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ERREUR PHILOSOPHIQUE

L'Erreur de la Philosophie moderne est la même. Elle a attribué à l'Homme aux passions de l'Homme, à la volonté

de l'Homme, au « Moi » humain, une souveraineté « iiber ailes » qui n'existe pas.

Du moment que les pires crimes sont « passionnels », ils sont excusés. « Je

l'aimais, alors je l'ai tuée ». « Je le haïssais, alors je l'ai tué ». Gela suffit : acquitté. La passion excuse tout ; la passion domine tout.

Aussi bien, à ceux qui ont Vespoir de voir un jour les mouvements de la Société civilisée réglés, régularisés, assurés normalement dans la sécurité et dans la paix, on répond souvent : «C'est impossible ; c'est une utopie ; vous oubliez les passions humaines, les nervosités de chaque instant ».

Eh bien, voyons froidement, posé- ' ment, ce que sont les passions et les nervosités humaines, et pour n'avoir .

aucun parti pris, faisons « table rase » de toute opinion préconçue» Entrons, si

on le veut bien, dans la grande salle de

la Bibliothèque Nationale de Paris.

Allons au catalogue. Demandons les premiers livres venus traitant de ces questions, sans les choisir, au hasard.

Il n'y a pas à la Bibliothèque Nationale, beaucoup de livres catalogués souh le titre « Les Passions », L'examen ne sera pas très long.

Les trois premiers ouvrages que le garçon de salle nous ait apportés quand nous nous sommes livré à cette petite enquête, étaient : Les Conférences faites à Notre-Dame, en 1906, sur « Les Passions », par le P. Janvier, «l'Essai sur les Passions », de Th. Ribot, et « La Médecine des Passions », du Maurice Boigey .

« La passion, dit le P. Janvier au début de ses conférences, est un mouvement qui nous tire de notre état normal pour nous Jeter dans un état d'agitation et de trouble. Les philosophes du passé s'entendent avec la science d'aujourd'hui pour reconnaître cet clément moteu?^ dans la passion. MM. Ribot, Lange, William James nie s^ expriment pas autrement que Descàrtes, Malebranche ou Spinoza ; les docteurs chrétiens et les Saints Pères parlent comme les sages du Paganisme. Saint-Paul, Saint-Augustin s' expriment comme Cicéron, Aristote, Platon . . . Plus un homme est hors de lui-même, plus il est em^ porté loin de son calme et de son repos, plus il est passionné. . .

» DonCyla passion est un mouvement, mais un mouvement de passivité, provoqué en nous par l'attrait du bien ou par la face repoussante d'un mal qui nous rebute ... Il n'y a pas de passion sans trouble physique ...la passion entraîne un trouble organique . . la passion qui domine toutes les autres c'est V amour. . . ».

' Th. Ribot dit de son côté :

« La passion est une émotion prolong,4e et intellectualisée. . . L'émotion repose sur une tendance primUim* ^ Vémotion a pour caractère de communiquer par un choc une rupture d'équilibre... Les causes internes des passions sont les seules vraies. . . La passion est dynamique ou statique . . .

Il y a des passions positives et des passions négatives... Toute passion, n<cme courte, est une rupture de la vie normale.. . Elle est un état anormal... »

Ailleurs, M. Ribot écrit encore :

« Ce qui est fondamental en nous, ce sont les tendances, impulsions, désirs, sentiments, tout cela et rien que cela.. . Les sensations internes de la vie végétative sont la source principale du développement affectif. . . La volition n'est pour nous qu'un effet du travail psychophysiologique . Elle n'est la cause de rien ... Le a Je veuœ » constate une situation^ mais ne la constitua pas. »

Ges quelques formules mériteraient une méditation profonde et prolongée.

Mais, déjà à première vue, elles établissent que la passion est « un mouvement » qui fait sortir du « normal «. Et il résulte de cette constatation, qu'il existe au fond du cœur humain une sorte de de niveau du sens commun, où les passions bonnes et mauvaises, viennent s'abriter à l'état de calme et de bon équilibre et aussi que les passions sont, comme les vagues, constamment ramenées au niveau normal ^ar une sorte de tendance ou de ressort invisible, agissant spontanément dans les deux sens, autour du centre commun.

