‹ La crise morale des temps nouveauxChapitre 9 sur 33 · à 29 ans · texte numérisé non relu

à 29 ans

(1) L'article 1er de la loi du 19 avril 1898 est ainsi conçu : Les dispositions suivantes sont ajoutées à rarticle 312 du (Iode pénal : « Quiconque aura volontairement fait des blessures ou porté des coups à un enfant au-dessous de Tàge de quinze ans accomplis, ou qui l'aura volontairement privé d'aliments ou de soins au point de compromettre sa santé<

Ainsi, lorsqu'un organisme est atteint d'une maladie grave, le désordre se manifeste dans toutes les fonctions et voici que Tamour paternel et maternel qui semblait si foncièrement enraciné dans le cœur humain est susceptible h son tour de disparaître, à la suite des autres désordres qui ravagent l'institution conjugale et le foyer (i).

sera puni d'un emprisonnement d'un an à trois ans et d'une amende de seize à mille francs. — S'il esl résulté des blessures, des coups et de la privation d'aliments ou de soins une maladie ou incapacité de travail de plus de vingt jours, ou s'il y a eu préméditation ou guet-apens, la peine sera de deux à cinq ans d'emprisonnement, et de seize à deux mille francs d'amende, et le coupable pourra être privé des droits mentionnés en l'article 42 du présent code pendant cinq ans au moins et dix ans au plus à compter du jour où il aura subi sa peine. — Si les coupables sont les père et mère légitimes, naturels ou adoptifs, ou autres ascendants légitimes ou toutes autres personnes ayant autorité sur Tenfant ou ayant sa garde, les peines seront celles portées au paragraphe précédent, s'il n'y a eu ni maladie ou incapacité de travail de plus de vingt jours, ni préméditation ou guet-apens, et celle de la réclusion dans le cas contraire. -^Si les blessures, les coups ou la privation d'aliments ou de soins ont été suivis de mutilation, d'amputation ou de privation de l'usage d'un membre, de cécité, perte d'un œil ou autres infirmités permanentes, ou s'ils ont occasionné la mort sans intention de la donner, la peine sera celle des travaux forcés à temps, et si les coupables sont les personnes désignées dans le paragraphe précédent, celle des travaux forcés à perpéluilé. — Si des sévices ont été habituellement pratiqués avec intention de provoquer la mort, les auteurs seront punis comme coupables d'assassinat ou de tentative de ce crime. »

(1) Cf. Rapport sur l'administration de la justice criminelle en 1900, Journal Officiel, 20 septembre 1902, p. 6264.

Plus graves et plus funestes encore, au point de vue social, sont d'autres défaillances morales qui affectent le mariage et la famille et que, pour répondre aux exigences d'une analyse méthodique, nous avons rangées dans une deuxième catégorie.

Il n'est pas besoin de longs discours pour démontrer à des Français que, dans leur pays, la cupidité et la vanité corrompent et souillent, dans leur origine même, dans l'acte qui les constitue, un grand nombre de ménages. Depuis le paysan de Normandie... et d'ailleurs qui, pour mieux arrondir son champ, veille à ne choisir son épouse que parmi les jeunes filles dont «le père a du bien dans la commune », jusqu'au bourgeois et au jeune aristocrate, la série est continue ; la môme défaillance morale se manifeste, et il est admis que pour une masse immense de jeunes gens, la grande affaire, la grosse affaire est au moment du mariage de s'assurer l'apport d'une grosse dot ; une occasion précieuse entre toutes, inestimable, unique surtout leur est offerte et avant toutes choses, il importe de ne pas la laisser échapper (1).

