agit sur ses passions, sa politique, son économie politique et sa morale, etc. . . et sur le cours des événements, de la même manière que le

cultivateur sur ses moissons, que l'horticulteur sur l'arbre qu'il greffe... etc.

Or, l'arbre le mieux greffé n'atteindra jamais le ciel. Le courant de la civilisation a donc une limite.

Ceci encore :

L'homme produit de la culture, (^omme il produit de la vapeur et de l'électricité, des couleurs ou des sons. Pour être aussi positif que possible, disons qu'il a la même influencé sur ses productions qu'un père donnant le germe aux enfants qu'il fait naître. Il est l'occasion de la naissance, mais pas le créateur de la vie ; voilà pour la limite du point de départ.

Examinons maintenant le point d'arrivée :

L'enfant qu'il a fait naître disparaîtra, un jour, comme il est venu ; le blé qu*il a semé retournera à la terre ; le son qu'il a émis retournera bien vite au silence d'où il est parti ; la vapeur qu'il a produite reviendra, par la condensation, à son état liquide primitif et l'élec-

tricité qu'il a occasionnée il faudra bien qu'après lui avoir rendu une foule de

services personnels, elle retourne aussi « à la terre »...

Toute idée théocratique et philosophique étant écartée, on ne. peut donc nier qu'il ait là un mouvement de gravitation, de circuit matériellement fermé ?

Voulez-vous chercher ailleurs des exemples de « bon sens ».

Prenez la pluie, le sang, la végétaUon avec ses feuilles poussant au printemps pour retombera l'automne et former une sève nouvelle, le pendule avec son vaet-vient, la perspective du dessinateur avec toutes les lignes se rejoignant au point d'horizon, les fractions arithmétiques se balançant autour d'un commun dénominateur, les carrés du triangle rectangle se balançant dans l'égalité autour de l'hypoténuse, la règle de trois, ou, si vous voulez choisir modèle sut ce que fait l'homme lui-même, regardez l'arrosage, lo pompage, le vaccin médical, la saignée, un instrument musical, un orchestre, que sais-je, un bonhomme de sureau, un cerceau, une bicyclette, une automobile, une locomotive, n'importe quoi. . . partout vous retrouverez le circuit fermé et l'élan de la vie... car il ne faut pas s'y tromper, ce qui fait marcher la machine à vapeur comme la machine électrique, ce n'est pas le dérangement que l'homme occasionne, dans l'ordre naturel des choses, c'est le besoin spontané qu'ont les choses de revenir à leur « ordre » et à leur a état normal ».

Dans tous les exemples que l'on se plaise à chercher et si loin qu'on veuille pousser les analogies, c'est toujours, qu'on le veuille ou non, le courant de la Vie qui agit automatiquement, c'est lui Seul qui anime tout, parce que La Vie, par sa force d'attraction naturelle, ramène inlassablement tout vers l'équilibre de la Normale.

Et cela sans douleur, tout doucement,

par pulsations rythmées, à petits coups imperceptibles, incessamment renouvelés. Donc il est non seulement possible, mais nécessaire d'appliquer à la marche de la Société, si l'on veut qu'elle soit normale, un procédé de gravitation naturelle.

Celui que nous nous permettrons de préconiser sera, nous l'avons déjà dit : une sorte de soupape de sûreté, d*émondage prudent, de fermeture de circuit, de petit serrage de clef (pour employer des termes s'adaptant à la culture, à la mécanique ou à la musique) pratiqué sur le revenu de manière que tous ses libres développements, expansions et vibrations restent constamment d'accord avec le générateur ou î'âme de la Société. On n'en finirait pas d'énumérer des modèles.

Mais les comparaisons ne sont pas des raisons : encore ime fois, il ne faut s'aventurer qu'après avoir pris toutes les précautions possibles, dans un cas aussi grave.

Pour qu'une chose soit vraie, elle doit le rester jusqu'à la fin.

Or, la meilleure manière de vérifier

si une proposition ou une solution sont justes est de renverser, de bout en bout, les données du problème. Si les deux résultats concordent on est certain de ne pas s*être trompé.

Retournons donc notre examen la tête en bas comme on ferait des lermes d'une addition et d'une soustraction ?

Examinons maintenant la Société telle qu'elle existe déjà, ainsi que les perfectionnements sociaux qui donnent, chaque jour, des résultats tangibles et dont personne ne se plaint.

Il n'y a aucun doute, n'est-ce pas, que l'enfant, aussitôt né, cherche le sein de sa mère qui, elle, éprouve aussi un vé-

ritable besoin de lui donner gratuitement son lait, c'est-à-dire un peu de sa propre vie. De même, le père de famille éprouve une jouissance, un attrait, a payer de son revenu et de sa personne ce qu'il faut à ses enfants pour qu'ils soient bien portants et grandissent. Et puis, plus tard, c'est le contraire. Ce sont les enfants devenus à leur tour des grandes personnes, qui sont heureux de rendre à leurs vieux parents devenus infirmes ou incapables de gagner leur vie, un peu des soins et de l'appui qu ils ont reçu d'eux dans leur jeune âge. Il existe donc entre les membres de la famille un échange d'attraction naturelle autour du niveau commun de l'Homme dans la force de l'âge. Ce que I on a reçu d'un côté, on le rend plus tard de l'autre et réciproquement, comme font les dilations du pendule qui va et vient.

