‹ La crise montanisteChapitre 5 sur 60 · V, XXXV, 2 (P. G., VII · texte numérisé non relu

V, XXXV, 2 (P. G., VII

^ Ibid. (col. 1 220-1).

* Par ex. Q. J. Hilarianus, dans son de Duratione Mundi, xix (P. L., XIII, 1106) «... et ciuitas ista quae in Apocalypsi descripta est, parata de coelo descendet cum diuitiis Dei, in qua iusti habitabunt. »

^ Qu'on se rappelle la réponse d'un martyr au gouverneur de Palestine, pendant la persécution de Dioclétien (Eusèbe, Mart. Palest., xi, 9) : « Ma patrie, c'est Jérusalem ». Cf. aussi saint Augustin, Ep., ccxii (Goldbacher dans CV, LVII [191 ij, p. 371, 1. 16) : « Si enim nos propter supernam lerusalem cuius nos omnes ciues sumus... « Saint Jérôme, In EccL, iv, 2 (P. L., xxiii, 1044) ; in Is., i, i (P. L., xxiv, 23 ) : « Quidquid illi de caelesti lerusalem somniant, referamus ad Christi ecclesiam ». Saint Ambroise, Expos, in Luc, vu, 99 (P. L., xv, 18 13) : « Ciuitas illa Jérusalem, quae in terris est, quae occidit prophetas, quasi in ualle fletus posita delitescit : illa autem Jérusalem, quae in coelis est, in qua militât fides nostra, in illo altissimo omnium locato monte, hoc est in Christo, Ecclesia non potest tenebris et ruinis huius mundi abscondi ; sed fulgens candore solis aetemi, luce nos gratiae spiritalis illuminât. » J'ajoute ici quelques références : Augustin, De Ciu. Dei, xvii, 10 ; xxii, 29, 30 ; Enarr. in Ps. 136 (P. L.., xxxvi, 1761 et s. ; xxxvii, 1952) ; In Ps. 9 (P. L., xxxvi, 122) ; de Gen. ad litt., xii, 56 ; Hilaire de Poitiers, Tract, in Ps. 121 (P. L., IX, 662) ; Jean Chrys., Hom. 40 in I Cor. (P. G., LXi, 349) ; Jérôme, Ep., LX, 3 ; Hom. in Luc, dans les Anecd. Mareds., m, 2, 385, etc.

sait quelles inspirations trouveront là l'art religieux, la liturgie du moyen âge ^. Mais, à l'époque du premier développement du Montanisme, elle gardait encore en beaucoup d'esprits la plénitude de son sens le plus concret.

De particulier aux montanistes, on n'aperçoit guère que la naïveté avide avec laquelle, se jetant sur le rêve séculaire d'Israël devenu rêve chrétien, ils prétendaient, en vertu de révélations nouvelles, en accaparer la réalisation immédiate pour deux humbles bourgs de Phrygie 2. Ernest Renan ^ les peint « passant les jours, les yeux perdus vers le ciel, pour voir cette Jérusalem nouvelle éclater dans les nues, puis descendre et venir s'établir dans les cantons brûlés de la Phrygie Catacécaumène ». Il perçoit là une preuve nouvelle que le lien n'était pas rompu au second siècle entre le christianisme et le judaïsme. Il est certain que l'ordre donné par Montan d'affluer vers Pépuze et Tymion était logiquement déduit de l'Ancien Testament et de l'apocalyptique juive. Mais il faut noter cette différence que Montan déplaçait le centre vers lequel devait si longtemps encore se tourner le regard d'Israël. Ce n'était plus en Palestine, mais en Asie, qu'il localisait la restauration de la cité céleste. Et cela seul

^ Kirchenlexicon, VI, 1363. Pour l'hymne de la fête de la dédicace.

Caelestis Urbs lerusalem Beata pacis uisio, etc..