(1) Il va sans dire, qu'en cette matière comme en toutes les autres, le pharisaïsme ne perd aucun de ^es droits et comme si on mettait à nu la plaie qui nous ronge, on dépasserait la limite de laideur morale que les yeux du monde convenable et les siens propres peuvent supporter, on ne manque pas de légitimer sa conduite par des arguments séduisants : la vie est chère aujourd'hui et un ménage a besoin de ressources un peu larges... quand il n'y a plus de foin dans le râtelier les chevaux se battent... il faut de l'argent pour élever des enfants et leur donner une bonne éducation... et encore, comme je n*admets pas une minute qu'un mari n'aime pas tendrement sa femme, je ne veux pas accepter une situation dans laquelle je serais obligé de refuser à ma femme le confortable et le modeste

Aussi bien on ne la laisse pas échapper et même à voir la multiplicité et la variété des plans savamment aménagés, des combinaisons longuement et astucieusement ourdies, des dissimulations acceptées et longtemps soutenues, des concours rencontrés, on peut constater d'un seul coup combien est élastique la conscience de beaucoup d'honnêtes gens et combien la poursuite d'un grand dessein peut rendre... pour quelque temps, patients et ingénieux, des hommes ordinairement moins bien doués.

Le pis est que ces plans réussissent d'ordinaire et voici pourquoi : comme dans chaque milieu, dans chaque couche sociale, le dérèglement des mœurs éhmine de manières diverses soit par la mort, soit par la ruine totale de la santé physique, soit par dégradation morale définitive^ soit enfin par « liaison », un coefficient important de jeunes gens du sexe masculin, il se trouve que les jeunes filles, parvenues à l'âge matrimonial, sont loin de trouver en face d'elles un nombre de candidats au mariage égal à celui des jeunes garçons qui partageaient leurs jeux, pendant leur enfance. Dès lors, puisque le nombre des élues doit être sensiblement inférieur à celui des postulantes, une sélection est nécessaire dont le tarif des dots est la pierre de touche. Aussi, h moins d'ambitions notoirement abusives, le succès couronne presque toujours les efforts du jeune homme. Seuls les jeunes gens disgraciés de la nature, ou les naïfs, ou les inconsidérés, ou les caractères exceptionnellement préoccupés de pureté et de noblesse morale laissent échapper l'occasion ; d'ailleurs, dans ces trois derniers cas, il est rare qu'ils ne rencontrent pas l'hostilité de leurs propres

superflu qui peuvent lui rendre la vie plus douce et plus agréable... etc..

parents, ot co n'est pas certes un des moins vilains» specfarh's de notre bourgeoisie contemporaine, que la vigilann; (|up certains pères, certaines mères surtout, a[)porlr'nt h maintenir en haleine la cupidité égoïste de leur fils. Lorscpie, par accident, un jeune homme n'a pas nionti'; autour de son propre cœur une garde assez vigilante et a eu la naïveté d'aimer une jeune fille honnAtn (ît pauvrement dotée, on considère que ce cas de péril extrême exigo la concentration de toutes les forces familiales et même l'emploi des supercheries les plus déshonnôtes.