Quand il s'agit d'enfants orphelins, ou de vieillards sans famille, l'attraction pour être moins directe, existe quand même, Dans tous les pays quelque peu civilisés, il y a, n'est-il pas vrai, une Assistance Publique, un Bureau de Bienfaisance, des Etablissements hospitaliers gratuits qui viennent à leur secours. Dans ce cas, au lieu d'être pns sur la Vie de quelques individus spécialement désignés, le nécessaire est prélevé sur les fonds publics, c'est-à-dire que toutes les personnes de la ville ou du département — personnes qui n'ont pourtant aucun lien de famille avec les déshérités, — contribuent à leur entretien pour une petite part prise sur leur propre revenu. Il y a donc, ici encore, une sorte de transfusion d'une parcelle de Vie, autour du niveau normal de la Vie.

Autre chose, car il faut des sondages espacés :

Une maison de commerce se fende.

Sur quoi s'appuye-t-elle pour inspirer, en dehors de sa moralité, une con-

fiance suffisante ? Sur un capital. Sur quoi ce capital repose-t-il ? sur le nombre d'espèces qu'il représente. Sur qu»i l'espèce base-t-elle sa valeur? Sur un « poids » de métal précieux, c'est-à-dire sur « la FIXITÉ » de la gravitation. Et c'est autour de cette fixité, qui s'appuie sur la Pesanteur, qu'à la fin de chaque exercice, les comptes sont arrêtés. Le mot teciinique a balance »

indique bien qu'il y a un niveau normal, à partir duquel tous les écarts sont comptés.

Cette maison de commerce vient à être gênée dans ses affaires ? Ses créanciers se réunissent. S'il y a eu faillite frauduleuse, ils font condamner les coupables. S'il y a eu simplement accident, comme il en arrive souvent dans les affaires, ils laissent leurs débiteurs continuer à travailler. Très souvent, ce sont eux, les créanciers, qui, pour consolider le crédit de ces débiteurs, leur prêtent leur signature, avalisent leurs billets et, parfois, leur versent immédiatement un nouveau capital. Mais dans tous les cas, la première chose à faire quand une maison de commerce est ébranlée et qu'on ne veut pas la laisser sombrer, c'est d'arrêter les frais qui la font couler et4'essayer de la remettreà flot sur le niveau commun. Le niveau normal est toujours le centre des tendances.

Autre chose. Voilà un mauvais gars qui a attaqué un passant. On a arrêté l'agresseur. On Ta condamné. Il n'a pas de quoi indemniser sa victime. On lui a infligé de la prison. En prison on le nourrit.'., de sorte que le passant attaqué se trouve payer de sa poche, lui contribuable de la ville, une çart de la nourriture qu'on donne gratuitement à son agresseur !

Supposons que le bandit ait été, lui aussi, blessé par le passant en état de légitime défense. On les trouve tous les

deux, inanimés, sur la chaussée. On les porte à l'hôpital. On les y soigne, tous les deux, gratuitement. . . Voilà le public qui a contribué aux frais nécessités par le rétablissement à l' « éUt normal « de la santé du criminel î par solidarité, par équilibre social !

Autre chose encore. Vous voulez vous préserver des risques d'une attaque, d'un incendie, d'un accident, même quand il vous survient à la suite de votre propre maladresse, veus voulez vous garantir contre le préjudice que pourrsdt causer à votre famille votre maladie ou votre mort. Vous vous adressez, alors, à une Compagnie d'Assurances qui, moyennant une petite prime prélevée sur votre revenu annuel, vous garantit qu'en cas de sinistre, elle prélèvera, à son tour, sur le « Fonds commun », de quoi vous indemniser.

Votre prime est proportionnée à la valeur assurée et le paiement du sinistre est fait au prorata de « l'avoir » de chacun des actionnaires dans la Compagnie.

Il y a, ici encore, une sorte de balancement par compensation autour du niveau normal.

Vous avez, sur un navire, des marchandises qui ne sont pas assurées. Survient une tempête, voire même une attaque de pirates. Vos colis sont jetés à la mer pour le salut commun. Le navire est sauvé. A l'arrivée au port, on fait ce qui s'appelle un « règlement d'avaries communes ». On vous rembourse la valeur de vos marchandises et qui vous les paie ? La « communauté » de tous les intéressés qui, grâce à votre sacrifice forcé ou consenti, ont sauvé ce qu'ils avaient. Et dans quelle proportion a lieu la contribution au paiement? En proportion des valeurs sauvées, sans distinction de nationalité, en proportion de la richesse qui reste « à flot » aux mains de chacun après la fin du sinis-

tre..., etc., etc.. Toutes les lois de tous

les pays du monde sont dès maintenant d'accord sur ce principe de contribution commune.