Le docteur Boigey, lui, n'entre pas dans les définitions, mais donne certains conseils pratiques qu'on gagnerait peut-

être à appliqiter auœ passions politiques et sociales ; « Le traitement médical des passions est comme celui des

maladies : préventif et curatif »

Nous ne guérirons Jamais les lésions organiques causées par les passions par nos seuls médicaments si nous n'avons pris soin d'affaiblir les passions qui dévorent nos neurasthéniques contemporains »... « Leur neurasthénie sera guérie lorsqu'ils cesseront de reporter sans cesse leur pensée sur

l'obsédante idée qui les absorbe »

Ce serait une digression de s'arrêter ici aux deux séries de remèdes que préconise le docteur Boigey (d'une part l'éducation des enfants, le régime alimentaire, l'influence du milieu, la tyrannie de l'habitude, le surmenage nerveux, d'autre part toute une échelle de pénalités. Nous n'y faisons allusion que pour signaler dès maintenant l'analogie des mesures qui seront proposées dans la seconde partie de cette étude pour remédier à la neurasthénie sociale, avec les prescriptions de l'auteur de « la Médecine des Passions ».

Pour abréger cet examen, qu'il nous soit permis de condenser en quelques formules, les diverses définitions trouvées à la Bibliothèque Nationale, ne serait-ce qu'en consultant des Dictionnaires comme le Larousse :

Passion : Mouvement, Penchant de l'âme.

Sentiment : Affection, Passion, Mouvement de l'âme.

Instinct : Mouvement naturel qui pousse à faire certaines choses.

Appétit : Inclinaison, besoin par lequel on est porté à désirer.

La Raison est à la lettre une Révélation (Victor Cousin).

Si vous ne voulez pas écouter La RaisoHn elle ne manquera pas de se faire sentir (Franklin).

La Raison est un pot à deux anses qu'on peut saisir à gauche et à dextre

(Montaigne).

Sens commun : Raison générale, Raibon commune.

lies principes du Sens commun sont tout simplement des solutions positives de tous les grands problêmes (Jouffroy).

E7notion : TrouMe. agitation de l'âme \ qui provoque une passion... Etat particulier et momentané de l'àme consistant dans une vive surexitation neirveuse très violente.

Les Nerfs : Sont les organes de la ' sensibilité (Cabanis) ; sont les organes qiii transmettent aux muscles le principe du mouvement (de Jussieu) qui gui sont les organes du sentiment,aboutissent tous au cerveau (Buflfon).

' Influence nerveuse, influence vitale:

Deux actions qui n'en font qu'une, etc., etc.

Par conséquent, on trouve toujours au centre des Passions, des sentiments ou de la raison, quelle que soit leur élasticité, quelque chose comme un sens commun central, un état d'équilibre, un aimant ou un ressort de rappel automatique.

Puisque les nerfs sont causes de bien des malheurs, examinons de plus près,

si on le permet, l'intluence des nerfs sur , l'Homme et par rapport à lui-même et par rapport à ses semblables.

Le passage qui suit est tiré d'une '•1: étude intitulée « Le Système nerveux.

Doctrines et Théories récentes », par » Dastre, publiée par la Revue des Deux Mondes y en 1900.

« Le Système nerveux représente le « lien social » (? ?) Tunité de l'organisme... Avec un système nerveux idéalement parfait, la corrélation des parties atteindrait la perfection. Il se-

rait alors permis de dire, conformément à la «( loi de corrélation » de Guvier, que Fêtre vivant forme un tout complet dans .

lequel les diverses parties sont tellement liées qu'aucune d'elles ne peut éprouver de changement sans que toutes les autres changent aussi... Cuvier a été jusqu'à dire : « Le système nerveux est au fond tout l'animal ; les autres systèmes ne sont là que pour l'entretenir . et le servir ».

» Lorsqu'il s'agit d'imaginer la nature de Tinflux nerveux, l'esprit n'a le choix

qu'entre deux hypothèses... deux systèmes qu'en physique on connaît sous les noms de : système de l'émission et système des ondulations.

» Descartes fut le champion du système de l'émission. Il compare les nerfs à des tubes creux, à des canaux dans lesquels circule une matière substile qui s'écoule, à la façon d'un liquide.....

» A.U XVIIP siècle, Haller suppose un agent plus quintessencié

» En 1794, on subtilisa encore plus

l'agent de transport et on l'assimila au fluide électrique. On crut réellement que l'influx nerveux se confondait avec l'électricité. Et cette hypothèse aconservé des partisans jusqu'à nos jours

» Le nerf présente en effet, en dehors de laconduction, d'autres analogies avec un appareil électrique. Il manifeste par exemple, dans des circonstances convenables, un courant propre

» Le système nerveux, tout entier, est formé par la réunion de cycles élémentaires etc.

