‹ La crise morale des temps nouveauxChapitre 10 sur 33 · CHAPITRE m Les désordres de la vie collective · texte numérisé non relu

CHAPITRE m Les désordres de la vie collective

Enl raillées par les défaillances morales de la vie privée, trouvant en elles un aliment toujours renouv«'lé et des eoiiiplices toujours fidèles, les défaillances de la vie e(jll(»etive ne peuvent manquer d'être nomhreuses et j^^iaves. Puisque dans toute société, la vie privée» et familiale est la grande école où chaque individu doit faire l'apprentissage de la vertu et de Tabnégalion, il est fatal que les désordres qui la troublent aienl leur répercussion dans la vie collective et y manifostonl h'ur action perturbatrice. En fait, l'observation domonlre que les choses se passent ainsi, et l'expérience awolidienne, moins contrariée ici par la préoccupation $!.HirMoise de sauver les apparences, est même si riche "Xî'd suflira de rappeler sommairement quelques

t »*)ci\t^ J»^^* ^^ domaine du travail, il faut renoncer

fiui*' u»o iJ<'*<ï même approximative des fraudes

" ^ •< ''dt lo* commerçants et les industriels, en

>»!»*»* • ^ ;\^,o . .1 .In cros bénéfices ; comme le désir du

»tc oiiwout le satisfaire par tous les moyens

-^■* "^ ^ ', ^y^\o pas devant les actes les plus blâ-

tTia- • ^^ ^ ^^^ ^^ qualité ou la quantité de la

'^^^ ^xA cralilications déshonnêtes, clan-

gés des achats ou de la consommation (1), ententes fallacieuses entre producteurs pour fausser le mécanisme de la concurrence (2j, divulgation de fausses nouvelles,

(i) Ces grilifieatioDs portent le nom de o rislournes » et le développement des sociélés anonymes et des grandes entreprises en a multiplié les applications. Une compagnie de gaz traite avec un camionneur pour le transport de la houille dans ses chantiers; trop souvent le camionneur assure une assez forte ristourne au directeur qui lui accorde la préférence sur ses rivaux. Un marchand de charbon ou d'huile vend de la houille ou de Thuile à graisser à des usiniers, un fabricant de savon vend du savon àuu tisseur d'étoffes ; très fréquemment un large pot de vin est versé au mécanicien qui consomme la houille ou Ihuile, au décalisseur qui préside au lavage des«éto(Tes. Le vendeur qui ne se soumet pas à ces conditions court le plus grand risque de ne pas obtenir une seconde commande : sa marchandise est déclarée mauvaise. Le sou du franc des cuisinières parisiennes, des valets de chambre et des cochers de grande maison est connu depuis longtemps. — Ces pratiques sont devenues tellement courantes que plusieurs d'entre elles ont cessé d'être considérées comme attentatoires à l'honnêteté ; c'est ce qui est arrivé notamment pour « le sou du franc » qui, d'abord condamné et considéré par les théologiens comme un péché, a été ensuite admis. Seuls sont considérés comme commettant une faute morale ceux qui innovent ou acrroissenl à l'excès le taux communément admis des prélêvemenls On aperçoit combien ces mesures sont délicates et combien les excès les plus condamnables peuvent se glisser tacilement. Tel petit crémier donne 5 centimes à la cuisinière qui lui achète un litre de lait àOfr. 60 ; si la commande est de 2 litres, la gratification est de 15 centimes ; elle s'élève k 25 centimes pour 3 litres et à 40 centimes pour 4 lilres.

(2) Parmi ces ententes, il faut surtout signaler celles qui ont pour but de fausser les enchères dans les ventes publiques ou les rabais dans les adjudications de travaux ou de fournitures. On connaît depuis longtemps le pacte qui unit entre

usurpnlion de marques de fabrique et conireffïçon, grèves a?;tiïciousenienl siiscilées Jansl'alflier d'un concurrent potir ruiner ses alTnires et drnînersa clientMo, parfois niArne corruption des fonetioonaires publics» afin de Inire servir aux intérMs privés d'un individu ou d'un sjndii'al les pouvoirs qui devraient au conlrnire défendre contre leurs avidités les înlér<^ls collectifs (l), tous ces procédés sont devenus d'usage courant, et leur utilité ou leur possibilité, bien plus que !a moralité de ceux qui pourraient y recourir» fixent la limitede Tusage

eux les acheleiirs professionnels des salles de venle et des objets vendus par les Monls de PîiUé ; ces eut eu lés sont 1res auodîues auprès de celles coucUies entre les dilT»'realsftibri* cents ou eiitre(»reneiirs qui participent aux adjudications de FEtal, des deparlcmeuls et des grandes villes, notamment aux adjudications des luiaislères de la Guerre, de la Marine ou des Travaux ïHiblics. Les dilTcrents soumissionnaires se rt^partisseiu entre eux à Tavance les différeals lots, et les enveloppes cachetées, les fameuses enveloppes cachetées que te public naïf considère comme la sauvegarde ingénieuse des îjjtéréls de la collectivité, ne cou lie un eut en réalité que les rnbais concertés pour laisser à chacun un honnête profil,

(1) Quoîf]ue nous soyons sur ce point beureusement très en retard sur les mœurs américaines» on pourrait cependant écrire sur ce sujel un long chapitre qui ne manquerait pas d'intérêt. L'Affaire de Panama est demeurée célèbre; àcôlé d'elle et à sa suite le régime de la marine marcbande et des Iri^mways, des compagnies d'assurances et des droits de douane donnenl lieu h un grand nombre de petits inurcbés désbonnêtes. Maintes sociétés commerciales on indnslrîelles uni pris rbnbitude de verserune pension annuelle élevée aux bommes poîilîques influents, sous prétexte de rémmiérer les services qu'ils rendent comme avocats conseils. Hécemmenl la liquidalion des biens des congrt'gations a otTcrt Tocrasion de profitables affaires. De même le commerce des alcooïa *onne lieu k d'innombrables compromis désbonnêtes.

qu'on en fait. Pour beaucoup cela s'appelle seulement faire le commerce et cette manière de faire le commerce est devenue si générale que c'estvraiment une question que de savoir si telles ou telles professions peuvent être exercées par un jeune homme qui veut rester parfaitement probe et loyal.

A côté des fraudes dirigées contre l'acheteur et le consommateur, d'autres visent les ouvriers employés au travail de production et paraissent plus blâmables encore, puisqu'elles atteignent des individus plus faibles et plus dépourvus de ressources. Salaires à la tâche abusivement fixésd'après un taux de production qui n'avait été obtenu que grâce à une gratification clandestinement promise à un ouvrier d'élite; réduction arbitraire de salaire, sous prétexte de malfaçons en réalité inexistantes ; fondation d'économats, apparemment philanthropiques, et procurant en réalité à l'usinier un bénéfice considérable, parfois supérieur à celui qu'il retirait de l'exploitation même de son industrie ; entretien de"« mouchards » parmi les membres d'un syndicat, afin d'être exactement renseigné sur les dispositions des ouvriers employés; fondation de coopératives ou- de syndicats fictifs dont on dirige en réalité les délibérations au moyen d'un bureau habilement composé ; corruption du leader d'un groupement de travailleurs manuels, amenant soudainement la fin d'une grève ; mise à l'index d'un employé que sa générosité morale avait poussé h prendre en main la défense des intérêts de ses camarades; avancement scandaleux donné à certains ouvriers connus notoirement pour des traîtres et que leur flatterie ou leur bassesse d'âme recommandent seules h la bienveillance patronale, tous ces procédés et beaucoup d'autres sont communément admis parmi les employeurs (1).