Cf. le commentaire d'HuGO L^emmer, Caelestis Urbs lerusalem, Aphorismen nebst einer Beilage, Fr.-i-B., 1866, in-4°.

^ Comp. Edmond Hugues, Hist. de la restauration du Protestantisme en France, I, 169, cité par Hennebois, p. 91 : « Certains prophètes (cévenols) couraient partout, annonçant qu'un temple de marbre blanc, orné de filets d'or, avec des tables où les préceptes de la Loi seraient gravés, tomberait du ciel au milieu du Talon de Saint-Privat pour la consolation des fidèles des Hautes-Cévennes. «

' Discours et Conférences, p. 328. De même Hilgenfeld, ZWT. x.xvi, 106 : « Ist es keine Beziehung zum Volke Israël, wenn die Montanisten das neue oder obère Jérusalem immerhin nach Pepuza in Phrygien herabkommend erwartete ? » Cf. Bonwetsch, GM, p. 79.

Les oracles montanistes

suffirait à montrer à quel point, tout nourri qu'il fût de l'ancien esprit millénaire et apocalyptique, il était émancipé du judaïsme, au sens strict du mot.

Oracle n° 18

(D'après Celse, dans Origène, Contra Celsuni, VIII, viii, ix, x.)

VIII. nâXiv T£ au Toùç àp/at'ouç 7:oosr,Taç O'.aPaXetv âôéXcov ©"rjstv aÙTO'Jç Tr£-oocs'riT£ux£vai xbv toottov

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Twv Trpoc&TjToJv 'louBaïxwç TrpOSTj-

10 T£UOVTaÇ.

IX. 'E7:£'! 0£ xai xôv tûôttov ToJv £v 4>0'.v''xy, xat XlaXatsTiv/) u.avT£''a)v ÈTcayY^^^S'r*' c6oâ<T£[v ô KÉXço; (oç axoûcaç xal Tràvu xaxal5 [/.aOiov, cs£û£ xaî xauxa xaxavor,- (jcouLEv. Ilpàjxov 8"f, X£y£'. 7rX£''ova

EÎvat £i'ûYi 7rpOCpï)X£'.àJV, ULYj èxx'.OÉ-

[jL£vo<; aùxà' oùSè y*? £'/£'»') àXXà

■]/£u5a>Ç £7raV£X£''v£X0. "O 8É CSTi^tV

20 £ivai xsÀEojxaxov Trapà xofç xy,0£ avSpâctv "i:ouj[jL£v. IIoXXol, c&-r](îl, xat av(i')vuu.o'. pîaxa Ix xr|Ç Tipocxu/oÛTTiÇ atxiaç xat èv Upotç xat £;co Upuiv, ot 0£ xat ay£t'pavx£ç xat ÈTrioot-

VIII. Puis, voulant décrier les anciens prophètes, Celse déclare qu'ils ont prophétisé de la même manière V que cela se pratique aujourd'hui encore, dit-il, dans la région de la Phénicie et de

la Palestine. Il ne nous indique pas s'il parle de gens étrangers au langage des Juifs et des Chrétiens ou de gens prophétisant à la manière juive et conformément au caractère des prophètes...

IX. Mais puisque Celse annonce qu'il va parler du mode de ces prophéties de Phénicie et de Palestine en homme qui en a entendu parler et qui est parfaitement au fait de son sujet, examinons donc ce qu'il en dit.

Il commence par déclarer qu'il y a plusieurs espèces de prophéties, sans s'expliquer davantage : il ne l'aurait pu, c'étaient là propos mensongers. Voyons donc ce qui lui

25 T(oVT£; 710À£71V Y, TTSaTOTTÉOOtÇ, X'.VOdv-a'. OY|0£V ('»; OîTTCtî^OVTeÇ.

Ilioystpov 0 àxi-îTOi /.al T-Jw/icç £'.~c ïv " ' E Y w <> 0 £ 0 ; £ ; a ; y, 0 £ 0 ù t: a ! ; y, 1 1 v £ v a a 0 £ ? o v .