N'est-on pas frappé, en lisant ce passage de Dastre, d'y retrouver, en plus de ridée d'un niveau commun, celle d'un aimant central, désormais

bien caractérisé par l'exemple, expressément formulé, de l'électricité ;

un balancement entrele pôle positif et le pôle négatif de manière à former cycle ?

L'Homme agissant sur ses passions, sur ses nerfs à lui-même, comme il agit sur un courant d'eau sur un développement de vapeur ou sur un courant d'électricité ? voilà un aperçu nouveau ! • ,

Enfin une dernière citation relative à la manière dont l'Homme peut agir sur les passions, les sentiments et les nerfs

des autres. ' i

Un écrivain remarquable, dont on peut discuter les doctrines politiques, mais qui a fait, sous la direction des plus grands maîtres, des études médicales exceptionnellement larges et libres, Léon Daudet, après avoir, dans certain passage de son ouvrage : Le stupide XIX^ siècle, exposé comment des phénomènes pathologiques sont souvent l'effet d'un persuasion, d'une sugges; tion, et après avoir expliqué pourquoi le Dr Babinski (élève de Gharcot), les a baptisés « pithiatiques » (du grec peitheïn), énonce la formule suivante, dont la portée dépasse peut-être considérablement les phénomènes pathologiques.

« Chaque être humain possède en lui

le moyen d'agir soit sur ses * propres tissus, soit sur ceux de ses semblables . par une irradiation de sa personnalité, plus ou moins vive selon les sujets. Il y a en nous une force, aussi mai connue que pouvait l'être l'électricité il y a , deux cents ans, que j'appellerai faute \^ d'un meilleur terme, psychoplastique, capable d'agir sur nos tissus, notre organisme, les tissus, l'organisme de nos semblables et aussi sur les substances organiques animales ou végétales destinées à modifier le milieu intérieur.

Cette force n'est aujourd'hui ni dilférencienciée nettement, ni mesurée. Nous

savons seulement qu'elle varie en intensité, qu'il y a un indice psychoplastique et physioplastique, et que ces variations sont fonction de la personnalité elle-même ou des circonstances qu'elle traverse. Les efforts faits pour la recueillir expérimentalement et la multiplier, comme on recueille et multiplie, à l'aide d'appareils spéciaux la force électrique, n'ont pas encore été cturonnés de succès. Ce sera (tout donne à le penser) une des découvertes de demain »

De cette enquête, déjà trop longue, mais qui demanderait des volumes si on voulait la pousser à bien, il nous semble résulter ceci : les passions, les sentiments, les nervosités humaines sont des mouvements, des élans, des tendances, comparables aux mouvements des liquides, des fluides, des vapeurs, des courants d'électricité, même de la télégraphie sans fil. Non seulement l'Homme exerce sur ses passions à lui-même, sur . ses sentiments, ses nervosités, ses attractions, mais il exerce sur les passions, les sentiments, les nervosités de ses voisins, une action qu'on peut, dans les deux cas, comparer à celle qu'il exerce sur les liquides, les fluides, les vapeurs, l'électricité.

Cette analogie de l'influence exercée par l'Homme sur ses mouvements psychologiques et sur ceux de ses semblables, avec l'influence que l'Homme exerce, dans la physique ordinaire, sur les liquides, les fluides, les gaz, les vapeurs et encore pics spécialement sur l'électricité, nous semble très — très — intéressante, nous y reviendrons.

Pour le moment, contentons-nous de cette constatation, déjà singulièrement émotionnante que, non seulement les passions, les sentiments et les nervosi-

tés de l'Homme ne sont pas des choses qui dépendent entièrement de lui, mais que, indépendamment de l'Homme et en dépit de sa volonté et de ses conventions, il se trouve indiscutablement dans les passions, les sentiments, la raison, les instincts, les mouvements nerveux de l'Homme, un «. niveau normal », tout comme celui de l'eau quand elle est calme, celui de la vapeur au moment où elle sort de l'eau, celui de l'électricité avant de sortir de la pile ou de la dynamo.

