‹ La crise morale des temps nouveauxChapitre 12 sur 33 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Les doctrines immorales. — Les répercussions sociales de nos défaillances.

Ainsi se trouve esquissé, dans ses grandes lignes et en négligeant de nombreux détails, le tableau des principales infirmités morales que l'on relève dans les groupements de la vie privée et de la vie collective d'une société moderne. Cependant pour pouvoir mesurer avec précision la signification sociale et la gravité réelle des défaillances, il faut ajouter encore quelques traits h cotte peinture. En un sens, les défaites de la vie morale n'ont d'autre signification que celle qu'on leur donne. Lorsqu'un voyageur, en route vers les somnirls d'une montagne, tombe dans une fondrière, 8ft clmlc n'a point nécessairement de conséquences fArluMiscs, aussi longtemps qu'il conserve la ferme volonté do continuer son ascension. S'il se hâte de srrouor la boue de ses vêtements et de reprendre avec un rourngo nouveau sa marche interrompue, son av« nliiro ne fait que lui procurer pour l'avenir une plus exacte aj^préciation des difficultés du chemin. Au eoniraire son aecidcnt se convertit en désastre, s'il vient î\ penser «pie la vallée est aussi intéressante à explorer (pie le somniol, (pie la fleur commune de la prairie est aussi pn^eiousi^, que l'edelweiss, et que sa ehule prouv(^ niuïpItMnent qu'il n'était pas fait pour j^ravlr U^h pentes diflleiles. Ainsi en est-il des défaillah«M^>* tlo noire conduite : la valeur sociale d'une faute

s'apprécie en raison des dispositions morales qu'elle engendre chez le coupable. Aux uns elle sert à mesurer leur misère et leur faiblesse, et comme ils veillent à entretenir en eux-mêmes la claire vision du bien et le souhait d'une vie meilleure, elle leur est une occasion de s'exciter à plus de vaillance et à plus de générosité. D'autres, au contraire, désertent la lutte, recherchent les excuses et les arguments débilitants : puis, peu à peu, l'accoutumance produit en eux comme une seconde nature, faite de perversité et de bassesse. Ce n'est même plus le courage qui leur fait défaut, ils ont perdu la conscience de leur misère ; ils ne désirent plus le bien et ils en viennent à construire je ne sais quelles doctrines avilissantes qui légitiment leurs actes et semblent leur donner un fondement rationnel.

Or, les plus sincères amis de nosdémocratics modernes doivent avoir le courage de reconnaître que cette dernière situation est en train de devenir la nôtre, sinon pour l'ensemble des actes immoraux qui ont été signalés, du moins à l'égard de quelques-uns d'entre eux, de ceux-là mêmes qui affectent le plus gravement la prospérité sociale. Aussi bien, cette constatation ne sauraitelle surprendre, puisque l'expérience démontre que les infirmités morales qui affectent un grand nombre d'individus trouvent toujours des théoriciens et des doctrinaires pour anesthésier leur sensibilité morale : l'extension du mal suscite les doctrines perverses, et celles-ci, à leur tour, entretiennent et développent le mal.

Je n'insisterai pas sur les doctrines par lesquelles des écrivains ingénieux se sont efforcés de justifier et même de glorifier les misères morales que nous avons

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relevées dans réludc des trois groupements de la vie collective : la lecture de certaines feuilles quotidiennes et des revues suffît à renseigner sur leur teneur. S'il fallait citer des exemples, je rappellerais qu'un ancien ministre de la guerre a entrepris de faire l'apologie de la délation et du système des fiches. D'autre part, personne n'ignore combien est puissante chez nous l'organisation des groupements de doctrine et d'action qui se sont donné pour tâche de développer l'esprit révolutionnaire chez les travailleurs manuels des villes et des campagnes, ou de détruire le sentiment du devoir envers la patrie, chez les jeunes gens. Ainsi la délation, la violence brutale et l'antipatriotisme ne sont pas seulement des faits, des actes que l'on commet aux heures mauvaises où la volonté endormie n'exerce plus son magistère; ce sont aussi des doctrines ayant pignon sur rue et s'exposant avec sérénité sous le clair soleil de la liberté des pensées et de la science (1).