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parait le plus réussi chez ces hommes, « Beaucoup, dit-il, obscurs et sans nom, à propos de n'importe quoi, dans les sanctuaires ou hors des sanctuaires, se mettent à gesticuler, comme saisis de fureur prophétique ; d'autres courent en mendiant les villes et les armées, (donnant le même spectacle). A chacun rien n'est plus aisé — ni plus habituel — que de dire :

« Je suis Dieu; — ou le Fils de Dieu; — ou l'Esprit divin.

Je viens, car le tnonde est en train de périr, et vous, ô hommes! vous allez mourir à cause de vos iniquités. Mais moi, je veux vous sauver. Et vous me verrez bientôt revenir avec une puissance divine.

Bienheureux alors celui qui m'aura honoré aujourd'hui!

J'enverrai sur tous les autres le feu éternel et aussi sur les villes et les campagnes. Ceux qui ignorent maintenant les supplices qui les attendent se repentiront alors et gémiront en vain. Mais ceux qui auront cru eu moi, je les garderai éternellement. » — A tous ces longs propos ils ajoutent, poursuit Celse, des paroles inconnues, furieuses, absolu-

Les oracles montanistes

X. 'EyoYiV Bè aùxbv, etiteo sÙYvwaôvEt 7:pbç tttjv xaTYjyos''av,

55 £x6é(j6at aùxaïç ÀÉçegi ràç irpocpT,- T£''aç, sI't' £v au ôebç Travxoxpàxwp êTtTiYysXXeTO eïvai 6 Asy^v, sI't' èv alç b Tlbç Toîi ôeoîj, eVte xal èv alç TO Ilvsùjxa xb aytov Xsyov eîvxt

6o ÈTrtTTeusTO' ouTO) yàp xat ■/jywv'a^TcV avaffXEuxcat xà £lpT|U.£va xal Sîtçat OTi oùx £v6£0[ Y|aav oî Àôyot, 7r£-

Ot£/OVT£Ç £7tl(JTpOOTjV aTîb TWV

i[JLapTYi[AàTcov xal 'ÉXsyyov tojv tote 65 ovTCDV xai TTodyvwtjtv tteoî twv

ULÏÀXÔVTCOV

ment incompréhensibles, dont aucune personne raisonnable ne saurait découvrir de signification, tant elles sont obscures et vides de sens ; mais qui permettent au premier imbécile ou au premier imposteur venu de se les approprier à sa fantaisie.

X. Il aurait dû, s'il avait apporté quelque loyauté dans ses accusations, citer le texte même de ces prophéties, soit de celles où celui qui parle déclare être le Dieu toutpuissant, soit de celles où le Fils de Dieu ou encore le Saint-Esprit est censé parler.

C'est à ce prix que sa polémique aurait discrédité de tels propos et prouvé qu'il n'y avait rien d'inspiré dans des discours où était prêché le repentir des fautes, la réfutation des mœurs du jour et l'annonce anticipée de l'avenir.

L'intention de Celse, dans tout ce passage, est de découronner de leur prestige les prophètes de l'Ancien Testament, en les ravalant au niveau de certains prédicants fanatiques qui opéraient, de son temps même, en Phénicie et en Palestine, et sur lesquels il se flattait de posséder des renseignements précis. C'est à cette fin qu'il décrit leurs allures et cite quelques-uns de leurs propos coutumiers.

Or il est impossible de ne pas être frappé de l'analogie

du signalement qu'il trace d'eux avec nos plus sûres données sur les prophètes et les prophéties montanistes.

Ce parallélisme se traduit clairement dans le tableau que voici :

Texte ci-dessus, lignes 21 Cf. l'Anonyme, dans Eu-

et s. ; 45 et s. sèbe, H. E., V, xvi, 7, à pro-

pos des premières crises extatiques de Mcjntan : le passage est cité ici, p. 00.