(1) Lorsque les travailleurs manuels employés se trouvent

Les employés de leur côté se gardent de montrer plus de scrupules dans l'emploi des moyens auxquels ils recourent pour lutter contre ce qu'ils appellent « l'insatiable yoracité patronale ». Les innombrables grèves révolutionnaires qui ont éclaté depuis quatre années sur tous les points de la France (1) attestent que pour beaucoup de nos ouvriers, aussi bien à la campagne que dans les centres urbains, la formation morale est aussi défectueuse que la formation économique. On veut par tous les moyens, même parfois par la violence, l'incendie et le meurtre, obtenir prompte satisfaction aux réquisitions les plus exagérées. Ignorant la pression que la concurrence exerce sur les employeurs, on impute la résistance la plus légitime à l'avidité et à l'esprit de domination, et on viole, sans pudeur et par pur caprice,

ôtre des indigènes de nos colonies, on va beaucoup plus loin encore. Une compagnie coloniale française, concessionnaire de terrains au Congo, donnait à ses employés deux sortes d'instructions très différentes : aux agents subalternes, elle écrivait à propos des nègres : « Ce sont de grands enfants. Il faut les traiter avec douceur, avoir avec eux le mot pour rire. » Au directeur elle écrivait : « N'oubliez pas que nos agents doivent être comme des pirates au petit pied, » et, à propos de démêlés avec le sultan, on fait allusion au « sertice que peut rendre le joujou qu'on appelle la mitrailleuse Mnxim. » Le Temps y 30 juin 1905. Cf. le Bulletin de la SoriVfï* i)OMr la protection des Indigènes^ fondée par un des iKnumcs dont la générosité morale et la grande science ho- 1M(^«l W plus notre pays, M. Paul Viollet.

V Je cUerai seulement celles de Marseille, d'Halluin, de

NakercttO^ ae Lorient, d'IIennebont, de Toulon, de Brest,

. ,j^.^ a^ Marenncs, de Longwy, de Fressenneville, du

^^ ''^"p^ç^e-Calais: on n'a pas oublié non plus les

' "^ MS ^\Yijrons de la Nièvre, ni celles des ouvriers

les engagements de travail les plus régulièrement souscrits, à moins qu'on ne fasse pis encore, en recourant au sabotage et au gaspillage volontaire des matières premières.

Ainsi, un jeu de riposte s'établit entre les deux camps adverses; l'improbité et l'égoïsme des uns entretient et développe l'improbité et l'égoïsme des autres. Les grèves récentes, et notamment les grèves du Nord et du Pas-de-Calais, en avril 1906, ont même montré avec quelle sauvage fermeté des ouvriers pourchassent parfois ceux qui peuvent être soupçonnés de pactiser avec l'ennemi. Lorsque le lieutenant Lautour fut mortellement blessé, les meneurs ne tolérèrent pas qu'aucune porte des corons s'ouvrît pour hospitaliser un « galonné » qu'on devait laisser « crever comme un chien », et on sait à quelles abominables vexations furent soumis les mineurs qui voulaient continuer à travailler ou seulement ne pas s'associer aux pires excès.

Ainsi les travailleurs manuels s'accoutument de plus en plus aux méthodes brutales et violentes qu'ils préfèrent à la discipline exacte et à la tactique patiente d'un syndicat stable, régulièrement organisé. 11 n'est plus question d'utiliser les forces économiques, comme toutes les autres forces de la nature, en leur obéissant, « parendo imperabis ». On veut d'un coup d'épaule bousculer la grande machine, et on préfère la révolte tumultuaire qui pille, qui saccage et même parfois hélas massacre. La calomnie contre les personnes et l'imputation à tout propos et hors de propos des sentiments les plus vils dispensent de l'analyse méthodique des faits économiques, et comme s'il fallait attester que ces déviations sont au moins autant l'eiTet des défaillances de la vie morale que de l'insuffisance de l'éducation économique, on a vu trop souvent les ouvriers accepter comme collaborateurs de leurs revendications de*'

individus ponlus de vices, qui ne se distinguaient ni par leur esprit de travail, ni par la probité ou l'honnè- Uil'- d'* l»'iirs mœurs. Dans le m^nie ordre d'idées, la Buur-e du Travail de Paris s'est acquis une réputation i|»v< plus idulieuses. et un rapport sensationnel au Conseil municipal 1 a démontré que ce temple de la démucrali»; lahori^use ^ était devenu un mauvais lieu, sorte d'école d'appliiation pour apaches, où chaque jour d^'s vols et d^^s actes d*immoralité se commetlai^'iil ».

Si telle est l'œuvre de certains syndicats rouges et de Irurs affiliés, Tœuvre de la plupart des syndicats jaunes n'est point meilleure au point de vue moral, et elle est peut-(^tre pir«* encore, puisque, sous prétexte de défendre les institutions cssi-ntielles de la vie sociale, des employeurs ont noué avec des ouvriers des alliances étranK^'s où la corruption des uns rémunère la trahison des autres. La roublardise exploiteuse se donne libre carrière ; on obtient par dessus le marché le suffrage k\\\\\ grand nombre de braves gens qui oublient qu'une Iri^^ vilaim» marchandise peut se iilisser sous de très honiH-alïles |>avillons et que le bon cœur ne dispense jHMMiunc de l'esprit critique ri).

V IUpp^*»'! *^*' ^^' *'^^'^ Houssel, Bulletin municipal offi-

. ."oa\o»uiMii jaune est, dans son ensemble, extrê-

> *vvanl ^ suivre pour tons ceux qui aiment les

^^^\^',^ ^,| sociologiques. Le leader de ce mouve-

^^ ^.,. ^ ,^vxoUitionnaire notoire, a voulu, paraît-il,

N. wiorî» de l'autoritarisme des politiciens ;

"^ .. V o^^ï'P'* perdu dans la politique, au point

^^^^„^ rolijs**^^*^ ^^* réactionnaires, soudai-

;.,*(nues démocratiques, proposent

..,. Lo journal de ce leader, «démo-

. •. >.w.;;;o »»» tra* Sangnier de

Si, du groupement du travail, on passe au deuxième groupement de la vie collective, à celui qui s'adonne à la culture des intérêts moraux et religieux, il faut bien reconnaître que les grandes causes de l'instruction populaire et de la liberté, de la patrie et de la paix entre les nations, de Tamélioration du sort des travailleurs manuels et de la rergi)n, ne trouvent pas toujours pour les servir des hommes parfaitement probes et loyaux, désintéressés dans les fins qu'ils poursuivent, honnêtes dans les moyens de combat qu'ils emploient. La vérité est bien plutôt que, sans parler des déviations politiciennes que nous retrouverons plus loin, la défense de ces intérêts supérieurs sert trop souvent d'abri ou de paravent à la défense des intérêts matériels et financiers. Derrière les grands mots et les belles formules, on sert sa cupidité ou son ambition, ou encore les préjugés et les rancunes de la petite coterie à laquelle on est rattaché. Tel qui fonde dans une commune rurale une société mutuelle contre la mortalité du bétail ne vise en réalité que la conquête d'un mandat électif ou l'occasion de tracasser soit le curé, soit l'instituteur. Tel conférencier, qui prétend vouloir initier son auditoire populaire aux conclusions les plus

« vieille catin », et les démocrates chrétiens de « coquins répugnants », pendant que lui-même recueille les éloges d'un représentant très qualifié de V Institut d'Action française, qui déclare publiquement, après une violente diatribe très applaudie contre la République, « qu'une grande partie de son espérance immédiate repose sur ce vûUant Pierre Biétry l... »

récentes de la critique historique, veut surtout faire la guerre à ces « coquins de jésuites » ou à ces « maudits libres penseurs». Ainsi les universités populaires, les ronféronces, les associations, les ligues surtout se multipliant, mais toutes ces entreprises ne servent pas la cause du bien social, de la probité intellectuelle, de rharnionie entre les citoyens. Souvent on ne s'associe (pio pour mieux assaillir l'ennemi, et la sympathie qu'on se manifeste entre soi est simplement l'exploitation collective d'un patrimoine commun de haines et de rancunes. Chacun, suivant ses tendances personnelles, peut choi^r entre le double vocabulaire que nos divisions actuelles mettent à la disposition des citoyens : tandis que les uns préfèrent parler au nom de la science, do la démocratie, du progrès, de la liberté, d'autres se font les porte-paroles de la famille, de la patrie, de Tordre social et de la religion ; comme heureusement le nombre des braves gens est considérable, ces belles enseignes assurent souvent le succès, et, si la fortune sourit, on recueille par dessus le marché une décoralion, une sinécure largement rétribuée, ou même, dons beaucoup plus précieux que tous les autres, le cœur d'une jeune fille richement dotée ou un mandat politique.