L'erreur de la Philosophie moderne — prise dans son orientation générale, car il serait injuste d'en rendre tous les Philosophes responsables — est qu'elle a attribué à l'Homme le pouvoir d'émettre des passions^ des sentiments, des courants nerveux, sans danger, sans contrôle, sans responsabilité, sans mesure.

« Longtemps on a cru que les phénomènes psychologiques échappaient à la mesure, par leur nature même. C'était l'opinion de Kant. Le grand philosophe allemand s'est trompé. On peut mesurer les sentimen*,s. » (Alfred Binet).

« La grande erreur de Kant est que les principes à priori n'ont pour lui qu'une valeur toute subjective. Il nous est, d'après lui, impossible d'affirmer si elles répondent à une réalité positive et absolue » (Henri Joly).

La philosophie moderne a oublié, l'aimant central, le ressort de rappel, le

« niveau commun » d'où partent les passions, les sentiments et les nervosités, aussi bien que le liquide, la vapeur et rélectriciié 1

Conclasion de la Première Partie

Il existe, dans les mouvements de la

politique comme dans ceux des phénomènes économiques, dans les manifes-

tations des passions et des sentiments de l'Homme comme dans les évolutions et les révolutions de l'Humanité en général, en tout, une sorte de centre de rappel où sont, par une force étrange, mais certaine, ramenés constamment au sens commun tous les écarts, toutes les tendances, tous les mouvements, tous les rapports.

Les quelques images au moyen desquelles il a été tenté, au cours de cette étude, de définir la réalité et la force souveraine de ce ressort muet, sont impuissantes à en donner même l'impres-

' sion.

Gomment arriver à faire comprendre, qu'en dépit des oscillations bien visibles du Baromètre et du Thermomètre par exemple, ou au centre des graduations imprimées par l'Homme sur les manomètres qu'il a adaptés aux pressions artificielles de ses machines, existe, séjourne, demeure absolument fixe, un point d' « invariable » qui, lui, est totalement invisible et où viennent sans relâche, comme en un centre de gravité, converger toutes les variations ?

L'évidence ne se démontre pas et plus on cherche à lui donner de preuves, plus on l'obscurcit. (1)

(1) Cependant, l'auteur de cet essai a cra

devoir, par précaution et pour être plus sûr de ne pas se tromper en admettant ce principe, se livrer à un certain nombre de sondages dans les œuvres de personnalités ou de célébrités les plus diverses, de manière à bien voir si on y trouve la confirmation de l'existence, au sein de la « Physique sociale », de cette attraction centrale, do cette normale, de cette sorte de boussole.

Par exemple :

En Politique : Des recherches ont été faites dans les écrits des Démocrates avérés qui ont le plus préconisé la création de la Société des Nations, tels que : l'ancien Président 4es Etats-Unis d'Améri-

On pourrait continuer indéfiniment des citations prouvant que les hommes les plus qualifiés par leur situation, par leur savoir ou par leur génie, ont, de teut temps, implicitement ou explicitement, reconnu l'existence d'une force d'attraction centrale à laquelle obéit l'univers entier.

Donc «n peut admettre cette existence. -Et une fois acceptée, on arrive logiquement à des constatations très simples ittais bien importantes .

Sur les passions, les sentiments, les

instincs, les besoins de l'Homme, et sur le cours des événements, la nature agit de la même manière exactement qu'elle

que, M. Wilson ; les Anolais, MM. le vicomte Grev, Arnold N. Shimmin, Alfred K. Zimmern,'Sir W.-H. Dickinson, G. Lowes Dickinson, J. Grant, R.-H. Tawney, Ramsay Muir, J. Dower Wilson, J -D.-I. Hughes, Arthur Greenwood, L. Curtis Elihu Root, F.-F. Urguhart, A.-J. Grant ; le Tché-

Sue prof. Thomas G. Masaryk ; l'Italien lugenio Riguano ; les rédacteurs du journal français Le Temps, certains membres de riBstitùt, MM. Anatole Franee, Léon Bourgeois, Millerand, etc. Tous ont reconnu plus ou moins explicitement « quHl existait au coeur des Hommes une force, une aspiration et un but qui sont immortels », de fortes attractions invisibles, issues d'idées morales fondamentales » un tout organique vis-à-vis duquel la volonté et le suffrage et les conventions des hommes ne sont pas une solution — mais à l'égard duquel dans la balance des forces, ce sont les iynpondérables qui pèsent le plus >, etc., etc.