Nous ne voulons pas abuser de la patience du lecteur et multiplier encore les exemples. En cherchant autour de lui, il en découvrirait, sans doute, bien d'autres et de meilleurs. Dans tous il retrouverait, comme en ceux-ci, qui, de bien des façons font penser à ce qui aurait pu être fait pour les blessés et les avariés de la grande guerre, une sorte de balancement mutuel autour du ^ niveau commun : d'un cêté un prélève- . ment, un don, un versement, et de l'autre une compensation, un soulagement, une restitutien, un revenez-y, agissant mutuellement l'un sur l'autre et ramenant, en fait, très suffisamment les choses dans leur « état normal ».

On retrouve donc, dans les institutions sociales actuelles, une application constante, sans qu'elle soit toujours consciente, un modèle à imiter, de l'équilibre obtenu par la Loi de Gravitation.

Nous croyons donc qu'on peut, désormais, en toute sécurité, essayer de se servir de la Loi de Gravitation pour rendre à la Société un peu de sa st8a)ilité« normale ».

TIÏ^ISlfiîMK PARTIE

Ije Remède

us BAPPEL AU SEi\S COMMLiX

L'Application de la Formule

La réforme viendra seulement de catastrophes. . ... si elles ne tuent pas lout-à fait.

Frédéric Le Play.

Le dithcile n'est pas d'avoir une formule, mais de l'appliquer, tant en mathématiques, qu'en médecine etailleurs.

On connaît la mésaventure arrivée a ce brave docteur en médecine, qui, soignant, depuis de longues années, une vieille dame de ses amies, à laquelle il croyait, de bonne foi, avoir sauve a plusieurs reprises la vie, trouva, à la mort de la cliente, en guise du legs qu'elle lui avait laissé entrevoir, toutes les drogues qu'il lui avait ordonnées, régulièrement rangées dans une armoire, intactes dans

leurs fioles.

11 e^t à craindre que l'Humanité ne veuille, pas plus que la bonne dame, entendre parier de remèdes. Ni les attaques ni les convulsions atroces dont souflfre l'Humanité depuis plus d'un siècle ne lui ont encore donné même ridée qu'il lui en fallait un. Elle continue ses habitudes de se griser d'esprit faux. Elle aime mieux mourir que de

s'en passer. . . i «

Et pourtant pour se guérir, il suffirait de bien peu de chose, car ce qui guérira l'Humanité de ses maux ce n'est même pas un remède. C'est simplement la suppression de ses mauvaises habitudes.

« Laissez faire la nature, cessez de la

gêner par vos prohibitions et vos entraves. Elle rétablira partout l'ordre, le biea-être, la tempérance », disait Victor Hugo. (1)

Sans doute, si la vieille dame a vécu longtemps, sans vouloir toucher

aux remèdes de son médecin, elle aurait peut être pu vivre encore davantage et obtenir plus vite son rétablissement lors de ses maladies si, en cas de danger, elle avait 9uivi les sages prescriptions du docteur, mais quand il s'agit d'un ivrogne qui se ruine la santé par de dangereux alcools, le mieux et la seule chose qu'il ait à faire c'est de

ne plus boire.

Qu'on se dépêche donc d'enfermer

dans le placard les formules délétères et les théories stupéfiantes ou excitantes dont s'est abreuvée depuis trop longtemps l'Humanité.

Ces breuvages très forts contiennent parfois d'excellentes choses. Il ne faut pas les détruire. Ils peuvent, dans certains cas spéciaux, rendre des services comme tout remède contenant du poison, mais pour guérir la maladie sociale actuelle, il n'y a qu'à imiter la brave dame et les laisser de côté, pour s'en tenir à une bonne hygiène générale.

La santé « normale » reviendra toute

Que font, en définitive, les médecins,

sinon de viser àce que leur Maître Hypocrate appelait si justement « la santé guérissante ». Toua les remèdes, plus ou moins énergiques suivant les cas, ontils un autre but que de rétablir la circulation normale, la température normale, la respiration normale, la digestion normale, les battements du cœur normaux ? Ainsi faut-il faire.

(1) Traduction des œuvres de Shakespeare. Indroduction tome VIII, page 50.

Oui, dira-t-on. Mais, pour y parvenir, il est une condition première pour un médecin. C'est d'avoir fait ses études et d'avoir appris par l'expérience ce qu est V « état normal » de toutes les pulsations et de tous les degrés de la santé normale.

En santé sociale, on n'a même pas eu, jusqu'ici, la pensée qu'il puisse existwr

rien de semblable.

La première chose à faire semble être de déterminer, tant bien que mal, les niveaux « normaux » de la Société^en bonne santé, ou, si l'on préfère, de créer une échelle de poids et mesures sociaux.

Les mots importent peu . . .

La mesure est le nœud de tous les problèmes physiques. . . ^

La mesure est aussi le nœud de tous les problèmes métaphysiques et économiques.

Qu'on crée donc « an Conservatoipe des Poids et Mtsiareii Sjeiaux », un « Bureau de*» L*eni^tudes Sociales » où toute l'IIiini»nîté, en bloc et en dictai!, soit toujours certaine de retrouver de»

points de repère de son « i\iveau Commun

Qu'on constitue des Instruments de Statistiques ayant pour centre et comme base de gravitation « l'Humanité Tempérée ».