Parmi ces intérêts moraux, ceux de la patrie et de la

religion ont le privilège de se prêter avec une plasticité

spéciale aux combinaisons bizarres et aux utilisations

perverses des mauvais citoyens. On n'en saurait être

surpris, puisqu* aussi bien ces deux sentiments, l'amour

delà patrie ou de l'humanité et le sentiment religieux,

cous les formes les plus diverses, — même sous la

{ me qu'il revêt chez beaucoup d'hommes qui ne se

fro\çûl irréligieux que parce qu'ils luttent contre une

r^vtKT^Yigion,-- sont aussi ceux qui sont le plus

lliw àe soulever les hommes jusqu a l'abnégation

tÏl..ub'ûme,ius(iu'àVhéroïsme.

Tout le monde connaît Tâpreté et les \iolpnces du mouvement antimilitariste qui se manifeste chez nous depuis quelques années. Sans doute, il y aurait plus qu'une grossière injustice à attribuer à une défaillance morale la propagande pacifiste instituée en notre pays par quelques citoyens généreux et clairvoyants, qui ont eu raison de penser qne les grandes nouveautés survenues dans la vie économique et morale des nations demandaient un perfectionnement parallèle du régime de leurs relations extérieures. D'autre part, rall'aire Dreyfus a montré que l'institution militaire do. l;i troisième République, pour capable qu'elle fût d'assurer l'entraînement du soldat et de développer sa bravoure et son abnégation, présentait cependant des lacunes graves qui la rendaient suspecte à des hommes que rien n'autorise à considérer comme de mauvais Français. Mais ces deux considérations ne suffisent pas à expliquer la violence de certaines attaques, ni surtout le succès qu'elles ont obtenu auprès d'un grand nombre d'individus. Lorsque, par exemple, M. Gustave Hervé, non content de réserver au drapeau de Wagrain la place que l'on sait, déclare à une réunion de Tivoli-Vaux Hall, aux applaudissements de plusieurs milliers d'auditeurs, que ses amis et lui, « sans se préoccuper de savoir quel serait l'agresseur, répondraient à l'appel aux armes par la grève générale des réservistes », et qu'il ajoute, en insistant : « nous sommes bien décidés, dans l'Yonne, à répondre à un ordre de mobilisation par la grève srénérale des réservistes d'abord, par l'insurrection ensuite », on est obligé de reconnaître que ces applaudissements sont moins felfet de l'amour supérieur auquel ces prolétaires se sciaient élevés à l'égard de « toute créature », que de deux sentiments mauvais qui rongent notre démocratie : l'envie et la haine des disciplines morales qui brident l'égoïsme et

imposent le sacrilice. On rejette la discipline de l'armée comme on a rejeté celle du mariage indissoluble, et fécond, comme on a rejeté celle du syndicat organique, stable et exigeant chaque semaine le paiement reiywlier d'une cotisation, comme on a rejeté la discipline des forcesi économit|Lres, Toutes ces révoltes ont la même et unique origine, et, s'il en fallait donner une preure, il suflirait de remarquer qu'elles se manifestent paraileicmcnt dans les mrmcs milieuXi notamment dans trois milieux, qui, sous prétexte dNHre à Tavant-garde du progrès moderne, semblent se mettre surtout à Tavant-garde de la desorganisation sociale : les ouvriers des arsenaux (1), les ouvriers de certains grands centres industriels, les instituteurs primaires.

Depuis deux ans Topinion puldique s'est vivement émue du succès de la propagande antipalrioUque parmi les instituteurs, et il est bien vrai que ce symptùme de Fimmoralisme contemporain est spécialement inquiétant. On avait cru pendant longtemps que cette gageure au bon sens et ce démenti donné aux exigences morales les plus certaines étaient impossibles, mais il a bien fallu se rendre à révidence. On a constaté que les articles antipatrîotiques les plus Tiolents se multipliaient à Tenvî dans les cinq ou six principales revues péda-

(1) On connaît les exploits antimilitanstes des Pengam, des Gotide» des Bei Lin^ leaders des ouvriers de Tarse n a! de Brest. A la veille du lancement du jMicheki^ liertln engageait ses camarades à ne pas monter sur les tribunes construites. Et pourtant cet ouvrier eût été repris parla direction de 1 arsenal s'il ii*avait pas été surpris diâtnbuantj à la porte, aux ouvriers, des écriln subversifs. L'un avait pour lilre : Crosde en laiv ! Dans cet écrit, on lit noUuinienl ces mois : a Mourir pour mourir, il faut frapper les chefs avant d'arriver à la frontière. »

gogiques qui se disputent la clientèle des instituteurs, que la Revue (renseignement primaire y dont M. Gustave Hervé était le rédacteur en chef, comptait 14.000 abonnés, enfin que certaines réunions d'Amicales, ouvertes au chant de l'Internationale, se terminaient aux accents de la Carmagnole (1); après ces constatations, le doute n'était plus possible.

(1) Cf. La Crise du patriotisme à Vécole, par M. BocquilIoD et V École d'aujourd'hui, par M. George Goyau. D'innombrables témoignages alleslent que le mal est ici beaucoup plus grave et plus étendu qu'on ne veut Tavoucr. On sait que les iosliluleurs inleriiationalistes ont éliminé du conseil supérieur et de plusieurs conseils départementaux les candidats qui avaient eu l'imprudence de faire profession de patriotisme. De même un éditeur, qui avait demandé à M^e Paul Bert l'autorisation de publier la vie de l'ancien ministre de l'Instruction publique, a dû s'excuser d'y avoir renoncé, à raison du chauvinisme montré par Paul Bert, dans son manuel, L'Instruction civique à VÉcole, « Il ne faut plus parler de patriotisme », disait cet éditeur. Dans son numéro du il mai 1905, Le Temps constate que « M. Hervé jouit d'une popularité sans réserve dans une partie de notre personnel d'instituteurs. La plupart des Revues pédagogiques et des Bulletins des Sociétés amicales le citent et accueillent ses théories avec complaisance. Les ministres de l'Instruction publique et les hauts fonctionnaires de l'enseignement sont désarmés. Lorsque M. Chaumié blâma, à la Chambre des députés, les appels à la désertion et les conseils donnés aux jeunes gens de ne pas obéir à leurs devoirs militaires, plusieurs réunions d'instituteurs ripostèrent à ses déclarations en votant l'inscription parmi les livres classiques du livre de M. Hervé. » Des personnes, en situation d'être bien renseignées, affirment que 30 o/o des instituteurs adhèrent explicitement aux doctrines antipatriotiques. Cette proportion ne cesse de croître, et encore faut-il ajouter que cette plaie de l'antipatriotisme

— Te —

Ceux-là se feraient illusion qui penseraient trouver une compensation à ces désertions du devoir pîit riotique dans l'ardeur des sentiments militaristes d'un certain nomhre de leurs concitoyens. Sansdoute, il c*)nvicût de rendre hommage à la pureté des sentiments patriotiques de certains hommes — et ils sont heureusement très nombreux, ~ qui aiment passionnément la France, et qui, remplis de cet amour et habitués à se discipliner h tous les devoirs, sauraient aux heures de danger renouveler h notre profit les exploits les plus héroïques des ancôlres. Mais ce patriotisme modeste et désintéressé a fort peu de rapport avec le patriotisme claironnant et politicien des managers amis des équivoques et hat>iles à spéculer sur tous les sentiments respectables. La différence des opinions sur une institution sociale déterminée ne suffit pas à garantir la différence réelle des sentiments moraux, et rien n'empêche Jorsque les conditions sociales sont dissemblables, qu'un même égoïsme ne trouve son compte à travers la contradiction apparente des doctrines. Les armées ne servent pas seulement à défendre les frontières, maïs aussi à protéger les colTres-forts et les usines, voire à assurer les opérations spéciales de police qui s^appellent des révolutions ; en tous cas» vues sous un certain angle, elles représentent au plus haut degré le principe d'autorité incontrôlée et de hiérarchie purement extérieure que chérissent particulièrement un certain nombre dlndividus, aussi désireux de commander que peu qualifiés pour le bien faire. Pour toutes ces raisons et d'autres encore, qui ne sont pas plus désintéressées.

est loin d'être la seule qui ravage le personnel de renseigneiiicnL primaire : à y bien r/*fléchir» elle est même moins grave que certaines [iroiiugancies en faveur da néo-malthusianisme et de FunioD libre.