(1) L'Association internationale antimilitariste des travailleurs, fondée en 1904, se propose la destruction complèlc (le Tannée. « Son but est très précis et ses moyens bien définis, écrit M. Méric, son président. En temps de naiï. elle œuvrera parmi les consrrils et les soldats, provoauera une agitation incessante, propagandera par la brochure, le journal et le meeting. Mais survienne la guerre, sa ladiawe chaugera. Elle est fermement résolue à s'opposer f h violence à toute tentative de guerre et, selon la for- ^''-A d* Guesde, « ^ j^ter l'insurrection dans les jambes ^^ . '^^ vernomeû^*— ^^ '^ ^^°^*' *^ ""® armée antimilitariste •** \;^ . ^ç Jour en jour de tous les travailleurs devenus ^ -"'^ • el <ltt* dressera contre la force armée que rnwr^?^^*- tnaUres la force au service d'idées justes. » c--.eT.r.?r.; r^^cc de la propagande antimilitariste et ui ■■«**■■■■ '*^^^^,^^ par la Confédération générale du ***^^**^'* "^•^* \ ^ AvffofiOD énorme, l'organe officiel de

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Il faut, au contraire, h propos de la vic.^ivée, insister sur les doctrines qui, chaque jour, vipipent justifier les désordres les plus notoires, si ce n*oîîf [wôme les pires dévergondages. Pour les raisons déjà** énoncées, ces étranges théories, ou du moins la plupaJt Centre elles, suscitent une moindre indignation chez ciîUrgui s'intitulent les honnêtes gens ; on craint d*avj!)ir- à réformer sa propre conduite et on trouve un refuge, commode dans le silence. Cependant elles mettent, prtus que toutes autres, en péril la prospérité sociale, puis;!qu'elles atteignent dans ses œuvres vives Tinstitution • familiale, c'est-à-dire l'atelier indispensable où s'élabore et se prépare la grande vie collective.

Si l'on excepte l'alcoolisme contre lequel une campagne encore très insuffisante a été entreprise, il n'est

cette association révolutionnaire, la Voix du Peuple, ne suffit pas encore, et de temps à autres, plusieurs milliers d'affiches vont directement, sur tout le territoire, provoquer l'attention populaire et exciter les masses à la révolte contre « les galonnés ».

La guerre déclarée au régime capitaliste et au patronat n'est pas moins ardente : on recommande le « sabotage ». « 11 serait nécessaire, dit la Voix du Peuple, que l'outillage soit réduit à la grève, c'est-à-dire au non fonctionnement... Se mettre en grève et laisser en l'état normal les machines et les outils est du temps perdu pour une lutte efficace. »

Quelques citations feront comprendre ce que doit être le sabotage :

« Désir de grève dans l'alimentation?... Quelques litres de pétrole ou autre matière grasse et odorante répandus sur la sole du four... et renégats ou soldats peuvent venir faire du pain... Ce pain sera immangeable, car les carreaux (au moins pendant trois mois) garderont l'odeur de la ma-

aucun désordfô de la vie privée, fùt-ii le plus abominable, qui/h'-^lt aujourd'hui ses apologistes et ses théoricions./|?îlrlosophes et poètes, romanciers et auteurs drainaii^ues s'emploient avec entrain, non pas à excuser, j^î>i« bien plus à justifier, à légitimer, à fonder en raisôh'^et en droit les simples caprices ou les plus étranges excès de la luxure. La complaisance que Ton •-Djet il célébrer les joies et les vertus des amants, le ., di;pit de l'homme aux jouissances charnelles, n'a '.••iTégale que celle avec laquelle on étale les conséquences •V fâcheuses du célibat continent ou de la chasteté, les souiïrances et les méfaits du mariage indissoluble et fécond.

Naguère, pour défendre le divorce, Diderot invoquait « la nature » et, après lui, George Sand et Victor Hugo se sont allficbés, pendant un demi-siècle, à célébrer

tU^rt* ol rinouhiueront au pain. Résultat : four inulilisable et à lUMUolir.

A IVsir i\o fçrôve dans la métallurgie?... Du sable ou de IVm^n ilttus les engrenages de ces machines qui, monstres f*buto«\» marquent rexploilalion du prolélariat ; ce sable ICM ^rûKor oos machines encore plus fort que le patron ou :c vVi«-v^^^''^î^*'^'» *^*' ^^ colosse de fer, le pondeur de travail, s^vt \NÀ . i À rimpuissance et les renégats aussi.

, Av^- ,î.^ grève parmi les limonadiers, garçons mar-

o.,,--^N v" ^ i^'?-. 0^16 le garçon serve double ration au

, ^, Lj^ nu du mois, le patron fera le total de ses

<,^«wUor, qui travaille à la cave, quand on u»'. - -.'^iMie » quelques robinets ouverts et les ......... »\ ïv fonction d'arches de Noé.