Qu'on fixe, par exemple, pour commencer :

1) . Un nombre normal « type » d'en-

fants par famille individuelle.

2) . Un nombre normal « type » d'ha-

bitants par kilomètre carré pMir la Famille Nationale.

3). Une normal© «type» d'âge humain,

auquel puissent être comparés à tout moment les âges de tous

les Membres des Familles individuelles et Nationale, (par exemple : l'Homme dans la force de râge).

4). Un « type »

de monnaie normale, par exemple un poids

d'or auquel tous les calculs économiques puissent être constamment ramenés.

Pour « fixer » ces mesures, si la Société des Nations ne s'en charge pas, on pourrait prendre des arbitres, ou proposer aux divers gouvernements de répondre par « oui ou non » s'ils acceptent tel ou tel chiffre sur lequel on n'est pas d'accord, étant entendu que la majorité des « oui » entraînera l'adoption générale.

Iln'y a,d'ailleurs,pas grande difficulté à craindre pour la fixation de cette sorte d'échelle de poids et mesures sur le papier, qui ne font de mal à personne.

Pour la clarté, nous supposerons que les œesuressuivantes aient été adoptées :

LA FAMILLE INDIVIDUELLE NORMALE se composant du père, de la mère et de trois enfants.

LA FAMILLE NATIONALE NOR- MALE ayant une densité moyenne de 50 habitants par kilomètre carré.

L'AGE NORMAL de TETRE HUMAIN (L'HOMME DANS LA FORGE DE L'AGE), ans.

LA MONNAIE NORMALE : Le POIDS de 50 grammes d'OR aux 9/10'' de fin.

Ouels que soient les nombres adoptés^ ils seront toujours des mesures im-

parfaites, c'est entendu, mais dans la pratique, ils rendront les mêmes services qu'un système de poids et mesures, si mal établi qu'il soit.

D'ailleurs, à la rigueur et maigre les grands services qu'il rendra, on pourrait s'en passer : l'Humanité, a ses debuts, n'avait aucun système de poids et mesures et elle vivait. Ge n'est que bien longtemps après l'invention des machines à vapeur et de l'électricité qu'on leur a appliqué des compteurs. Tous les iours, il est maint équilibre plus com- . pliqué que la santé, qu'on obtient d'mstinct, par tâtonnement ou en donnant un mouvement tournant. Le centre de gravité vient se placer tout seul, invisible, à la résultante des forces en mouvement de rotation.

Et nous voici de nouveau revenus à la Loi de gravitation et à nous demander

s'il est possible de l'appliquer à la marche de la Société Humaine, sans jamais perdre de vue qu'une circulation artificielle ne sert à rien si elle est donnée dans un sens antinaturel.

« L'équilibre », dit la Science, est obtenu lorsqu'un corps revient « de luimême » à sa « position normale. »

Il s'agit d'arriver à ce que, dans la Physique Sociale, la Société reprenne spontanément son équilibre, et pour cela, de copier ce qui réussit en Physique ordinaire : , „ ^ . * -i Pourquoi le cerceau de l'enfant tient- il debout ? Parce qu'on lui donne une petite impulsion soit, mais surtout parce qu'il est rond. Pourquoi le courant électrique produit-il lumière, mouvement et force, sans étincelles et courts circuits, parce qu'on a soin de « fermer le circuit ». Entre le commencement et la fin, il n'y a pas d'interruption. Il existe

dans le sens de la circulation engendrée quelque chose d' « infini » comme dans les battements du pendule qui, s'il n'y avait pas les frottements et les résistances, continuerait à osciller... indéfiniment. , , , ,

Le devoir est donc de chercher à donner, dans la pratique, aux mouvements de la Société, un élan régulier, une pc; tite impulsion matérielle répétée qui agisse dans un sens naturel sur l'organisme entier, de la même façon que le sang accomplissant son circuit autour • du cœur — centre normal.

Gomment faire 1 C'est bien simple.

En s'arrangeant pour qu'un èourant d'impôt sur le Revenu revienne dans chaque sphère sociale au cœur même de cette sphère.

Le Revenu, nous l'avons vu, est une chose vivante. C'est lui qui fait vivre l'Humanité en lui donnant, par ses pulsations naturelles diurnes et nocturnes, qiiotidiennes et annuelles, toutes les choses nécessaires et utiles à la Vie. Il est dans l'organisme social ce qu'il y a de plus liquide, de plus fluide et de plus circulant. L'Homme « produit » du revenu de la même façon exactement qu'il (( produit » des liquides, de la vapeur et de l'électricité. Une fois produit, il se sert de son revenu pour ses commodités, de la même manière qu'il se sert des puissants développements de vapeurs, des merveilleux courants électriques de son invention et de sa production. Rien ne s'oppose donc à ce que l'on considère le Revenu comme le liquide ou le fluide vivifiant destiné à équilibrer la marche de la Société.

Quant au cœur de cette Société, il est tout indiqué. La Famille est de toute la

Société ce qu'il y a de plus central, de plus stable, de plus fixe. Elle est le rendez-vous des palpitations les plus douces et les plus cruelles de l'existence. Elle est, par l amour maternel et l'amour filial, le véritable aimant social.