**armée est chère à un grand nombre, mais Tardeur de ^^s sympathies ne saurait être, tant s'en faut, portée h '*€tctif de la moralité. S*il fallait le démontrer, il suffirait de rappeler à certains défenseurs attitrés de l'arïHée que la défense du territoire en temps de guerre ïl'est pas la seule manière de servir son pays et de Contribuer à sa grandeur ; on le sert aussi lorsqu'on Veille à mettre dans sa vie la somme de travail et d'effort que la cité moderne réclame de tous ses enfanls. D'ailleurs, la mollesse et l'oisiveté sont une mauvaise préparation à l'accomplissement intégral du devoir militaire.

Plus encore que les intérêts de la patrie, les intérêts de la religion ou de l'irréligion donnent lieu aux exploitations déshonnêtes. Depuis Voltaire, l'anticléricalisme est à la mode en France ; depuis trente années, il est devenu une carrière et une profession qui, d'ordinaire, fait vivre agréablement ceux qui l'embrassent et les conduit même aux honneurs et aux fonctions auxquels ils ne semblaient guère pouvoir prétendre. Il faut renoncer à évaluer le nombre des « nullités » auxquelles il a permis de faire un sort, des arrivistes aux instincts vulgaires ou grossiers (jui ont pu dissimuler derrière lui râpreté de leurs rancunes ou de leur ambition. Les ministres embarrassés sont loin d'être les seuls à qui il ait fourni maintes diversions secourables. Sans doute, ici comme ailleurs, il convient d'éviter les généralisations injustes et de rendre hommage à la probité de certains hommes qui, frappés des abus trop réels qu'ils relevaient dans les institutions religieuses de notre pays, ont considéré comme un devoir de lutter contre elles, mais, quelque étendue que l'on croie devoir donner à cette réserve, on sera toujours obligé

de reconnaître que trop souvent des passions mauvaises ont été les premiers éléments de Tanticléricalisme (i).

Du côté de leurs adversaires, il s'en faut aussi de beaucoup que la probité morale, la générosité du cœur et le désintéressement aient seuls inspiré les défenseurs des intért^ts religieux. Pendant tout le cours du xix« siècle, à Texception des dix dernières années, la défense de leur religion n'a semblé possible à la plupart des catholiques que sous l'égide dos vieux partis, aujourd'hui définitivement en déroute, qui, sous prétexte de sauvegarder la liberté religieuse s'étaient fait une spécialité de condamner en son nom la République, la démocratie et toutes les aspirations les plus légitimes des sociétés nouvelles. Certes, parmi ces réactionnaires, il en est — et de très nombreux — qui sont des hommes honnêtes, vertueux et souverainement respectables. (( Mais à côté de ceux-là, combien ne découvrons-nous pas de ces prétendus champions du Christ, dont, à les voir agir, on dirait vraiment qu'ils ne défendent pas dans le catholicisme une religion de paix et d'amour, mais un amas de rancunes, de haines et d'ambi-

(1) « Un bas appélit du pouvoir, un désir effréné, et à

peine déguisé, de participer à la grasse curée officielle des

honneurs, des sinécures et des places, une soif inextinguible

\ù iouissauccs matérielles, un désintéressement complet,

aWU»> de tout ce qui n'est pas la réélection prochaine, et

r espoir qu ou «gîtant sans cesse le « spectre clérical », on

J^PAVèloruol grand homme et l'éternel élu de sa province,

^ lA W« nobles sentiments qui s'agitent au fond de

^»' ^^'^A 1 plnpHrl de nos modernes terroristes, qui leur

Unie ao R r ^^ ^^^ ^^^j souvent percent à travers la

(WcleM *^"^ V ; aiscours. » Victor Giraud, Anticléri-

-.\,wêo^o5ic de »^"^ 39. p^,is. Blond et Cie,

lions (i). » Des personnalités sans mandat, h TAine parfaitement païenne, dont l'agitation tumultueuse, les violences, les duels, parfois même les mœurs licencieuses, sont en contradiction directe avec les principes évangéliques, pérorent au nom du groupe collectif. La direction est leur monopole, et comme ils ont à la fois la sympathie d'un grand nombre de chrétiens sincères que le mysticisme de leurs sentiments et l'inaltérable pureté de leurs intentions préparent mal à discerner d'aussi méprisables exploitations, et la faveur d'une immense clientèle de gens oisifs et jouisseurs, trop heureux d'emprunter au sanctuaire un voile de respectabilité que leur existence mise à nu serait impuissante à leur donner, il arrive que ces hommes paraissent représentatifs et importants ; à leur vue, le populaire s'émeut, et parfois, chose infiniment plus grave, les ministres de Dieu fléchissent et entrent dans la voie des compromis.

De tout temps, les prêtres qui ont eu l'âme vraiment sacerdotale ont protesté contre ces étranges dominateurs, et depuis M. Emery jusqu'au cardinal Guibert (2) et à M^"^ d'IIulst, — pour ne parler que des morts, — la suite est ininterrompue des représentants autorisés de l'Eglise catholique qui ont élevé la voix contre ces trop zélés défenseurs. Récemment encore, un

(i) Georges Eoogy d&nsV Éveil démocratique du 15 juillet 1906.

(2) « Ceux-là sont bien coupables envers la France et envers l'Église et ont assumé une lourde responsablilé qui ont contribué de quelque manière à rendre suspect cet asile sacré, et qui l'ont indignement profané, en y apportant leur haine insensée, leurs grandes et petites ambitions, leurs grands et pelils intérêts de parli. » (Cardinal Guibert.)

— sodés membres les plus éminents du clergé français appréciait leur conduite en ces termes :

« Le nombre est grand, parmi les gens « bien pensants », de ceux qui pensent par convenance, qui parlent par consigne, et dont la vie privée, sinon les sentiments intimes, démentent les principes affichés. Ces principes affichés ne le sont souvent que pour la forme. Journalistes, parlementaires, hobereaux, bourggoois enrichis, véritables pharisiens de la loi nouvelle, ils cachent sous les dehors d'un zèle bruyant, la plus radicale insuffisance morale. D'autant plus dangereux qu'ils sont plus difficiles à discerner des vrais croyants auxquels ils s'imposent par la hauteur du verbe et par l'alVectatioii d'une intransigeance aussi austère que sans péril ; ils comptent dans les rangs des catholiques militants, ils y donnent le ton et leur autorité y est souvent plus grande que celle des évoques et du pape lui-in(^ni(». S'il est un fait évident dans l'histoire religieuse do ces vingt dernières années, c'est que les destinées de l'Église de France ont été dominées par l'influence de cette étrange coulisse, composée des éléments les plus disparates, et dont la pression s'imposait à ses chefs naturels eux-mêmes ; et ce fut la suprt^me imprévoyance du gouvernement de ne pas s'apercevoir qu'en amoindrissant l'épiscopat par une injuste défiance de son autorité, il paralysait en même tnwpsson initiative, liait ses mains, rendait impossible '\>nontalion que son indépendance et son patriotisme \\\ n;>mmU suggérée, et vouait fatalement l'Église de ^Tii\?i À Vaclion prépondérante des forces obliques ♦ Ifs tnrr.iS^s irresponsables. La situation présente est \fr Tnwkiii? : il ^st bien entendu que ces sépulcres îiiE Ma- T-/ nr-A-.vent abriter qu'un catholicisme mort, -. uiifW.rîsnft <4érUe comme eux, lié à la fortune du -— !>■ .L.*&-^rîiwsenlent, voué avec eux h l'inatten-

tion et à Toubli dont ils sont l'objet, h Timpuissance dont ils sont frappés (1). »