Lignes 28-29. Cf. ci-dessus l'oracle n^ i

et l'oracle n^ 3.

Lignes 30 et s. ; 37. Cf. ci-dessus l'oracle n^ 11

et les prédictions de Maximilla dans Eusèbe, V, xvi, 8 :

TroXétJLOuç liâz<jha.'. xa"; 'j./.T.-.y.z-.x'Z'it 7rpo£u.avT£'j(jaTO.

Lignes 33 et s. Cf. ci-dessus l'oracle n» 4

et l'Anonyme, dans Eusèbe, V, XVI, 9 : (( l'Esprit louait les uns, qui se réjouissaient et s'enflaient d'un vain orgueil, et il les exaltait par la grandeur de ses promesses. »

Ces assimilations (au moins verbales) du prophète à Dieu lui-même, au Christ ou à l'Esprit ; — ces menaces sur les lendemains sinistres auxquels était vouée l'humanité ; — ces promesses à l'adresse des justes qui auraient eu foi dans la parole prophétique ; — enfin la « fureur » dont ces vaticinations s'accompagnaient, les articulations inintelligibles qui s'échappaient parfois des lèvres des visionnaires ^ : tous ces traits

^ Weinel, Witkungen, p. 76 et E. Lombard, Revue de Théologie et de Philosophie, t. XLII (1909), p. 383, soupçonnent là des phénomènes tardifs de glossolalie. De même Cremer-Kôgel, Biblisch-theol. W(rrterbuch der neutestam. Grœzitcpt, 2^^ livraison (191 2), p. 262.

Les oracles montanistes 99

sont de ceux par où le Montanisme s'était caractérisé à ses débuts.

On comprend la tentation à laquelle certains critiques ont cédé de voir purement et simplement dans ces pseudoinspirés des prophètes montanistes. C'est à quoi A. Ritschl ^, en particulier, incline ; il fait même plus que d'y incliner. Et Bonwetsch ^ s'autorise du jugement de Ritschl pour ranger leurs propos parmi les oracles montanistes.

Cette interprétation soulève cependant des difficultés trop fortes pour que j'ose m'y arrêter.

a) D'abord Celse indique clairement en quels pays ces prédicants circulent : c'est en Phénicie et en Palestine. Or il est peu probable qu'à l'époque où Celse écrivait, entre 176 et 180, la prophétie montaniste fût déjà descendue jusqu'en ces contrées, où son action, au surplus, n'est signalée à aucun moment. Sans doute Montan avait envoyé ici et là des émissaires pour propager son influence ^, mais les fragments de l'Anonyme et d'Apollonius, lesquels écrivaient plusieurs années après Celse, donnent l'impression que le débat se déroule en Asie, et non pas ailleurs. Sauf les évêques d'Anchiale et de Débelte (en Thrace), sauf Sérapion d'Antioche, tous les personnages qu'ils citent, comme y ayant participé, sont des Asiates. Il y a de grandes probabilités pour que la diffusion du Montanisme se soit limitée pendant d'assez longues années à la Phrygie et aux régions contiguës.

b) Puis il est assez frappant qu'Origène lui-même n'ait pas songé à les démasquer. Il fait à Celse deux reproches. Il incrimine d'abord l'imprécision des citations que Celse apporte, si vagues qu'il est impossible de formuler un juge-

^ Ritschl, Entstehmig ^, Bonn, 1850, p. 506 : « Es kann keinem Zweifel unterworfen sein, dass sie von Celsus erwàhnten Propheten, welche zu sagen pflegen : Ijm ô ôsô; e.l\i.:. r, 6îo-j Traîç... montanische Propheten sind. » V. aussi P. Batiffol, L'Égl. naiss. et le Catholicisme, p. 234.