En Philosophie : MM. Emile Boutroux, prof. Bernheim, Ch. Richet, Alfred Fouilfiée, M. Bergsen, Lacheher, Gherbuliez, Espinaa, Auguste Comte, Eascal, André Weiss, Bossuct, etc., reconnaissant « les lois d« la permanence, l'appel instinctif à une force supérieure » « des besoins impé-

ramène l'eau des fleuves à mer, la vapeur des évaporations à la rivière, les pluies et les courants d'électricité à leur

source

Et cette règle a un corralaire de réciprocité.

A son tour, l'homme agit sur ses passions, sur ses sentiments, sur ses nervosités exactement comme il peut agir sur les liquides, les vapeurs et l'électricité ; et à plus forte raison agit-il de même sur les événements politiques, sur les productions économiques, sur la richesse, etc... Mieux encore il serait facile de donner des preuves concrètes que l'homme produit ou détruit de la richesse comme il pompe ou refoule de l'eau ; qu'il produit de la propriété pri-

rieux », le principe de la continuité et de la permanence « une exigence de créateur d, une logique qui est la logique des solides telle que lorsqu'une partie a quitté sa position, rien ne l'empêche de la reprendre, telle que « le groupe ne vieillit pas ». « Il n'y a point de hasard dans le gouvernement des choses humaines », etc., etc.

En Art et en Sciences . On trouve dans les écrits de poètes comme Eschyle et Mistral, de littérateurs comme René Daumic ou Léon Daudet, de savants comme Henry Poincaré, Flammarion, d'écrivains ou d'artistes comme Maeterlinck, Ruskin. Gounod Garlyle, etc.. des formules telles que celles-ci : « c'est au juste milieu en tout que le ciel a placé la force » il faut viser aux thèmes éternels, « à l'image centrale initiale >, aux grandes lignes comparaldos aux draperies souples de la statuaire antique « à l'émotion , esthétique ». « La nature nous enseigne d'abord le calme».

Il faut écouter le silence. « Le silence est l'élément dans lequel se forment les grandes choses. » Tout a lieu selon je ne sais qu'elle entente préalable dont on ne souffle mot, à laquelle on ne pense même pas mais dont on sait pourtant qu'elle existe quelque part au-dessus de nos têtes, etc., etc.

vée comme il produit de la vapeur dans une chaudière ; qu'il produit du revenu comme il produit un courant d'électricité.

Voilà le principe d'analogie frappante sur lequel nous nous permetttns d'appeler l'attention.

Or, l'Homme — et c'est ici qu'il faut, plus que jamais, ne pas perdre de vue le sens et le niveau communs — ^ or, l'Homme, quand il a pompé, est bien forcé de se rendre à l'évidence qu'à un moment donné son eau retombera, ne serait-ce que pour évaporation, au niveau normal d'où elle est partie ; quand l'Homme a produit de la vapeur. Il n'a pas le moyen d'empêcher que la vapeur ne retourne un jour en eau ; quand l'Homme a produit de l'électricité, il faut bien que son électricité revienne au point de départ. Autrement, la pompe va crever, la chaudière va éclater, Télectricilé va le foudroyer.

Donc, il ne lui est pas permis d'écarter son attention du « niveau commun »

et il lui faut trouver un moyen pratique d'y ramener ses passions aussi bien que ses productions politiques et économiques.

L'ennuyeux, le difficile est que ce niveau là ne se volt pas, ne se sent pas, qu'il est impossible à définir et à prouver ; de sorte qu'il est trop facile de ne pas s'apercevoir qu'il existe, ou de l'oublier ou de le nier.

En dépit de son silence, loin d'être négatif ou nul, le séjour au centre commun est tout ce qu'il y a de plus positif et actif ? C'est là que se reconstitue, que se revivifie, que se régénère constamment la Vie.

Rappelons-nous que les passions sont un état a anormal », qu'elles font sortir l'Homme de son état « normal ».

Quand, dans l'ordre moral ou politique comme dans l'ordre économique en matière des produits agricoles ou en force de dynamos électriques, l'Homme croit « produire » quelque chose, il se paie d'illusions.

En réalité, il ne fait que déplacer « l'ordre » naturel des choses, l'état d'équilibre normal, et dès qu'il cesse un f moment son action ou qu'il s'est trop

écarté de la normale, c'est elle «c la normale » qui remet tout en place, avec j d'autant plus de violence que l'Homme

l a tenté davantage l'anormal. Et elle le

fait spontanément, indépendamment de l'Homme.