En dépit de ces protestations, l'ingérence de ces étranges fidèles (2) demeure toujours aussi dominatrice et leur autoritarisme est si brutal qu'il influence plus qu'on ne croit la parole et l'attitude de ceux-là mêmes qui sont par vocation les gardiens de l'intégrale doctrine du Christ (3). Ce n'est pas, je pense, offenser le clergé de France, aux vertus duquel tant d'incroyants eux-mêmes ont rendu hommage et dont Renan aimait à célébrer la simplicité, la pureté de mœurs et la bonté, que de dire que tous les prêtres, ni même tous les évêques ne sont pas des héros et que parfois ils acceptent trop facilement d'épouser les pré-

(1) Le Rôle de la Philosophie religieuse, par Tabbé L. Birot. Annales de philosophie chrétienne, novembre 1905 page 121.

(2) Pour ces hommes, tout est une occasion d'intrigues et de combinaisons politiciennes et ils tirent parli aussi bien de la fermeture d'une école congréganiste que de Tinvenlaire d'une église. L'empressement qu'ils mettent à obéir aux ordres du Pape qui s'accordent avec leurs préférences est d'autant plus vif qu'ils croient trouver dans ces ordres la condamnation de quiconque ne partage pas leur égoïste et triste idéal : d'ailleurs quand les « directions » pontificales ou épiscopales ne leur plaisent pas, on sait avec quelle violence ils vitupèrent le pape, les évêques et les curés. On n'a pas oublié les étranges manifestations dont les curés de Saint-Sulpice et de Sainte-Clotilde furent l'objet.

(3) 11 existe des textes du Nouveau Testament dont un certain groupe de fidèles ne tolère le commentaire ni en chaire, ni au catéchisme, et des prêtres qui n'ont pas voulu courber le front devant ces orgueilleuses exigences ont appris à leurs dépens ce que leur coûtait leur apostolique courage.

jugés et les rancunes d'un certain parti. Parfois on a pu faire un rapprocliement pénible entre la condesceadance témoignée à certains auteurs dont la théologie frelatée déshonore radiiiiralile doctrine chrétienne (1), et la rigueur avec laquelle on poursuit certains ouvrages, dans lesquels des hommes de grande foi» laïques ou ecclésiastiques, qui sont aussi de grands savants, recherchent en toute sincérité les alliances mystérieuses qui unissent l'esprit et la science modernes aux dogmes les plus profonds de la Uévélation (2)^

(1) Par exemple, ne pense-t-on pas qu'une brochure intitulée la Rot/ aidé du Sacré-Cœur eût trouvé un accueil moins bienveillant auprès des autorités diocésaines, si son awleur n'avait été un catholique de droite. Les hardiesses dogmatiques n'y manquent pourtant pas : comme échanlilloii, n'ayant aucun goût pour les dénonciations au Saint- Oflice ou à l'Index, je citerai seulement celte perle : tt c*e3t par la révélation de sa Croix et de son Eucharisiie, en attendant celle de son Cœur, que le Clirist a voulu régner sur le monde ; c'est par ces trois dévolions qu'il a conquis rbumaniic- w On reconnaît bien la le moderaîsme de ce* pseudo- traditionalistes qui aiment à pourfendre w les dangereuses innovations ».

(â) Que de fois l'on a accusé de scepticisme kantien, de protestantisme et de natoralisme des chrétiens dont Tabnégation égale le savoir et qui ont voulu seidemejit montrer les similitudes entre Tacte de connaissance el Tacte de foi, et scruter davantage le mode mystérieux et admirable de la pénétration réciproque des deux ordres naturel et surnaturel. — De même, dans le domaine de raction sociale, la froideur ou même rbostdité ouverte, témoignée aux sillon nis les et aux démocrates chrétiens, contraslent pénihlement avec ta bien veN lance réservée à certains daellistes 0U& certaitis politiciens retors. Les incidents survenus» au mois d^avril 1906, à l'occasion des candidatures de W. l'abbé Gajraud et de M. l'uhhé Le mire, aux élections

Sans doute une insuffisante préparation intellectuelle et le souci de sauvegarder Torthodoxie expliquent partiellement ces mesures; néanmoins raccueil empressé fait à certaines dénonciations, le refus d'avertir l'intéressé ou d'entendre ses explications, la rapidité avec laquelle les décisions sont prises, parfois même hélas ! la petite joie maligne avec laquelle on condamne, ne laissent pas que d'offenser la charité et la justice (1).

Comme il fallait s'y attendre, ces dispositions morales ont favorisé le développement d'autres dispositions plus fâcheuses encore. Des hommes que leurs afïinités intellectuelles séparent comme par un fossé infranchissable de toutes les aspirations de l'esprit moderne et dont la seule présence dans les rangs des chrétiens suffit à rejeter loin de l'Église un grand nombre d'âmes^ se sont donné pour t.âche de dénoncer leurs frères et d'appeler sur eux les sentences de l'autorité spirituelle. Inlassables chasseurs d'hérésies, ils flairent partout l'erreur et la trahison, et mettent autant d'âpreté à flétrir que d'inintelligence à comprendre, bien heureux encore lorsqu'ils ne vont pas jusqu'à insinuer que les erreurs qu'ils combattent ont probablement leur origine dans le dévergondage des mœurs (2). Parfois, lorsque a la doctrine

législatives, ont même démontré que, pour comballre un adversaire polilique, des autorités diocésaines que nous aimerions à respecter sans réserve ne savaient pas toujours répudier les procédés équivoques.

(1) On connaît le mot prononcé à propos de la levée de boucliers dont certain petit livre de M. Tabbé Loisy fut l'occasion : « un évêque ne réfute pas, il condamne ».

(2) L'abbé Loisy et l'abbé Gayraud, pour ne citer que ces deux noms, furent ainsi en bulle aux pires accusalions, et pourtant il était facile de louer sans réserve les vertus sac

tituçereus^^ > gnt Tol pnnnâmsK: x'-ssU pas assez appa- '^eul^. :»L L'itésite p&£^. ponrMi AnunsrpIxLsd'éclat, à k-'Ij'.:.*!^? i^ t€Xt£&. k nggiroâkgr i&SKs^ttsemeot des '^■L!ithi-t s^jiLT*^ par plnskan^ âinonîs isfe pases, voire ^r^iM*: b zii^iirt d&u£ la Lonxàif -As kàros d'aa roman >îk-^ f:?'iL*.^ rcin^irainfittaiite ^nrâ aToBl jamais été

fl/jt*li:f /i« <t«^ deox prêrtrei» obobbc Tml lût d'aiflears tant de #:«th6liqij^ qiû ce paftaKÛeat u Ba d«Mirines exégé- (iquêf de l'un, ni les tendaiKes dèmocnlifaes de Tautre.