Il est pourtant une circonstance dans laquelle ce

facile coup de lilet ne devrait ramener sur le rivage

aucune capture précieuse : après tout, la jeune fille

(»lle-même et surtout ses parents n'ont aucune raison

(raiM'ueillir un candidat qui par définition n'a qu'un

patrimoine très inférieur h celui dont il ambitionne la

compuHe, ot dont la moralité médiocre, l'intelligence peu

cultivée, la situation professionnelle modeste n'offrent

aucune compensation au « sacrifice )^ pécuniaire que l'on

sollicite de leur générosité. En dehors des cas « d'in-

clînalion » ou de « coup de foudre », une négociation

malrimoniale n a point de raison de s'ouvrir entre des

jviirtios ilont les apports sont si disproportionnés, et qui

ne ^KHivont pratiquer le système du do lit des. Ce prin-

•ijK» J'oiîMilé qui fonctionne dans son plein à l'égard

ir^ iouius iîons de la petite bourgeoisie risquerait d'être

.jtiitdciu^rftt dommageable à une catégorie très nom-

tvH>e Jo jt*uuo* hommes, je veux dire à un grand

-N««^ iti jeuttos gens de l'aristocratie. Dans ce milieu,

^ 4^:«unMii a «^t pas petite de ceux dont la jeunesse

V* -rast'iï^. <U^n«mc une propension très inarquée

-«r^ i\ fAwmsé ni la culture intellectuelle, ni

" "-^^^ ;-.^jf -jiKÎlion avantageuse, on ne voit trop

° «.«ïni- wuo famille bour^-eoise disposée

à doter richement sa fille. Mais ici la vanité entre en scène, et avec quel empressement elle répond aux avances de la cupidité ! Aussitôt les difficultés s'aplanissent, et Ton voit soudain tel honorable commerçant, que son long passé d'épargne et de labeur obstiné semblait mal préparer à de semblables décisions, donner avec joie la main de sa fille à un. prétendant oisif et dépensier, tandis que de son côté tel gentilhomme qui n'eût pu sans déroger devenir filateur de coton, minotier, fabricant de sucre, médecin ou officier ministériel, trouve au contraire que la noblesse de son rang n'est pas entamée par l'alliance qu'il contracte avec la fille d'un parvenu enrichi dans l'une ou l'autre de ces professions ; et même l'enthousiasme des intéressés ne connaît plus de bornes, lorsque le malthusianisme des parents a concouru avec les bonnes affaires pour grossir encore le chiffre de la dot. Au surplus, il va sans dire qu'en ces négociations les deux parties se montrent conciliantes, et personne ne songe à contrôler avec soin l'authenticité du titre ou la pureté originelle de la fortune ; l'apparence de celui-là suffit, pourvu qu'on puisse palper la réalité de celle-ci.

S'il fallait h la jeune fille un autre argument pour la décider à une union qui parait, malgré tout, si peu attirante, elle le trouverait dans la perspective des distractions incessantes et très variées que lui promet le milieu où elle va entrer. On s'amuse beaucoup à notre époque, ou du moins on désire beaucoup s'amuser : ce désir est naturel aux époques de fléchissement de la vie morale, puisque les individus, perdant de vue le grand idéal à atteindre, en viennent facilement à considérer la vie comme une comédie qui doit être aussi gaie que possible. Seulement dans la plupart des cas, la pénurie

fir^. T^^Wjzrrzi '.- l^^ rii^Torjfs du travail quotidien ne prr:..r*.'':i: ris ir ''.-niz î « f«?nchaDt les satisfacu:r.- q.:';! r^rlizi-r. ■?'. h-rGrtKxsementrîDdîviduD'estpas «rfi r'î*. d^ ::L-.rrr 5c< !4jsi::ti5- L^s membres de Tarist.'.f :*:e. f:r1.:r.^^ et d-? la haut<? bourgeoisie échappent à '; :*.*.-i: d-jzL']^ rr?*riction. et il faot les en plaindre^ p'jisque oet aifi-anchissement les laisse désarmés en fàCr de deux fonres nouvelles de désorganisation, Toisivel-: et la recherche immodérée du plaisir.

On n'a pas l'ictention de décrire ici la journée d'une de nos gracile uses mondaines, ni celle d'un adulte oisif, marié ou c*^libalaire. appartenant à ce milieu social qui s'appelle soi-même ^v la Société ». Les journaux spéciaux donnent sur ce point tous les renseignements désirables et ils énumèrent la série interminable des bals et des comédies, des concerts et dos ^i grands succès », des /ire o dock et des ganien /?'.:-•%' fV.*. des rallyes et des chnsses, des excursions en auto ou en yacht, des « promenades au Lois » et des concours hippiques qui, du 1*' janvier au 31 décembre, ivmplissent de niaiseries, (hî fadaises et souvent d'excentricités du plus mauvais goul, la vie d'un trop grand nombre d'hommes et de frnnnes d'un certain milieu. La France a le fâcheux privih^K^î do posséderla ville du monde où l'on s'amuse lo plus et, comme en ces matii^res, la lassitude vient wte» do moelleux sleeping cars et de spacieux wagonsvOow< sont toujours prêts, suivant les saisons, à trans- >> W >ur In (l^lo d'Azur ou à ïrouville et à Dinard les 's->o*v.x^*dislinguécs qui se conforment à l'étiquette et ^ X ^v.Ulor Paris aux époques où il n'est plus de bon