De tout temps la Famille a été considérée comme la base, la souche, la sève, le cœur de la Société.

Pourquoi, dans ces conditions, ne pas

se servir de ces deux éléments tout faits, pour former entre eux un courant naturel, un circuit, un balancier, qui — de lui-même — rétablirait dans la Société la circulation normale comme le régulateur agit de lui-même sur la machine én marche, ou les battements du cœur sur la circulation du sang.

D'un côté, un çetit prélèvement fait sur le revenu, qui servirait de prime de

De l'autre, un petit versement fait à la famille, qui servirait de stimulant.

Rien à changer à la marche actuelle de la Civilisation. Pas besoin de démolir. Le mécanisme et l'organisation modernes sont admirables. Quelle que soit la forme de la machine politique, les rouages en sont bons. Sans doute, on pourrait les améliorer et les simplifier. Mais, tels qu'ils sont, ils peuvent très bien durer. Il ne leur manque guère qu'un régulateur organique, un balancier de (( sens commun ».

Disons-le bien nettement, il ne s'agit pas de « Communisme » dans le sens

où on l'entend trop souvent, c'est-à-dire d'un retour brutal à la communauté égalitaire des bêtes sauvages, système théoriquement aussi maladroit et aussi illusoire que la prétention qu'on pourrait avoir de fixer, à la main, la normale du fil à plomb ... pas plus qu'il

n'est question de rétablir l'interdiction de prêter de l'argent à intérêts fixes, telle qu'elle existait, encore formellement stipulée par les lois civiles, voila a peine trois cents ans, ni de retireip a la richesse sa mobilité toute moderne.

Non... Non... aucune révolution, aucune réaction ne sont demandées.

La seule chose qui soit nécessaire, c'est que le courant du revenu sur lequel subsiste le monde, tout en continuant à alimenter toutes les ramifications de la Société et à s'y consommer librement, soit rattaché en fait à son générateur d'origine.

Et cela entraine un mesurage, un contrôle, des compteurs.

Nous touchons ici au seul point qui soit douloureux de l'opération la suppression de l'anonymat de la richesse reproductrice.

La statistique du Revenu I

• Une double maladresse des Clouvernements rend aujourd'hui odieux l'impôt sur le revenu ou « income-tax ».

10 La première est la brutalité qu'ils mettent généralement à percevoir l'impôt sur le revenu. A les regarder opérer, on croirait d'un vétérinaire barbare qui, pour voir ce qu'il y a dans la poule aux œufs d'or, lui ouvrirait le ventre. Il inquisitionne, il palpe, il fend, il coupe, il taille à merci « la livre de chair » shakespearéenne . Partout où il voit une excroissance, vite un coup de bistouri. Sous le nom de Richesse, il englobe le capital et les choses inertes et stagnantes comme l'argent.

Le Gouvernement met des impots sur sur le chiffre d'affaires c'est-à-dire sur l'activité, des impôts sur le bénéfice, c'est-à-dire sur l'intelligence personnelle ou la chance du jeu. Les affaires et le bénéfice sont pourtant tout a tau

différents du Revenu. Ce sont des choses qui ne sont pas absolument nécessaires à la vie, de simples rapports d'homme à homme, aussi improductits, en eux-mêmes, qu'une monnaie servant aux échanges. ,

Seul le Revenu est la vraie Richesse. Le revenu c'est la vie, cest ce qui fait vivre. Des amas d'or sur une île déserte ou enfouis dans les flancs d'une montagne inaccessible n'ont aucune valeur, ne constituent aucune richesse. Le Revenu — différence essentielle rappelant celle que faisait Shakespeare entre la livre de chair et le sang qui coule — le Re-Venu, est, il faut le répéter à satiété, une résultante de la Fécondité Naturelle en marche, un rendement spontané, une part du pain quotidien que la Nature donne seule et gratuitement à tout le mondo et à laquelle tout le monde a droit comme à une part dévie, sauf au travail à essayer de faire avec le pam sec quotidien, de bonne galette,si j'ose dire. Le revenu est comme l'air dont chacun a besoin pour respirer. Qu'il soit possible à l'homme décondenser et d accumuler, de dissiper et stériliser un revenu comme il produit, tour à tour, de l'air liquide, de l'air comprimé, de i air raréfié ou du vide, cela n'empêche pas le revenu d'être comme l'air un produit naturel. Oh non ! ce n'est pas l'homme qui produit les choses nécessaires à la vie, pas même la rétribution du trayai , encore moins la rétribution du Capital.

Le revenu est, en quelque sorte, la bousFole sur laquelle tous les yeux, tous les efforts et tous les travaux doivent être constamment fixés, le soutien sur lequel s'appuient toutes les tluctuations, et tous les progrès de la Société.

Autrement dit encore, mais, sans aucune discordance malgré l'opposition crue des images, le Revenu est une

conception, dont la rémunération du

travail, généralement dénommée « salaire », et la tout aussi légitime rémunération du Capital, appelée « intérêt de l'argent » forment partie intégrante.