(1) On peut lire à ce propos V « êlade critifoe » da Père Fnrbêi fur le roman de Foganan». ii Smmi^. A la suite de M. Mclirhior de Vogué, qui a publié on cmçlant article sur telle étrange brochure (Le Figaro du 27 îoîllet 1906), le Halletin de la Semaine a signalé comme il conTÎent « le faui orthodoxe » commis par ce religieux qui, tout [iréornipé de -combattre le néo-protestantisOie, a oublié de se demander 8*11 ne déshonorait pas l'ancien catholicisme. Ou connaît aussi Tabominable campagne menée pendant les mois de novembre et décembre 1906 contre Mer Péchenard, alors recteur de riostitut catholique de Paris. Ce prêtre admirable, dont la probité parfaite égale le ferme courage et le dévouement modeste, fut accusé de tendances hérétiques : il avait une conception élevée de la fonction rectorale dans un établissement d enseignement supérieur ; cela suffit pour l'exposer aux plus étranges accusations, comme le fut son prédécesseur, Mp»" dllulst, comme le sera son successeur, M. Tabbé Baudrillart.

De même on lira avec intérêt la Semaine religieuse de Bourges» du 22 décembre 1906. Au mois de novembre dernier, révoque de ce siège a obtenu de ses collègues dans le ('onseil supérieur de l'Instilut catholique de Paris Tinlerdiction pour les professeurs de cet établissement de collaborer il « Demain », revue « suspecte » qui est publiée à Lyon, sous la direction d'un chrétien dont la modestie et la générosité lumalo égalent radinirable talent. Le désir était vif à Bour-

Le ma] est si grand, qu'un prêtre dont on ne suspectera ni l'orthodoxie, ni le dévouement sincère envers l'Église, puisqu'il occupe aujourd'hui un des sièges épiscopaux de France, croyait, il y a quelques années, devoir le signaler en une forte page que je demande la permission de rapporter :

« Oh ! la race funeste des petits esprits avec leurs petites vertus et leurs petits personnages ! Ce n'est point pour eux que la doctrine a des points obscurs, ni la conduite de la vie des points délicats. Ils voient des dogmes partout, et ils seraient bien embarrassés d'en défmir un seul. La limite qui sépare le précepte et le conseil leur étant inconnue, ils ont plus tôt fait de rendre l'un et l'autre également obligatoires pour tous. La mesure des temps leur échappe non moins que celle des choses, et ils croient pouvoir, aujourd'hui, agir

ges de faire connaître à tous celte décision que l'on savait d'ailleurs n'être point destinée à la publicité. Aussi, avant d'en reproduire le texte, on insère le petit « chapeau » que voici : « Le Bulletin de l'Institut catholique de Paris vientdepublierleprocès verbal de la séance tenue le 28 novembre dernier parNN. SS. les évêques de la région universitaire. Nous y lisons le passage suivant : ... » (suit la décision). On ne lit rien de pareil dans ledit Bulletin^ qui ne faitaucune mention de la résolution adoptée. Mais qu'importe ! il faut frapper « les modernistes ».

Ce désir de servir la bonne cause explique aussi pourquoi la Semaine religieuse de Cambrai a, au mois de mai 1907, falsiûé un passage d'une lettre de M«r de Cabrières. Ce vénérable prélat avait écrit :

<c lIs(lesprêtres)n'ontévidemment,s'ilsconnaissentdeprès ou de loin des sillonnisles. qu'a les aider dans l'effort que le Sillon se sent obligé de faire pour atteindre son idéal, etc.. »

La Semaine religieuse de Cambrai a, comme suit, publié ce passage :

« Us (les prêtres) n'ont évidemment pas, s'ils connais?'

d'autorité, commander et exiger, comme ils auraient fait il y a deux siècles. Si l'on résiste à leurs injonctinn«i. si Ion se dérobe à leurs menaces, ils ont leur mani»Te d'»^xcommunier les réfractaires, et ils savent se r«->n*M-^r i^n les assignant au tribunal des futures jusli''-^s : r î'Mnilé rétablira toutes choses ; ils y comptent M":".. S;.:: ire aux faibles, être patients envers les «'gar'"^, * .* A-.:^1?vanl d'eux et les soustraire à leur propr-^ '.r.;^ ' -:*. :> désarmant par une bonne parole ou un Iv. :*..:. : ■.: :?■; enfin « le Père céleste qui fait luire >«>n ^y^^ ! -v*. ! > l :^n> et sur les méchants » ; ils ne sav»^::t ou v.-^ v-iil-:. ■. : b vraie bonté leur est étrangère coiuîU:? Il <:i':'nce. l/Kglise est divine, n'est-ce point ass-^z 1 lis I? disent, et c'est peut-être le dogme qu'ils melt»^nt !•• [»Ius à l'épreuve, le plus en relief, c(»liii qui P'-isort !■.• mioux dans les étrangetés de leur oarMft<M-e et la st-'i-iliti d.» leur vie. Ce sont de braves

\ Voy<'z-l<*^ <lans l'ex Tcioe de l'autorité, lorsqu'elle

,1 . ,,\m o\i iU* loiii des silioiinisles, à les aider dans l'effort ,.,... \^ Villon K(; sent obligé de faire pour atteindre son

,v .; >\ « In bonne presse « que Ton recommande chaque , . t,\\,MUMuent et à la sympalhie agissante des catho-

'., s >. o.i i»{issos d'armes en faveur de rorthodoxie chan-

. ...a L.Mv, sans cesser d\Mre aussi suspectes. On a

..v.?i.^Ai 4^0 leurs êorils anlérieurs avaient exposés

••'. o?»io, profiler de roccasion pour se refaire

■.Mb»»cli)xie immaculée; ils muUiplient les

. -.-lime du voisin et se voilent la face au

■ .,*ui»vilés » exposées par tel ou tel écri-

* . .;u.» reproduire quelqu'une des doc-

■ :,v par le vigilant pourfendeur d'hé-

leur échoit par accident. On sent qu'en eux Tautorité réveille avant tout l'idée de commandement, et le commandement celle de suprématie et de domination. L'idée de service, le sentiment de la responsabilité, l'obligation de dévouement et de bonté, ces choses saintes dont Jésus-Christ pénétra l'autorité qu'il entendit déléguer à son Église (1), ils y répugnent tout à fait; ils les mettent du moins au second plan et les considèrent comme choses de luxe, accessoires, bonnes tout au plus pour les « parfaits ». Aussi n'ont-ils ni l'autorité qui impose, ni celle qui persuade. Ils peuvent prendre de la hauteur et de l'importance, se faire craindre au besoin, obtenir l'obéissance qui s'incline et se tait; mais ils manquent de dignité, ils n'inspirent ni confiance ni amour ; et quant h ce respect vrai, sincère, qui est une religion de l'âme, en présence d'une supériorité morale, ils n'en connaîtront jamais les hommages. Braves gens, peut-être; mais à coup sûr, petites gens (2). »

Ces défaillances morales, si regrettables qu'elles soient, ne sauraient surprendre : quand on connaît le niveau moral d'un grand nombre de fidèles qui font profession de se rattacher à la confession chrétienne, on ne pouvait espérer que tous les ministres du culte restassent intacts. Outre que des mobiles peu élevés peuvent inciter certains parents à diriger leur fils vers le petit séminaire, parfois aussi le désir de se soustraire au travail de la terre (3) et de fréquenter au château

(1) Luc. xxu, 24-27.

(2) Le Clergé français en 1890. Paris, Berche et Tralin, 4890, p. 62-64. M. l'abbé Laity était l'auteur de celle brochure, qui fut publiée sous la protection de l'anonymat.

(3) Il faut même voir là l'origine de celle tendance, trop commune parmi les prêtres, à déserter le travail persévérant

n'est pas sans exercer une certaine attirance sur la vocation du jeune lévite. Pourtant ces misères qui, comme toutes les autres, doivent être constatées dans une étude impartiale, ne doivent pas être exagérées, et il a fallu toute Toutrance et toute l'injustice des passions politiques qui ravagent notre pays pour que, sans discernement et sous prétexte de châtier « des moines ligueurs et des moines d'affaires », on ait délibérément refusé de reconnaître les vertus admirables de pureté, d'abnégation, de délicatesse morale qui trouvent dans ridée chrétienne leur fondement et leur appui.