^ ^^^ , Lt» iv^«i ovomples à l'infini. Gela n'est point

.... -x nAitçxM^nètrer qu'on ne peut pas être ..u*. ; •'i <»^U l'être complètement. »

Famour, la passion, divinité suprême devant laquelle toutes les lois morales et sociales doivent s'incliner. L'argument tiré de «la nature» nous semble aujourd'hui moins simple et moins probant que ne le pensaient les encyclopédistes, et depuis que les Flaubert et les Zola ont dépouillé l'amour de ses parures romantiques, nous ne reconnaissons plus aussi volontiers les droits de la passion. Mais les théoriciens de l'immoralisme n'ont pas eu de peine à trouver d'autres positions, et d'innombrables « moralistes » et « psychologues » accommodent au goût du jour la défense des thèses chères à leurs concitoyens.

Au nom des droits sacrés de la personne humaine, de l'inaliénabililé de la liberté individuelle, du droit au bonheur, on proclame avec insistance que le mariage indissoluble est une « cause de dégénérescence de l'espèce », une « institution génératrice de vice, de misère et de mort (1). »

(( Le lien sexuel, dit M. Novicow (2), est contracté uniquement pour le bonheur des époux » et, M. Fournière, un des doctrinaires du néo-socialisme n'hésite pas à libérer des liens du mariage tous les époux que l'indissolubilité empêcherait de a travailler à leur propre développement » (3^.

Dans V Elargissement du divorce y MM. Paul et Victor Jtfargueritte écrivent :

« C'est parce que ce principe du droit moderne, proclamé par la Révolution :Za personne humaine est inaliénable; c'est parce que ce principe essentiel, expres-

(1) Naquet, Religion, Propriété, Famille, p. 244 et suiv. Paris, 1869.

(2) V A ffranchissement de la Femme, Paris, Alcan, 1903, p. 145.

(3) ^idéalisme social Paris Alcan 1898.

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^ ■•.^lième siècle, alors

i : !os vœux éternels,

ment le seul moyen d'en sauver les derniers débris.

D'ailleurs ces raisons ne sont pas les seules que Ton puisse alléguer ; aux intelligenGes plus réfléchies et plus nobles, que ne persuade pas la théorie du droit au bonheur, la Nora d'Ibsen offre des arguments plus sévères, presque ascétiques :

« Notre maison, dit-elle, n*a pas été autre chose qu'une salle de récréation. J'ai été poupée femme chez toi, comme j'avais été poupée enfant chez papa. Et nos enfants h leur tour ont été mes poupées à moi. Je trouvais drôle quand tu jouais avec moi, comme ïIs trouvaient drùle quand je jouais avec eux- Voila ce qu'a été notre maison, Forvald. 11 me faut être seule pour me rendre compte de moi-même et de tout ce qui m'etiloure,

Uelmer. ~~ Ah, c'est révoltant l Ainsi tu trahirais les devoirs les plus sacrés !

NoBA. — Que considères- tu comme mes devoirs les plus sacrés ?

Il£LM£U. — Ai-je besoin de te le dire ? Ne sont-ce pas tes devoirs envers ton mari et tes enfants î

Nora, — J'en ai d'autres tout aussi sacrés*

IkLMEa. *— Tu n'en a pas ! Quels seraient ces de-

NoRA, — Mes devoirs envers moi-même*

Helmer. — Avant tout, tu es épouse et mère.

Nora. — Je ne crois plus a cela. Je crois qu'avant tout, je suis un être humain au même titre que toi.., DU au moins que je dois essayer de le devenir. Je sais ^que la plupart des hommes te donneront raison, Forvald, et que ces idées-là sont imprimées dans les livres, mais je n*ai plus le moyen de songera ce que disent les hommes et à ce qu'on imprime dans les livres. 11 faut que je me fasse moi-même des idées là dessus, et que j'essaie de me rendre compte de tout. »

Autant vaudrait supprimer totalement le marla^e^et

c'est ce que propose M. Joseph Renaud qui constate d'ores et déjà « la faillite du mariage désormais remplacé par l'union libre » (1).