Le Revenu est une conception, une naissance, une fructification de la nature vivante. Fruit de la Propriété, fruit du Capital, fruit de la Civilisation en marche, fruit du travail d'un jour ou fruit d'une heure, de quelque façon qu'on l'envisage, le revenu est toujours un (( Fruit )). Or un fruit invisible est une illusion, un fruit dont on peut manger indéfiniment sans jamais se faire mal,est une absurdité. Un fruit qui ne se gâte jamais, est une impossibilité. Comme il n'existe sur terre qu'une quantité limitée de fruits, s'il y a des gens qui accaparent tous les fruits les auties mourront de faim. • ,

Il y a donc dans chaque fruit, qu il soit provenu du capital ou du travail, une part organi(iue et constitutionnelle, qui n'appartient pas complètement au propriétaire, ni au producteur, part qui fui a été donnée « en pur don » par la nature et dont il est, en quelque sorte, comptable vis-à-vis de sesaïeux et de ses successeurs. C'est seulement de cette part de fécondité naturelle qu'on lui demande statistique et mesure.

A première vue, il peut paraître im^

possible de mesurer une chose aussi tluide que le Revenu.

Mais s'il est vrai que l'homme produit du Revenu comme il produit de lavapeur et de l'électricité, pourquoi lui serait-il impossible de mesurer le Revenu comme il mesure ces lluides invisibles et impalpables ? c'est-à-dire en choisissant le moment où ils ne sont pas en plein travail, où ils ne sont pas en, consommation, mais quand ils entrent ou

quand ils sortent avant ou après le travail accompli, c'est-à-dire — au moment du versement — Sans soupape de sûreté, sans manomètre, sans compteur des volts, il y a danger, n'est-ce pas, dans les machines ? Eh bien! pourquoi le mesurage de l'intensité du Revenu ne pourrait-il pas se faire sans la moindre opération douloureuse et pour ainsi dire automatiquement, grâce à des enregistreurs automatiques semblables à ceux qu'on adapte sur les machines ? et qui, comme lé médecin constate la fièvre, ne marquent que d'après les signes « extérieurs » ?

Les capitalistes ont intérêt à celte unification et à cette simplification du contrôle pour que tout leur capital n'éclate pas d'un seul coup comme cela s'est produit déjà en Russie lors de la Révolution.

Les travailleurs y auront encore plus d'avantages, non seulement pour empêcher l'accumulation dangereuse des capitaux dans les mêmes mains par le seul courant des intérêts composés roulant sur eux-mêmes, mais surtout parce qu'en cas de catastrophe, c'est toujours l'ouvrier qui se trouve à proximité de la machine, qui en est la première victime.

Le mouvement qui porte tous les gouvernements sans exception à exiger des statistiques des revenus et des salaires est irrésistible. Ne serait-ce pas faire œuvre de prudence dans ces conditions, que de cesser de résister à ce courant puisqu'on ne parviendra pas à l'enrayer, et d'essayer tout simplement de l'endiguer et de le diriger de manière à ce qu'au lieu d'être dangereux il devienne salutaire ?

Il serait déplacé d'entrer dans des détails pratiques, mais il est permis d'espérer qu'un jour, pas trop lointain, toutes les nations civilisées, se mettront

d'accord pour adopter à 1 "égard de la statistique des revenus un procédé de mesurage aussi automatique et extérieur que possible et qui soit « le même pour tout le monde ».

9« La seconde raison d'épouvante pour les capitalistes et les salariés à l'égard de l'impôt sur le revenu est actuellement c[ue les gouvernements, après avoir impose, enlevé, taillé à merci dans le tas informe des revenus, salaires, bénéfices, chiffre d'affaires, etc.. escamotent sans laisser de traces tout ce qu'ils en prélèvent.

Non seulement ils ouvrent le ventre du patient, lui coupent îout ce qui se trouve à leur portée, mais après l'amputation, tout ce qui a été taillé dans sa chair est jeté à la rue. Beaucoup plus qu'au temps antique où la dîme juive allait aux mains des lévites, ou que sous l'ancien régime français, où elle allait à l'Eglise et par elle, en partie, aux pauvres, le contribuable d'aujourd'hui sait bien que de tout l'argent qu'on lui prend, il n'en reverra jamais un sou.

Pourquoi ne pas modifier le sens de ces pratiques? L'effroi pourrait, qui sait, se changer en confiance et en satisfaction, si chacun arrivait à se rendre compte que, comme dans une machine, le tableau de mesure de la pression et du courant est tout aussi utile à l'actionnaire qu'au mécanicien, ou si chacun constatait que, comme lors d'une visite de médecin, la taille s'il en est ordonné, la diète sont faits, uniquement, dans l'intérêt de sa santé, à lui, patient, riche aussi bien que pauvre.

Et c'est ici que viendrait jouer la seconde oscillation du balancier social, la fermeture du circuit.

Aussitôt la perception de l'impôt sur le revenu opérée par le Bureau Central

des poids et mesures de la Société...

Aussitôt elle serait répartie, comme nous l'avons laissé entendre, de telle manière qu'elle revienne, le plus directement possible, à la sève, à la souche, au cœur même de la Sphère sociale, d'où elle vient, et cela, pour ainsi dire, automatiquement, comme le sang dans l'être vivant, comme la vapeur au condenseur, comme l'électricité à la terre, etc., etc.