Il est un troisième groupement de la vie collective, lo groupement politique, qui, à raison de son extension mt^me, est plus exposé qu'aucun autre aux rébellions de nndiscipline morale. Ici le nombre des associés liés ensemble en vue d'une même fin à réaliser est immense; AUSSI chacun se peut-il persuader aisément que sa Uehelè |H*rsonnelle ne cause à l'ensemble qu'un préjuwÎK^^^^w|H>ndêrable,et,dans un milieu moralement désor- $^^r^v cet argument est accueilli avec joie. Sans doute >v*îiii$:? e$t misérable et au contraire le régime démo-

>.! •n^r^Hfc^ laborieux, qui incline tant de curés decam-

•«i^tc * ' Vv>f|»î*tion d'une vie oisive ; aux yeux de la foule

.'r^i^v^u^v ^ ^Mucliou du curé perd ainsi sa raison d'être et

-<ïi^ 4 >^iw >àâlj>iieortlal, son traitement semblait moins

twrt 5,9*m W v.X^M 4tt facteur ou du cantonnier. Cf. l'ex-

.■^•lii .'1ct^kyMDt^à^X> Tâbbê Hem mer : Poli ligue religieuse

ΫIC^ ÏScttd, 4905, p. 3.

cratique adresse un constant appel au bon vouloir, à la discipline spontanée et interne de chaque citoyen ; mais comme il est avéré que le sens social, la préoccupation des besoins moraux de la collectivité est ce qui manque le plus à un grand nombn*. de nos contemporains, on ne prête qu'une oreille distraite aux requêtes de la société politique, et les devoirs civiques se ressentent comme tous les autres du fléchissement dos consciences et des caractères.

De fait, chez l'immense majorité des citoyens, Fégoïsme prévaut ici sans partage; il semble à ce point établi dans les mœurs qu'à l'exception de quelques milliers d'individus isolés, qu'on considère volontiers comme des paladins d'un autre Age, ou des naïfs, personne n'a plus souci des relations qui doivent unir l'individu à la collectivité, ni de laconnexité qui relie les charges qu'il devrait courageusement accepter aux droits publics et politiques qu'il revendique. Le sens de la dignité et de la respectabilité civique est atrophié. On envisage la chose publfque comme une mine inépuisabl(3 qu'il est loisible d'exploiter sans mesure : tant mieux pour les bénéficiaires qui réussissent à en tirer beaucoup ; ceux-là sont considérés comme des « malins », et leur entourage vante leur habileté et leurs succès. A priori et sans examen, la collectivité est mise en demeure d(> fournir un grand nombre d'avantages, répartis suivant les convenances de chacun (1). Mais presque personne

(1) Pensions de retraites, assurances contre les accidents, indemnités aux récoltes grêlées, soins médicaux gratuits, entretien et instruction gratuits des enfants, construction de chemins de fer, creusement de bassins et de canaux, primes à la production, protection douanière de l'usine et du champ, droit de faire bouillir son crû, fonctions publiques peu absorbantes et bien rémunérées, décorations, garanties au

ne songe à reconnaître à sa charge une dette compensatoire. On fraude le plus possible les lois fiscales et militaires, on demande sans cesse leur allégement, et, dans tous les partis, des hommes qui se croient nobles de naissance ou démocrates de tempérament, trouvent naturel de rejeter sur les épaules des autres le fardeau légitime qu'ils supportent ou devraient supporter.

En aucun temps, cet oubli des intérêts supérieurs du pays, ces ivvondications des égoïsmes débridés ne se manifestent avoo autant d'inconscience que pendant les périodes éloolorale:>. On peut alors connaître la nature exacte du pacte qui unit entre euxles membres des trois ou quatre grands clans politiques et dont la première clause stipule pour le chef l'obligation de servir, par tous les moyens, les inlên^ls particuliers de ses amis, qui contractent en retour rengagement de le maintenir à leur tête. Le nombre est immense des électeurs se ïîouciant exclusivement des avantages qui pourront être ^vsurés à leur milieu, à leur groupe, voire aux mem- ^K^v* de leur propre famille, et le tempérament du can- -.^v'^l ost nu niveau de cet abaissement ; souvent même ij siovoond beaucoup au dessous, puisque la concurivNKV outre les candidats établit une surenchère de M»i.ac.xOs^tti'rics et d'attaques inqualifiables (1).

* .lUiiiil Uesi capilaux, largos commandes de travaux et '

. <.«.;; ulliuvîij etc., clc, tous ces menus profils sont consi-

. ■. oiuuic localement dus aux membres de lacolleclivilé

I fi hoiiuc forlune de se les pouvoir assurer ; on les

■ .'-jj.muMiK'ut, sans rélribulion correspondante, et il

■ •... :u».\ou IVancais.

v \ . ;» Il i:u vloj* iMoclions municipales de mai 4904,

.. « .< îvi ^f^/w/K< exprimait la joie qu'il ressentait

'o.i i^uc« {\Hrtionl enfin êlre débarrassés des

^ ... ...^<v^»sv« oCi s'exhalent périodiquement

Il faut renoncer à décrire l'ensemble des procédés louches, des maquignonnages déshonn()tes, des trafics honteux, auxquels le parti victorieux recourt trop souvent, soit pour se hisser au pouvoir, soit pour s'y maintenir. Avancement scandaleux donné à certains amis (1), déplacements régressifs infligés à des fonctionnaires réputés trop tièdes, « débarquement » simulé de fonctionnaires compromis à qui on garantit de larges compensations, création de postes nouveaux, concessions de bureaux de tabacs et de décorations, retraits de secours des bureaux de bienfaisance ii des vieillards ou de nourrissons à des femmes dont los proches parents ont pu mal voter, suppression de poursuites pénales ou fiscales au profit des amis, refus de sursis ou de congés militaires pour moissons, etc., etc., tous les moyens paraissent bons, et il n'est pas jusqu'à la fermeture plus hâtive des écoles congréganistes ou des couvents qui ne soit un châtiment dont on punit les électeurs qui ont élu un député modéré (2).

la fureur des partis, les convoitises et les rancunes des candidats ! ... La lecture des affiches électorales est si démoralisante qu'un père consciencieux se doit à lui-même de l'interdire à ses enfants. Car enfin il sied de retarder autant que possible le moment où nos fils se persuaderont que la politique est une simple émulation de violences et de mensonges, une surenchère de difîainalions et d'injures ». (Le Temps, 13 mai 1904.)

(1) Au mois d'août 4908, les journaux ont signalé un fonctionnaire qui, à 34 ans, est Irésonerpayeurgénéral et officier de la Légion d'honneur. On omet de dire quel rare mérite a justifié un avancement si rapide.

(2) Dans maintes circonscriptions électorales représentées au Parlement par des radicaux, cette fermeture a été retardée, et de même la campagne si violente pour la fermeture de Lourdes a été une réplique au vote des électeurs de

Dans un pays aussi centralisé que le nôtre, et où la niasse est innombrable des individus qui souhaitent accrocher leur vie à la remorque de TÉtat, les ressources du pouvoir central sont indéfinies pour molester ou récompenser, terroriser ou encourager : comme le caractère n'est pas la vertu la plus commune, le clan vainqueur n'a garde de négliger de pareils moyens d'action, et il en use trop souvent sans modération (1).

Le système est si bien admis par l'immense majorité des citoyens, partisans et adversaires du parti dominant, que Ion parle sans ambages du ministère qui sera chargé de « faire les élections », et, au lendemain de la formation de son cabinet, un président du. Conseil a pu déclarer, sans soulever l'émotion des républicains, « qu'il comptait donner la justice à tous et réserver les faveurs h ses amis ». On comprit à demi mot et on vit bientôt que jamais l'exploitation méthodique et cynique du pouvoir n'avait été poussée aussi loin : cette fois, l'attente commune fut dépassée (2).

la circonscription d'Argelès qui, en 1906, ont remplacé un député radical par un député modéré.