Les Traités de Mécanique le disent clairement.

On n'a qu'à en ouvrir un pour voir, dès les premières pages, énoncer les deux principes de l'Inertie et de l'Equilibre.

Principe de rineî^tie : « Un corps ne peut, de lui-même, modifier son état soit de repos, soit de mouvement. »

Principe de l'équilibre : L'Equilibre est, la position à laquelle un corps revient « spontanément ». ...« L'Equilibre existe quand la résultante de toutes les Forces est égale à « 0 ».

Oh ! ce zéro ! cette apparence de Néant, cette nullité, ce vide ! Gomment démontrer que, loin d'être une vanité, il est au contraire, non pas une réalité, le mot est totalement insuffisant, mais la « seule » réalité ! Tout le reste n'est qu'apparence passagère. Au centre de i. l'équation parfaite se trouve non pas le

sommeil, non pas l'inertie, ni le repos, mais « la vie » dans ce qu'elle a de plus pondéré, de plus calme, de plus silencieux et de plus vivifiant. Le « bien être » ne se sent pas. La perfection des oscillations du pendule, c'est la normale, immobile comme le centre de tous les mouvements de la Vie, c'est la « Vie Normale ».

L'erreur — Ferreur formidable dans

laquelle est tombée l'Humanité civilisée ressemble étonnamment — - avec, en plus, des raffinements de mécanisme tout à fait ingénieux — à la faute originelle de notre premier père persuadé qu'il allait devenir le maître de l'arbre de la Vie, parce qu'il allait en manger le fruit. Faire du « Moi », humain, un « moi ùber ailes », un « moi Sur- Homme » n'est pas autre chose que diviniser la créature et lui donner tout simplement la place du Créateur.

Dans la construction et la marche de ses Constitutions Politiques et morales, comme dans les rouages de son admirable machinerie économique, la Civilisation contemporaine n'a oublié qu'un détail, un rien qui est le principal : a le sens commun de la Vie Normale » .

Au lieu de chercher comme on l'aurait dû, à dévoiler, à définir, à viser, à encercler, à laisser agir et attirer ce point, ce foyer central de paix, divine et absolue, on s'est, au contraire, ingénié de toutes façons à l'obscurcir, à le rendre diffus, à l'entourer d'un brouillard d'individualisme poussiéreux, d'une nuée d'irresponsabilités impalpables et d'anonymat opaque qui en rendent la recherche impossible.

Si encore ce n'était ([u'im oubli ! Mais refuser dans une pesée de tenir compte de la gravitation de la Vie ! Conçoit-on pareille aberration ?

Et pourtant, c'est bien cela.

Toujours et dans toutes les balances de comptes, qu'elles s'appliquent à une mine, à une industrie, à un salaire, à un revenu, à une banque, ou à n'importe quoi, on met dans les plateaux, indistinctement, du métal, de la poudre, des produits chimiques, des immeubles, des briques, du bois, des actions anonymes, une masse ouvrière

anonyme, un tas de muscles mélangés a un tas de charbon, commedit M. Charles

Benoist, des intérêts en fermentation, des théories explosives, et on tâche d'égaliser le tout avec des amas de papier-monnaie.

Le fléau repose sur l'opinion.

La vie compte pour rien !

Jusque dans les calculs des dépenses de la guerre, la vie des millions d'hommes tués a été considérée comme

égale à zéro !

C'est le contraire du bon sens.

Oh oui ! L'équilibre se fait spontanément, comme par enchantement, ainsi que l'enseignent les manuels de mécanique, mais à une condition, c'est qu'on laisse la Vie libre d'agir toute seule.

Du moment qu'on a supprimé de l'équilibre la seule force qui fasse tout c'est-à-dire «'la Vie », du moment qu'on compte la vie pour zéro, du moment qu'on s'obstine à faire ses pesées a a main en ne tenant compte que de la discussion et de la convention, non seulement on n'arrivera jamais à l'éiiuilibre, mais étant donné les matières intlammablef» et effervescentes qu'on manipule constamment, on est certain -7 mathetiquement certain — d'aboutir sans cesse à la catastrophe.

En vérité notie vie actuelle nestqu un suicide. Nos souffrances sont voloniaires. Elles ne font que commencer, notre enfer n'a pas « le sens-commun ».

hm Reaiède

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