Les proportions sont choses secondaires, on nous excusera d'en donner uniquement pour préciser. Commençons par en bas. C'est le plus difficile.

Supposons que, dans une sphère industrielle (formée d'une industrie particulière ou d'un syndicat d'industries similaires), on ait prélevé sur tous les revenus que cette industrie a rapportés dans l'année, aux actionnaires, aux directeurs, au personnel de bureau, aux ouvriers de la main-d'œuvre, qu'il ait été prélevé, disons-nous, un prorata de 10 ou même de 15 0/0 sur chaque revenu coupon, traitement ou salaire ; la masse ainsi formée, si exagérée qu'elle puisse paraître, serait redistribuée instantanément et entièrement aux familles de tous les susdits participants, sans exception, riches comme pauvres, mais en proportion du nombre et du bas âge des enfants, ou de grand âge de leurs vieillards, à la charge de chacun des patrons et des ouvriers ; tous les âges étant calculés... par rapport à l'âge normal pris comme ce type » centrid de toutes comparaisons. Autant de perçu autant de rendu : Rien de perdu, le cycle est complet.

De même dans la sphère nationale, supposons qu'on ait prélevé sur tous les revenus de tous les nationaux, une sorte

— eis —

de prime de solidarité et de sécurité mutuelle, fixée à, — disons 5 0/0 ; — La masse ainsi formée serait redistribuée instantanément à tous les nationaux contribuables, en compensation de leur charges de famille et spécialement aux

vieillards et aux petits enfants» de la

Nation.

De même encore, dans la sphère internationale, supposons que la prime d'assurance sociale mutuelle ait été fixée à 2 0/0 de tous les revenus sans exceptions, le total de la perception serut aussitôt reçu, réparti entre tous les peuples pauvres comme riches, mais cette fois en raison inverse de leur densité de population par rapport à la deiisité « type normal ».

Libre ensuite aux nations de répartir comme aide aux familles nombreuses ou à la vieillesse dans la proportion

Qu'elles voudront, ce qui leur reviendra e la redistribution c«mpensatrice.

Ces chiflfres sont mauvais ? Qu'on les change — pourvu que le principe compensateur, le flotteur de salut commun subsiste.

Précisons le plus possible : Les Gouvernements restent libres de créer, à leur profit politique, autant d'impôts indirects qu'ils voudront et que leurs contribuables consentiront à payer.

Mais désormais l'impôt direct cesse d'être un impôt politique : il devient une contribution, à échelons, d'intérêt strictement social.

L'impôt indirect répond à la conception qu'Adam Smith se faisait de l'impôt : (( Une participation nuœ dépenses du gouvernement ».

L'impôt direct, correspond, lui, à la définition de la Révolution française dans son adresse de 1789 aux Français :

« L'impôt est le prix des avantages que la Société procure, la rémunération dfis services sociaux ».

Ils sont absolument, séparés Vxm de l'autre :

Impôt indirect : impôt politique.

Impôt direct : impôt social.

L'impôt direct se trouvera exclusivement destiné à assurer la marche de la Société à tous ses degrés.

Bien que ce ne seit pas bien compliqué nous demandons la permission d'y insister pour finir et, toujours avec des images divergentes afin que le lecteur, qui a eu la bienveillance de suivre ces recherches jusqu'ici, s'oriente lui même vers le but que nous cherchons tous.

L'im^pôt indirect fait l'effice de l'huile dans les rouages du mécanisme de la Société.

La contribution indirecte devrait remplir celui du fluide générateur du mouvement et de la régularité, sans rien changer à la haute tension des intérêts personnels.

En d'autres termes, la contribution directe personnelle et réciproque, deviendrait à coté de la charité de libre volonté, une charité aimantée, une charité d'amour mutuel, fonctionnant en quelque sorte mécaniquement, si l'on

peut dire. . . . ,

A l'avenir, dans chaque sphère sociale,

il existerait un modérateur compensateur et tout à la fois stimulateur. Une seule et unique contribution sociale minime calculée de la même manière pour tout le Monde (riches comme pauvres) reviendrait — aussitôt perçue — à tout le Monde (pauvres comme riches) comme une pluie adoucissante et fécondante, tombant avec une densité d'autant plus grande qu'elle arrose un endroit ayant naturellement plus besoin d'être arrosé.

d'autant plus légère qu'elle se répartit uniformément sur la surface de la spkère entière.

A chaque échelon de la redistribution compensatrice, tout reviendrait, en cascade pulvérisée, au « niveau commun »

sans la moindre distinction arbitraire, sans aucune barrière de classes artificielles, uniquement en raison de besoins naturels. .

Quelles que soient les proportions de la répartition et de la perception ~ qu'*n sait d'avance imparfaites — il se produirait, dans l'organisme social tout entier, une diffusion mutuelle et réciproque de solidarité, agissant à la manière du sang commun circulant dans toutes les veines d'un corps vivant.

L'impôt personnel et direct, justement parcequ'il s'attache à la personne dans ses fibres vivantes, jouerait, à l'avenir, le rôle de» pondérateur élastique afrissant toujours dans le sens de la Vie normale, fermant le circuit sur la Vie normale.