2 GM, p. 199.

' Cf. Eusèbe, V, xviii, 2.

ment ferme sur de telles prophéties, dont le contenu lui semblerait plutôt louable à première vue. — Il observe aussi que Celse s'exprime d'une façon si peu claire qu'on ne voit pas au juste de qui il s'agit, de prophètes du type juif ou de prophètes étrangers « à la doctrine des Juifs et des chrétiens «.

Or les montanistes étaient fort bien connus d'Origène. Il les nomme, et consacre même à tel point leur doctrine, — le rôle didactique des femmes —, une réfutation détaillée.

Il serait étrange que, dans un ouvrage comme le Contra Celsum écrit vers les dernières années de sa vie, il n'eût pas su identifier ces prophètes, et, puisque Celse prenait un ironique plaisir à les déclarer en tout semblables à ceux de l'Ancien Testament, qu'il n'eût pas tenu à rompre une si compromettante et si injuste solidarité, en signalant leur hétérodoxie, leur manière non traditionnelle de prophétiser.

L'opinion de Ritschl doit donc être rejetée. S'il s'agit de prophètes authentiquement chrétiens, — car un doute peut être élevé là-dessus : comment des prophètes chrétiens auraient-ils vaticiné daiis les temples, h ispoïc ? ^ — la seule conclusion à tirer serait celle-ci : le Montanisme n'a pas été, au temps même de ses origines, un phénomène exceptionnel, isolé ; les éléments fondamentaux dont il était composé : évocation mystique des personnes divines, promesses, menaces, etc.. furent des lieux communs sur lesquels s'exerçaient en divers endroits de prétendus inspirés ; mais des circonstances particulièrement favorables, un milieu prédestiné, l'impulsion due aux initiateurs, ont promu le mouvement montaniste à une importance historique où n'ont

^ Harnack, Mission, I ^, 297, n. 2, Reitzensteix, Poitnandres Leipzig, 1904, p. 222 et Hellen. Mysterienreligionen, p. 143-4, estiment qu'il s'agit de prédicants païens. Lombard [De la Glossolalie, p. 99) prête à Celse des arrière-pensées fort perfides : « Il n'est pas impossible, écrit-il, que la couleur chrétienne des discours qu'ils sont censés tenir soit le fait du polémiste antichrétien, désireux de convaincre par analogie d'inanité et d'imposture les prophéties dont le Cliristianisme se prévalait. •

Les oracles montanistes

pu se hausser les manifestations parallèles. C'est là un point de vue que d'autres faits encore, nous le constaterons à diverses reprises, confirment entièrement.

Oracle n^ 19

(D'après Origène, in Epist. ad Titum.)

Requisierunt sane quidem, utrum haeresim an schisma oporteat uocari eos qui Cataphryges nominantur, obsecrantes falsos prophetas et dicentes : « A''^ accédas ad me quoniam mundus sum : non enini accepi uxorem, nec est sepulchrum patens guttur meum, sed sum Nazareus Dei, non bibens uinum, sicut illi. »

A dire vrai, quelques-uns ont demandé s'il fallait appeler hérétiques ou schismatiques ceux que l'on nomme Cataphrygiens, et qui invoquent de faux prophètes et qui disent : « Ne t'approche pas de moi, puisque je suis pur. Car je n'ai pas reçu d'épouse. Ma gorge n'est point un sépulcre béant. Je suis le Nazaréen de Dieu, et je ne bois pas de vin comme ceux-ci.))

Ni Bonwetsch, ni Hilgenfeld ne comptent ce texte dans la série des oracles montanistes. C'est un des cinq fragments du Commentaire d'Origène sur l'Êpître à Tite qui nous ont été conservés par Pamphile dans son Apologie pour Origène ^. Nous ne possédons plus, de cette Apologie, que la traduction latine rédigée par Rufin. Le texte grec, que Photius lisait encore ^, a disparu.

Au chapitre I^^, Pamphile observe qu'Origène a combattu les sectes hérétiques et n'a jamais donné sa foi personnelle qu'à la ueritas catholica. Parmi tant de preuves qui, dit-il, s'offrent à lui, il veut en choisir et en transcrire quelques-unes.