-«\ \vAWOrbe, que certaines oreilles n'aiment

*«^«t^^^^ x'S^t ^ItH* l'oisiveté est la mère de tous les

•*** *«'>^'' ^we cette affirmation est exacte, à

^..^ :,>. ^>^\Uals. La plupart des plaisirs

recherchés par les mondains sont en eux-mêmes inno* cents, et ils eussent été bienfaisants si chacun d'eux était venu à son heure, après un travail régulier ; cependant leur accumulation et leur succession ininterrompue apportent dans la vie familiale des éléments nouveaux et très actifs de désorganisation. Avec quelle pénétration subtile ils atrophient toutes les énergies morales, développent Tégoïsme et dessèchent le cœur, surexcitent les appétits grossiers et échauffent les imaginations. De temps à autre un scandale éclate et on apprend qu'une jeune fille a été séduite ou qu'une femme mariée s'est laissée choir dans l'adultère : Témotion est vive, et pourtant l'événement n'est pas surprenant, fin revanche, ce qui l'est beaucoup, c'est qu'un pareil milieu où prévaut une pareille médiocrité morale, associée d'ailleurs à une notoire vulgarité intellectuelle, se considère soi-même et soit considéré par beaucoup de braves gens comme un milieu sélect et distingué,

Enfin, au sommet de la hiérarchie sociale des infractions qui désorganisent la famille et en faussent les rouages, il faut sans hésiter placer les pratiques déshonnêtes auxquelles le nom de Malthus a été attaché, bien indûment d'ailleurs, et qui tendent à restreindre la natalité. L'usage de ces pratiques est ancien dans notre race, mais on a le regret de constater que cet usage s'est beaucoup répandu dans le cours du XIX® siècle, à mesure que s'accroissait dans les ménages le penchant à l'égoïsme et à la vie sans effort. Chaque année, on constate une baisse nouvelle dans le taux de la natalité française et on peut mesurer l'étendue du mal quand on pense que le chiffre des naissances est tombé en i903 à 826.742, chiffre qui est lui-même inférieur de 18.666 au nombre correspondant d^ \^%

et de 24.332 unités à la moyenne annuelle de la décade 1893-4902. La marche de ce phénomène de régression est parfaitement méthodique, et elle se poursuit suivant des lois rigoureuses : ainsi dans ces deux dernières années, la natalité n'a cessé de baisser encore, et elle est tombée à 807.29i en 1905, après 848.229 en 4904. La statistique de la dernière année connue est toujours plus faible que celle des précédentes années ; elle est même « la plus faible de toutes celles qu'on a relevées en France, depuis le début du XIX* siècle », et la régression est si rapide que, dans la seule période septennale de 4883 à 4890, le nombre des naissances (4) a décliné de près de 400.000, passant de 937.944 à 838.059. Depuis 1890, les chiffres, loin de se relever, s'abaissent encore et nous en sommes venus à la certitude de ne plus revoir d'ici longtemps, à moins d'une modification profonde dans les mœurs, les chiffres qui parurent si effrayants en 4890. Que nous soyons ici en présence d'une défaillance

(]) Rapport de M. Jacques Bertillon. — La diminution progressive et constante de la natalité française est bien mise en lumière par le tableau suivant :

Naissances sur 10,000 habitants :

Le nombre des enfants par famille ne cesse de décroître. Dans le Gers, la moyenne des enfants par famille est de 2,11 ; de 2,28 dans la Seine ; de 2,35 dans le Lot-et- Garonne; de 2,40 en Normandie. En 1860, les décès dépassaient les naissances dans huit départements seulement ; en 1904, l'équilibre vital est rompu dans quarante-quatre départements.

morale spécifiquement française et à l'occasion de laquelle d'ailleurs notre pays s'est acquis à Fétranger une réputation que les Etats-Unis de l'Est peuvent seuls lui disputer, c'est ce qui résulte explicitement du tableau statistique suivant :

Excédent annuel moyen des naissances sur les décès par i 0.000 habitants.