En admettant que les balanciers de deux sphères voisines ne marchent pas tout à fait à l'unisson, cela n'aurait pas d'autre importance. N'est-il pas reconnu par rexpérience, en physique, que lorsque deux pendules battent côte à côte dans des sens différents, ils ne sont pas longs à se mettre spontanément d'accord et à osciller en harmonie complète, tant est grande la force d'attraction vers « le sens commun ».

Il ne faut donc pas désespérer de voir, bientôt, la Loi de Gravitation « assurer » non seulement la sécurité de la Société, mais encore sa marche, à toute vitesse, dans la voie du Progrès.

COXTO£jT7SIOX7

Aux principes de la physique élémentaire, au «principe de i'inwrtie », an

« principe de l'équilibre », au « principe de Pascal sur l'équilibre des liquides », au « principe de Garnot sur l'équilibre des fluides dans les machines à vapeur », au « principe de Faraday sur l'équilibre électrique », au « principe de Glalilée sur l'équilibre du pendule », au « principe de Newton sur l'équilibre des masses », ... etc , on pourrait ajouter ce corollaire de lâ Loi de Gravitiaition, relatif à la « Physique Sociale ».

Si, dans une sphère soeiale» se produit, soit B»twreilemeflit «oit «rtiii^eileBieiit, un comvmnt de Revenu qni r«> vienne mm centre de ipravtté, on, pour nienx dire, nn €Mear de ce Oorp» Social, il ne prodnit, »rO!«TANKlltKI!lîT, dnn» ce €N>rps nne tendance 4 Plilqaiillire.

Pour énoncer cet axiome, il n'est pas besoin d'être grand clerc. Gest le « bon sens » qui parle.

Pour appliquer le principe, une grande habileté ne sera pas nécessaire non plus!

Il y a cinquante ans, il nous semblait incroyable qu'un Homme pût s'asseoir et marcher sans danger sur une roue en mouvement. Il y a dix ou quinze ans, on considérait comme impossible qu'un Homme .pût se maintenir en suspension dans Tair et voler. Aujourd'hui cela semble tout naturel.

L'équilibre social est autrement facile à obtenir !

D'une part, 1 homme a toujours été poussé à avoir une femme et des enfants, c'est-à-dire à constituer une famille, et d'autre part, le Revenu — son nom le dit assez — le Re-venu Re-vient

constamment. Il y a donc là double manifestation évidente d'attraction. Il n'y a qu'à la laisser faire, à ne plus folle^ ment l'empêcher d'agir.

Ce qui donne la «iécinrité, c'est l'élan, c'est le balancier, c'est le re-venu, c'est

le res-sort

Oh ! Çà, oui ! c'est un chef-d'œuvre, mais il ne vient pas de l'Homme.

Par la même raison que le bonhomme en sureau, pour peu qu'il ait

aux pieds un petit poids de forme circulaire, se redresse, après quelques oscillations, tout seul ; par la même raison que dans la chaudière près d'éplater, la vapeur en excès soulève, toute seule, la soupape de sûreté et évite ainsi automatiquement la catastrophe ; par la même raison que dans la salle de spectacle où tout le monde étouffe, il suflat, sans rien changer au spectacle ni aux spectateurs, d'ouvrir une fenêtre, une lucarne, si petite soit-elle, sur le dehors

pour que l'air pur y rentre tout seul

de même l'équilibre se fera, tout seul, dans la Société où les passions sont, peuvent et doivent rester à haute pression ; de même la crise Mondiale, dont tout le Monde étouffe, disparaîtra, toute seule, du moment qu'on n'empêchera plus systématiquement, obstinément et hermétiquement le moindre regard vers l'air libre et le niveau naturel commun.

Lm loi de gravitation fera des merveilles chaque fois qu'on l'invoquera.

On pourrait essayer de l'appliquer aux cas particuliers, même les plus difficiles, tels que les conflits entre ouvriers, patrons et actionnaires d'une industrie séparée ou d'un groupe d'industrie similaires, mais pour ne viser qu'au plus général,, qui est aussi ie plus simple et le plus pressé, on devrait, sans tarder,

l'appliquer dans la Sphère Nationale, c'est-à-dire l'employer à ramener l'équilibre social entre Nationaux.

Avec plus d'urgence encore il faut l'appliquer dès demain à ramener etassurer l'équilibre entre Nations, en commençant par l'extinction des dettes de guerre faites dans « l'intérêt commun ».

C'est facile.

Il ne faut pas craindre de prédire que

le jôur où l'homme consentira à s'en

remettre à la Loi d'Attraction et de Gravitation pour régulariser ses équilibres, même les plus extraordinaires, il sera stupéfait des résultats obtenus et de la facilité incroyable avec laquelle il les aura réalisés . . . tout simplement parce qu'il aura laissé agir ie « Sens Commun ».

Y consentira-t-il Voilà la question.

Onsentira-t-il à «. laisser faire », en lui, VIE, à se « laisser vivre » ?

Voilà la seule difficulté.

Il est évident qu'on n'arrivera jamais à empêcher de se suicider un homme qui s'obstine à le vouloir.

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