^ I, 9 : cf. P. G., XVII, 553 et s. ; cf. ibïd., xiv, 1306 ; Routh, Rel. Sacrae, IV ^ p. 341 et s.

^ Bibliot., cxviii.

C'est au Commentaire cité plus haut qu'il les emprunte, là oij Origène définit « qualis sit qui haereticus et qualis sit qui catholicus et ecclesiasticus ». Pamphile en donne trois extraits, dont le dernier est celui où apparaît le nom des Cataphrygiens. Puis, renouant sa démonstration, il s'écrie : « Et ces paroles sont d'un homme qu'on accuse d'hérésie, qu'on traite de corruption, de perdition des âmes ! etc. »

Considérons d'abord le morceau Ne accédas a me. Ce qu'on y lit, c'est une affirmation énergique de pureté religieuse, au nom de laquelle celui qui s'en pare ainsi écarte de soi un contact dont il pourrait être souillé.

Le « quoniam mundus sum » est peut-être un souvenir de Job, XI, 4 ; xxxiii, 9. Les raisons de cette intégrité supérieure sont indiquées dans les xoJÀa suivants. — « Non enim accepi uxorem ». Il a donc fait plus que saint Paul lui-même n'en avait demandé. (Cf. / Cor., vu, 28 : « Si autem accepisti uxorem, non peccasti. ») Il s'est élevé jusqu'à la pratique de l'ascétisme intégral. — « Nec est sepulchrum patens guttur meum. » C'est une citation de Ps., v, 10 que saint Paul avait utilisée déjà dans Rom., m, 13. — « Sum Nazareus Dei ». Cette expression est encore empruntée à l'Ancien Testament. Dans les Juges, xiii, 5 et s., l'ange du Seigneur apparaît à la femme de Manué ; il lui recommande de ne pas boire de vin ni de cervoise et de n'absorber aucun mets impur, parce qu'elle enfantera un fils qui, dès le sein de sa mère, sera le (( Nazaréen de Dieu ». La réglementation du nazaréat, c'està-dire du vœu par lequel certains israélites se consacraient à Dieu en s'astreignant à des abstinences déterminées, est développée dans les Nombres, chap. vi : les versets 3 et 4 indiquent comme obligatoire l'abstention totale de vin, Samson, Samuel, saint Jean-Baptiste, saint Jacques le Mineur (d'après Hégésippe, dans Eusèbe, H. E., II, xxiii, 5) furent des « nazaréens » ^.

^ En hébreu nàzif : en grec, Xa^i'p, Na;;ipato;, Naïr,paro;. Na^Etpâio;, ou encore cJSatxlvo;, ■r,-J'[\Ltjo;. T,vtaT!J.£vo;. Voir ViGOUROUX, Dicl. de

Les oracles montanistes 103

Dans leur contexture même, les paroles citées par Origène sont claires : c'est une forme déprécatoire où celui qui parle exprime, à l'aide d'images empruntées à l'Ancien Testament, sa prétention à une rigoureuse lyxpaTe-'a. Mais quelle en est la provenance ? Voilà qui apparaît moins nettement. Origène les attribue aux « Cataphrygiens », sans préciser davantage, et après avoir rappelé les doutes de quelques-uns sur l'étiquette qu'il convient d'attacher à cette catégorie d'hétérodoxes 1, il les caractérise 1° par l'appel qu'ils font aux faux prophètes : ohsecrantes signifie conjurer, prier, invoquer 2 ; 2° par la déclaration qui vient d'être analysée. Le non bibens uinum étonne un peu. Il n'est dit nulle part que les montanistes rejetassent l'usage du vin, sauf aux jours de « xérophagies » ^. En revanche, nous savons que Tatien l'interdisait à ses disciples, en se fondant justement sur la pratique ordonnée aux Nazaréens *. Tant de sectes ascé-