(4) De temps à autre, à des intervalles loinlains, le pouvoir tombe aux mains d'hommes plus probes et moins passionnés; mais tout le monde sent aussitôt qu'ils ne sont pas à la hauteur de la situation et ils déçoivent les e3péraDces. Leur arrivée n'a été qu'un accident et leur présence n'est qu'un interrègne.

(2) On alla si loin qu'on avait organisé, pour mieux assurer la fidélité ministérielle des députés, un système perfectionné de chantage et de pression abominable qui reliait les couloirs du Palais Bourbon aux préfeclures des départements : un jour M. Clemenceau et quelques autres républicains ministériels eux-mêmes ne purent se contenir et exprimèrent leur dégoût dans les colonnes des journaux.

L'écueil pour un gouvernement centralisé est la dilïiculté de connaître, à distance, Tattitude de ceux qu'on pourrait récompenser ou punir, et à la faveur de Tignorance, Timpartiatité aurait autant de chances que la passion : à cela même on a mis bon ordre et le vice de la délation, qui rappelle les pires époques de l'Empire, romain, vient renseigner les détenteurs du pouvoir. L'année 1905 a fait connaître le rùle des d(';légués et des fiches, et ce fut certes une humiliante période, puisque, h plusieurs reprises, on ne savait s'il fallait mépriser davantage la bassesse des dénonciateurs et de leurs tristes correspondants ou Thypocrisie des bénéficiaires, les protestations étranges des citoyens qui prirent la défense des délateurs (1) ou le pharisaïsme de certains flétrisseurs enflammés qui n'ignoraient pas leur aptitude personnelle à faire usage des mêmes procédés.

Au milieu de ces compétitions Aprement égoïstes, l'intérêt supérieur du pays est oublié. Sans doute la rivalité même des intérêts individuels ou régionaux peut parfois contribuer à l'adoption de mesures plus équitables, mais ces intérêts peuvent aussi bien s'unir que se heurter, et, pour s'en convaincre, il suffit d'as-

(i) La question des fiches amena la zizanie au sein de la Ligue des Droits de Vhomme et du citoyen et au nnlieu d'innombrables groupements et comités de Paris et des départements. M. Péguy, qui dirige avec tant de vaillance ctde talent Ze5 Cahiers delà Quinzaine, a été fortement blâmé par ses amis de son empressement à condamner la délalion et rhypocrisie de ceux qui en profilent. On sait que le Couvent de i906 de la Franc-Maçonuerie a refusé de condamner ceux de ses membres qui avaient collaboré à la délation et a même ouvertement manifesté ses sympathies à plusieurs d'entre eux.

sister aa Palais-Bourbon aux discussions que soulèvent le privilège des bouilleurs de crû (1), la suppression ou le maintien des périodes de 13 et de 28 jours, ou encore Texamea des ditlérents chapitres du budget des recettes et des dépenses.

Dans ces dispositions morales des électeurs et de leurs mandataires directs, on aurait tort d'escompter beaucoup le dévouement à la chose commune et Tardeur au travail de ceux qui briguent une fonction publique. Sans doute le nombre est encore considérable des fonctionnaires modestes et appliqués qui pensent que leur mérite personnel doit être leur première recommandation, et qui sont heureux de mettre au service de leor pays la belle activité des meilleures années de leur vie. Mais, à côté de cette élite, combien d'autres ne voient dans les fonctions publiques qu'une agréable sinécure et une garantie contre les aléas et les difficultOs de la vie (2) ? Combien d'autres même n'y cherchent

(1) On a conservé le souvenir des séances humilianles cousarn'cs, au mois de février 1906, à la restauration com- |>lA|p du privilège des bouilleurs de crû. : les députés des xn^M>usorl plions intéressées étaient assurés de ne pas être W^Mm^ «'iU volaient conformément aux intérêts supérieurs \h^ ^^JV\!« : iniHsi aucun d'eux n a violé la consigne.

y**:^ \^^ \MUHmit rempressemonl de la bourgeoisie française

V .-**ïWv^v iKlaL de procurer i\ ses (ils et à ses gendres des

/i .v'^'ux \\\> lout repos. Cela constitue avec le malthusia-

', " -^ 'a vvvhorche d'une grosse dot le triple article du

^ ...u iiv> sï\\ vie d'un grand nombre de ménages. Le

• > .V ^ :»i K[\h\ malgré cet engouement, on se croit

i \>'-w-i vvMdro les doctrines socialistes et collecli-

. . «Muiusi OoM insuccès électoraux des partis mo-

'•* ' > vvMr rcrlaines attitudes, que les plus

.. ..i. luiuuv^H doivent être les seuls à affronter

qu'une occasion d'intrigues incessantos au service de leur ambition ou de leur cupidité !

Nulle part ces défaillances morales ne sont plus notoires — parce que nulle part elles ne compromettent plus gravement les intérêts supérieurs de notre démocratie — que dans les trois services qui requièrent une spéciale élévation de sentiments chez ceux qui en sont chargés, je veux dire l'instruction primaire, l'armée et la magistrature.

En dépit de la conspiration du silence strictement gardé autour du problème primaire, « pour ne pas compromettre la République »,on n'ignore plus que le personnel des instituteurs est très loin de se recruter parmi des hommes doués d'une grandeélévation de sentiments et d'une ardente générosité morale (4). L'orgueil de la demi-science, le mépris du travail manuel, la joie mauvaise que l'on éprouve à commander et à recevoir l'encens des flagorneries politiciennes, enfin et surtout la rébellion contre les disciplines les plus nécessaires, aussi bien celle des mœurs que celle du devoir militaire, ces maladies de la vie morale font de terribles ravages dans nos écoles primaires de garçons et m(>me de filles. Naguère on aimait, dans un certain milieu, à signaler les mobiles intéressés qui poussaient vers le séminaire les fils de nos petits paysans. La critique

(i) On voudra ne pas me prêter ici, plus qu'ailleurs, Tintention de me livrer à des généralisations qui seraient aussi injustes que contraires aux constatations d'une observation méthodique. Je n'ai l'intention de nier ni l'élan et la foi démocratique des principaux promoteurs de l'œuvre scolaire de la troisième République, ni la valeur des sentiments moraux et patriotiques d'un certain nombre — qife je suis incompétent pour déterminer exactement — de nos instituteurs publics. Je signale le mal là où je crois le rencontrer, et voilà tout.

é\à\i trop souvent justifiée, mais il faut prendre garde que le mal subsiste toujours; enchangeant de direction, il s'est iiu^me singulièrement accru, puisque le nombre dos insliluteuiNiosl beaucoup plus considérable que celui des ooclcsiasti-iiies et que la formation morale des écoles normales ost trop souvent rudimentaire.

r.es obsoiwitiotis pourraient presque être reproduites à regard d\m grauJ nombi*e de sous-officiers dont les mivurs licoii«;ieus?s et intempérantes déshonorent nos caseruos, et les innombrables divertissements, innocents ou plus souvent djsh .Minutes, qui occupent la vie d*une portion notable de nos officiers, ne sont pas de nature à corriger le mal.

Knlin il n est pas jusqu'à la magistrature dontl'imparlialilô mOme ne puisse parfois être suspectée ; sans doute elle est très loin d'être prête à toute les besognes, comme l'en accusent injustement des adversaires tvUliques implacables, et il faut honorer la probité et

.1 uioilestif^ d'un grand nombre de nos magistrats

.;.v. d'ailleurs végètent souvent dans des postes secon- .. iv'x. Mais, h côté de ceux-là, d'autres intriguent , y îJxMit lies services ; ils laissent fléchir leur cons- . .:. o v'I il l'sl avéré que devant les tribunaux répressifs . ^» .s* H di'vaiil les tribunaux civils, des influences V. .; /. vu^pendent ou modiflent le cours de la

\..x .ts^'»ls électoraux jouissent devant les tri-

. ,.Kx. sMinols d'une proleclion notoire qui les

.. ,' '.iv les rigueurs des employés des contri-

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