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Ces renseignements, pour fâcheux qu'ils soient, ne peuvent surprendre aucun de ceux qui savent combien chez nous est général et universel l'usage des pratiques malthusiennes (1) : on peut même dire que celles-ci.

(i)Jou7mal Officiel, 29 octobre 1904. — De quelque côté ^u'on envisage les statistiques, elles fournissent le mêcne

sous réseiTe d'exceptions que la plus grande bienveillance même n'autorise pas à croire très nombreuses, sont devenues une des rares choses sur lesquelles les Français, d'ordinaire si divisés, tombent aisément d'accord.

Paysans et ouvriers des villes, bourgeois et aristocrates, catholiques et juifs, protestants et libres-penseurs, s'empressent à Tenvi de limiter au plus bas le nombre de leurs enfants. Et ce n'est pas assez dire que de remarquer que cette pratique est universelle ; il faut ajouter que pour cette masse immense de ménages, elle est essentielle et primordiale. Pour en donner une idée exacte, il faudrait à son sujet multiplier les comparaisons qui aident à faire ressortir le

témoignage. Voici le tableau comparatif de la progression de la population européenne depuis cinquante-cinq ans,

(millions d'habitants)

France 35 39

Allemagne .... 35 60

Autriche-Hongrie. . . 30 48

lies Britanniques. . . 27 43

Italie 24 33

Ainsi la France, qui était autrefois la première puissance occidentale, tend à devenir un pays de troisième ordre. D'aulre part, l'accroissement de la population des yilles françaises est, malgré la dépopulation notoire des campagnes, devenue à peu près insignifiant. D'après le dernier recensement, effectué ù. Paris le 4 mars 1906, la population y était de 2.736.728 habitants. L'augmentation, qui avait été de 148.930 de 1896 à 1901, n'a plus été de 1901 à 1906 que de 71.169.

Ce ralentissement est significatif ; les villes allemandes voient leur population augmenter rapidement. Le nombre

rôle indispensable d'un objet ou d'un élément, et on pourrait tour à tour la comparer à la ligne de faîte d'un grand édifice, à la clef d'une voûte, au pilier central d'une nef circulaire, au carrefour principal où aboutissent et se rencontrent les grandes avenues d'une ville populeuse (i). Démontez à votre aise, et analysez

des villes de 100.000 âmes est passé de 33 en 1900 à 41 en 4905. Voici du reste, d'après Le GlobuSy quelques chiffres :

Berlin 4.888.848 2.033.900

Hambourg 705.738 800.582

Munich 499.932 538.393

Dresde 396.446 514.283

Leipzig 455.124 502.606

Breslau 422.709 470.018

Cologne 372.529 425.944

Francforl-sur-le-»Pein . 288.989 336.985

Nuremberg .... 261.081 293.868

Dusseldorf 213.711 252.630

L'Allemagne comptait, au 1er décembre 1905, 60.605.183 habitants. La densité kilométrique s'élève présentement à 112,1, au lieu de 104,2 en 1900.

(1 Voici encore un extrait du rapport de M. le docteur Jacques Bertillon sur les phénomènes démographiques survenus en France, pendant Tannée 1905.

tt La diminution du nombre des naissances constitue un phénoraènepermanent, régulier, chaque annéeplus effrayant! « Nous verrons pisl », disions-nous, ici-même, il y a un an : nous voyons- pis en effet, et nous pouvons renouveler la terrible prédiction, Elle se réalisera.