la Bible et Lagraxge, Messianisme, p. 293 et s. — Il n'y a donc pas lieu d'envisager ici les autres sens de ce mot « nazaréen ». On sait que les Juifs appelaient parfois ainsi les chrétiens : TertuUien, adu. Marc, IV, vu (Kr., p. 437, 1. 24) : « Nazareus uocari habebat secundum prophetiam Christus creatoris. Unde et ipso nomine nos ludaei Nazarenos appellant per eum. » De même saint Jérôme, Comm. in Is., v, 18 : « Sub nomine Nazaraeorum anethematizant (ludaei) uocabulum christianum «. Voir encore Prudence, Contra Symm., I, 550 (P. L., lx, 164) : « Jamque ruit (senatus) | ad sincera uirum penetralia Nazareorum. » Et Agobard de Lyon (P. L., civ, y^)- — Épiphane, d'autre part, dans le Panarion, XXIX, parle d'une secte juive des Naaapatot et d'une secte chrétienne des Na^wpaïoi : voir LiPSius, Qiiellenkr. Epiph., p. 122 et s. ; Holl, dans TLZ, XXXVI, 700 et s.

^ Ce doute était assez général à la même époque : voy. Firmilien de Césarée, dans Sources, n'^^ 62 et 64.

^ On pourrait songer à une correction, telle que ohsequentes : mais obsequor se construit normalement avec le datif. Voy. Forcellini. Il n'est guère transitif, semble-t-il, qu'avec un pronom complément.

^ Cf. p. 1 10.

* Jérôme, Comm. ad Atnos, 11, 12 : « De hoc loco haeresim suam Tatianus, Encratitarum princeps, struere nititur, uinum asserens non bibendum, cum et lege praeceptum sit, ne Nazaraei bibant uinum, et nunc accusentur a prophetis qui propinent Nazaraeis uinum. » Voir aussi Clément d'Alex., Paed., III, II, 32 ; Strom., I, xix, 96 ; Épiphane, Pan., XLVII, i.

tiques s'abstenaient de vin ^ qu'il est possible et même vraisemblable que certains montanistes aient imité cette mortification, par surenchère plus ou moins consciente. Le montaniste que fait parler Origène est d'ailleurs d'un type fort accentué : il se vante de n'avoir point reçu d'épouse ; or Montan ne proscrivait pas le mariage en soi, mais seulement la réitération du mariage ^,

Il me paraît donc douteux que ces propos émanent des prophètes eux-mêmes. Peut-être Origène les a-t-il consignés là, pour les avoir entendus de quelque fanatique de la secte. Mais le silence qu'il garde sur sa source ne permet d'imposer aucune hypothèse.

On pourra prendre dans le tableau que voici une vue synoptique des oracles que nous possédons, de leur provenance, de leur degré probable d'authenticité.

^ Ebionites (Irénée, V, i, 3) ; Judéo-chrétiens gnostiques (Épiphane, Pan., XXX, 16) ; Marcionistes (Épiphane, Pan., xlii, 3) ; Apostoliques {ibid., LXi, i) ; Aquarii (Philastre, Haer., lxxvii). Voir encore certains traits des Actes apocr. des Apôtres, Lipsius, Apost. Apostelgesch., I, 265, 339, 346, 520; II, I, 175, 267). Cf. Harnack, tu, VII, (1892), p. 117; Zahn. GK, II, 436 et s. ; Achelis, das Christentum, etc., i, 149.

^ Voir plus loin, p. 110.

Les oracles montanistes

lOS

Oracle

Attribué à

Conservé par

Observations

Montan

Montan Montan

Montan

Montan

« l'Esprit »

« l'Esprit »

aii«Paraclet»

au « Paraclet »

Montan

Maximilla

Maximilla

Maximilla

Maximilla

Prisca

Prisca

Prisca (ou

Quintilla)

à des prophètes

anonymes

aux « Cataphrygiens »

Épiphane, Panarion,

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