« Au contraire, chaque année, tous les autres pays de l'Europe voient le nombre de leurs naissances s'accroître considérablement.

a De la diminution du nombre des naissances et de l'augmentation du nombre des décès résulte que la différer^*

avec méthode le> vies de ce petit paysan normand qui arrondit son champ : de cet employé de ministère, de ce firar<;?n de bureau qui, malgré son faible salaire, lx)ucle ntranmoins régulièrement son budget ; de cet employé rangé qui est tout fier de Téducation soignée qu'il donne à sa fîlle ; de ce petit commerçant laborieux, de ce fonctionnaire, de ce médecin, de cet officier ministériel qui tiennent un certain rang et sont généralement estimés : de cette charmante jeune femme^ toujours pimpante en ses gracieuses toilettes, qui passe son temps en visites et en soirées, pendant que son mari est absorbé par les chasses, les courses et le cercle, vous aboutirez toujours à la même conclusion : à tous ces ménages, à tous ces hommes, à toutes ces femmes, le [x'iit nombre d'enfants est essentiel, et si une heureuse disposition physiologique, (jui est très exceptionnelle, no l'assure pas, on recourt sans hésiter aux pratiques

(1(!H deux diifTrcs est en France insignifiante : elle est de :n.î>41, Roil 1 pour 4.000 habitants. Dans les autres pays l'nnroiHHOirinnlde population esl de plus en plus élevé, quoi qw'iMi dinont (|ii(dqiics personnes mal informées. Il en est Ainsi niMt Boidenient en Allemagne, mais dans tous les pays d Knvopi» :

.. V\\ \\)\H, \('n lies Britanniques ont gagné 475.000 habi-

^^•.-iv. VVnh'i.'ho-llniiKrie 562.000, rilalie 387.000, l'Allema-

^.- o'>tin ^MMi liiibilants, soit 15 pour 1.000 habitants;

.. • - .' r»MM^\AUon t^K'»^*' ^ celle de nos beaux départements

* ^« /:' ^Vm\\n<. dn In Haute-Saône, et en outre d'un

>-vV'-«ivv« .<{UU«1h aucun de ces chiffres n'avait été

,.., »M îiV^nulÎHsent autour de nous; nous M-. .1 I *'\v*. iMi attendant que nous rapetis-

, . .* : 'v* I^HU, il y avait 36 départements . A.V dsv^ïi remportait sur celui des

malthusiennes. Si les enfants sont nombreux au foyer, tout le plan de vie est à vau-l'eau ; ce paysan n'a plus d'intérêt à arrondir son champ, cet employé et ce commerçant doivent abandonner l'espoir de marier leur fille dans un milieu social réputé supérieur, ce bourgeois sera obligé de partager en fractions le minime patrimoine qui lui procure à lui-même et qui doit plus tard procurer à ses deux enfants une existence facile et agréable, ce gentilhomme n'a plus l'argent nécessaire à ses plaisirs, cette jeune femme enfin va être sevrée de ses frivolités qui l'amusent tant : elle a eu déjà deux enfants qu'elle n'a pas allailés, « et cela représente deux périodes de dix mois dont elle a conservé le plus mauvais souvenir : il ne faut pas recommencer ! »

Ainsi tout concourt à faire des pratiques malthusiennes une sorte d'institution : aussi quelle prévoyance (4) on apporte à les préparer, à se documenter

naissances ; en 1905, il y en a 44. Dans certaines provinces, la différence est prodigieuse : ce sont surtout la Bourgogne et la Gascogne. Dans le Gers, le Lot, le Lot-et-Garonue, le Tarn-et-Garonne, etc., on trouve environ 3 décès pour 2 naissances ! C'est-à-dire que les deux parents meurent après avoir eu deux enfants (voilà nos deux naissances) dont l'un meurt avant de s'être reproduit (et voilà nos trois décès). Ces mœurs abominables tendent à se répandre. Comment un pays pourrait-il durer avec un pareil régime ! » (Journal Officiel, 16 novembre 1906).

(1) H n'est pas rare de trouver des jeunes gens de 22 ou 24 ans, qui ne se proposent pas de se marier avant la trentaine et qui pourtant ont déjà arrêté à deux le nombre d'enfants qu'ils veulent avoir. De même certains fiancés stipulent entre eux soit qu'il ne devra naître aucun enfant du mariage, soit du moins qu'aucun enfant ne devra naître avant un délai d'ores et déjà fixé ; il importe en effet que le jeune ménage se réserve au début un certain temps de liberté.

sur leur compte, et comme Topinion commune est empressée à les couvrir et à les absoudre ! Pour les excus»?r ou les voiler, des milliers de braves gens sentent en leur cœur des trésors infinis de bienveillance et de pharisaïsme il). Au besoin, lorsque par accident, un

(1) Il faut reDODcer à énumérer, même sommairement, les exfiloils de Thypocrisie en celle matière. Un des moins divertissants est rinslitution des commissions ou comités, privés ou officiels, parlementaires ou extraparlementaires, chargés de faire une enquête sur « les causes de la décroissance progressive de la natalité en France ». Enquêteurs et déposants ont les meilleures raisons de connaitre parfaiteiiKMil rcs causes, mais cela n'empêche pas que de longues k('mii)(*oh ne soient consacrées à écouter des dépositions ou à n^^Ii^or des rapports dans lesquels on signale que raiTaiblis- RfMiKMit (les santés, ralcoolisnu\ la surcharge des impôts, le Bj'rvirn iiiiiilaire, la morlaîilô infantile contribuent très nrllvoiii(»nl k la dépopu)atioa do la France.

Il Hullll pour démontrer Finanîté de ces agréables consta-

Inllonw ili» pjMnnrquer : ioque ces diverses causes ne sont pas,

(s r<>x<'o|ilioii (les impôts, plus actives chez nous qu'en

\ri\uh'0«»piVV«(lontla population aup[mente considérablement,

^^1 |^h»««l«Mn'H Hi<^nie, comme l'alcoolisme ou la mortalité

»^^\'s^nHI»^ Io wnnl beaucoup moins : 2o que la Bretagne alcoo-

*''»*^\* \W\\\\^ jM't^cIrtrincnt parmi les rares provinces de France

, »• ^»**! \\\s \^\v\^\U^\\\ «le naissances : 3» enfin que ce sont

; •»' '\ ^\\s\U'^»M»Uie et l'aristoeratie qui ont le moins

■ . \UU rt <|Mt)i bon insister, tout le monde sait bien

' k \s-A^>^ »ulm>n, et on ne met tant d'empressement

X /i k ,^^^^(»^»i« que parce que chacun connaît la

. u .. v.u yy^Wp uuitière revêt parfois des formes

' vs«<iH \\\\ voici deux par exemple dont la

. :> Il ,\iiiv-> ^\^uM»nte, si, en une matière aussi

. . ,. iv nu^K^ Ou «ait que pendant les années

• -, \ i..iK Ua ^^Unnuoes s'accrut considéra-

ménage doué d'une vaillance nciorale spéciale ou deux très jeunes époux, avec cette loyale générosité qui est facilement Tapanage des adolescents vertueux, acceptent courageusement et simplement les petits êtres que la

blement ; or il parait que cet accroissement atteste « Tadmirable souplesse de la nature qui, toujours prévoyante, sut combler aussitôt les YÎdes laissés par la guerre franco-allemande. » Hélas, la souplesse et la prévoyance de la nature ne sont pas en cause ici, mais seulement la volonté des parents qui ayant perdu, pendant Tannée terrible, le fils uqique en qui ils avaient mis toutes leurs espérances, cherchèrent ainsi une consolation à leur chagrin.

J*ai connu un ménage qui, en une autre circonstance, ayant eu le malheur de perdre une fille unique, âgée de 15 ans, eut la joie de voir naître une autre petite fille, dans Tannée qui suivit le décès de la première. Cette enfant, < que Dieu envoyait pour la consolation de ses parents » mourut aussi à Vèige de 13 ans et un troisième enfant naquit encore dans Tannée du décès. Comme personne, dans la ville, ne croyait à Théroïsme conjugal des époux, on trouva celte fois le stratagème trop crûment constatable et, au lieu d'admirer la fécondité prévoyante de la nature, on se contenta de mépriser les parents.

Le cas des « petits ravisés » est tout à fait intéressant : on sait qu'on désigne de ce nom les enfants qui naissent après un long intervalle, alors quêteurs frères ou sœurs sont déjà parvenus à leur dixième ou douzième année. L'explication du phénomène n'est pas difficile à trouver et il atteste seulement que les gens [les plus malins sont toujours exposés à se relâcher à quelque moment des précautions les plus habituelles. Seulement cette explication que tout le monde sait très bien être valable dans deux hypothèses sur trois est naturellement passée sous silence et on préfère parler des « bizarreries de la nature », en citant à Tappui divers exemples qui, on le sait aussi, ne prouvent rien. Et le pharisalsme domine si bien en la matière que lorsque.

Providence leur envoie, les parenls sont \k qui donnent les conseils et rappellent les bonnes maximes {i).

Telles sont les défaillances morales qui menace ni, dans notre pays, la famille et l'institution conjugale. En les signalant, on n'a pas le dessein de méconnaît le les vertus privées, parfois poussées jusqu'à rhéroïsine, qui, dans tous les milieux, ornent encore un certain nombre de foyers fraurais ; pourtant, il ne semble pas que la pratique de ces vertus tende, bien au contraire, à devenir plus générale. Fonder un véritable foyer où le père assure, par un travail courageux, la subsistance de la famille ; où la mèret beureuse de transmettre la vie et

dans uu ménage où les lois de la morale ont été ïoyalement respectées, par hasard une naissance survient après un intervalle de dix ou douze ans, les époux oat en quelque sorle houle de leur candeur : on dirait que les malheureux ont quelque cliose k se faire pardon aer et de bonnes dames, qui ont toutes raisons d'èlre mieux renseignées, s'écrieni, en jouant lu couiédie du scandale : « est-il possit>le qu'A cet A^e, ces deux époux soient encore si peu sages ! » (1) « I3ieu bénit les nombreuses familles, mais ne les nourrit pas. jv « be couple vaut mieux que la ilouzaiae n, etc. J'avoue que j'ai toujours trouvé spécialement odieuses ces recommandations hypocrites. Vous, Madame, qui vous dites une personne respeiitable, et souvent une chrétienne, que voulez- vous dire quand vous doanez de pareils conseils ? Vous vous vantez d'avoir trouvé pour votre fille un jeune liomme de bonne santé et ù. qui l'honnêteté de ses mœurs h conservé toute sa vigueur : voire fille n"est point malade et les deux époux s'aiment tendrement. Alors précisez un peu le sens de vos paroles : mais vous vous gardez bien de le faire, car en dehors de la soItiMon héroïque, dont vous êtes la première, et pour cause, h corinailre llmpossibilité pratique pour ce jeune ménage, votis savez que la solution que vous préconisez est si honteuse et si repoussante qii*im être humain souille ses lèvres en la conseillant.

d'allaiter ses enfants comprend la grandeur de sa tikhe et s'emploie à mettre dans le « home » plus de beauté, de paix et de bonté ; où enfin les enfants, habitués au travail et à la vie sérieuse, se préparent à l'effort, h l'acceptation des responsabilités, aux joies intimes et profondes qui ont leur source dans la dignité des actes plutôt que dans la conquête d'une belle dot ou d'une agréable sinécure, un pareil plan, il faut bien le dire, a cessé d'être un idéal pour un grand nombre de nos compatriotes. Parfois, en paroles, on témoigne encore une certaine estime pour les hommes qu'une semblable conception peut séduire, mais on se dit in petto que l'âge de ces beaux rêves est passé, et que le temps actuel requiert des méthodes « plus pratiques ».

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