A voir l'accueil souriant que l'opinion publique a réservé à ces raisonnîments, on peut juger combien est grave et profonde la désorganisation des intelligences et des mœurs dans notre pays. Messieurs Paul et Victor Margueritte avaient eu soin de communiquer à toute la presse le texte de leur pétition ; or, en dehors de quelques journaux religieux dont le zèle confessionnel est d'ailleurs plus notoire que la compétence sociale, aucun journal important ne réfuta nettement les sophismes accumulés par les deux littérateurs; au fumoir, de graves messieurs, négociants enrichis ou professeurs décorés, déclaraient à tout le plus que « la question méritait d'être étudiée » et « qu'il n'était pas impossible qu'il y eût quelque chose à faire dans ce sens ». Peu de personnes semblaient se douter que la société croulerait comme une vieille barque vermoulue le jour où de pareilles doctrines feraient partie intégrante de la mentalité française.

Quand l'opinion publique est si accueillante, on peut se permettre toutes les audaces et, comme il fallait s y attendre, il s'est trouvé des publicistes pour penser que le moment était venu de proposer aux simples des innovations morales et sociales encore plus révolutionnaires. M. Joseph Renaud a écrit au nom de ses amis : (k nous revendiquons, avec simplicité, le droit ofîiciel kVayortement » (2), lequel serait moins éloigné qu'on

({) La faillite du mariage et l'union future, par Joseph ^'tik^^YauVomiie m. uu médecin, dont il est inutile de

n'affecte de le croire, du droit officiel à l'infanticide. Bien avant lui, M. Paul Adam avait peint, il y a quelques années, dans un roman, le tableau de la Salente qu'il rêve ; « c'est l'état de nature tout crû et tout simple où la femme se donne librement h Thomme qui lui platt, par cela seul qu'il lui plaît, tout de suite, sans autrement le connaître, à cause de sa mouslacho, de sa prestance, de son sourire ou de son regard, et l'État, complaisant pour ces couples d'une heure ou de moins encore, a ménagé des réduits propices partout et jusque dans les trains de chemins de fer ».

En cet état « de chiennerie pure », comme le dit avec une brutalité si juste l'éminent moraliste auquel j'emprunte ces lignes, M. George Fonsegrive, il est manifeste que les grands devoirs qu'imposent la transmission de la vie et l'éducation des enfants ne sauraient plus être acceptés des prophètes des « temps nouveaux ». Dans une longue préface d'un roman ordurier dont il vaut mieux ne pas citer le titre, un de ceux-ci expose avec cynisme que le mouvement de la civilisation moderne ayant eu pour effet d'assurer la maîtrise de l'homme sur les forces de la nature, il est temps de faire bénéficier enfin de ce progrès une des formes de l'activité humaine qui échappe encore au contrôle de la volonté ; aussi il est bon et salutaire que l'homme prenne toutes les dispositions qui lui plaisent pour arrêter la transmission de la vie.

Ces a précautions » sont encore un peu tracassières, et avec la crainte de « l'avarie », elles contribuent à

donner ici le nom, a fait paraître un ouvrage sous ce titre : Le droit à Vavortement. Des comptes rendus élogieux ont paru dans diverses revues et ont insisté sur le devoir qui nous incombe d'exercer toujours une critique sévère sur nos « préjugés ataviques ».

priver Thomme de « la pléoitude » des plaisirs sensuels qu'il devrait goûter, mais on peut espérer que le progrès de la science permettra bientôt d'assurer cette émancipation. Chaque semaine, des journaux et des revues socialistes ou libres penseurs rappellent aux médecins combien il serait urgent que leur science connût enfin le moyen d'empêcher à volonté la fécondation ou de traiter efficacement la syphilis.

En attendant cet heureux jour, d'autres citoyens estiment qu'il importe de propager l'usage des moyens actuellement connus d'arrêter la transmission de la vie, et, pour rendre plus active une diffusion qui se faisait pourtant par d'innombrables brochures, M. Paul Robin a fondé en 1903, la Ligue de la Régénération humaine, qui doit renseigner les ignorants et les naïfs sur les pratiques malthusiennes et sur leur légitimité (1).

u Le point essentiel de la véritable émancipation de la femme, dit M. Robin, dans un appel qu'il adresse aux femmes, et par suite de toute la race, c'est ù court tonne le remplacement de l'humanité de hasard qui <outTro partout aujourd'hui, par une population voulue, ntvol élevée dans de bonnes conditions. Les couples .>uo l'amour a unis doivent savoir que, pour que leur

■r.uv

» ^VL^Xtmancipateur du 15 février 1904, à la suite d*un

'^^>^ ;.,:»^ï^ £iftrc maternité, je relève rinformation que

" x-ie Je la Régénération humaine (suit l'adresse qu'il

niXv te pas donnei' ici). — Moyeu d'éviter les grandes

^.t' K-x'hyt** ^ fr. 30.— Brocluireltes à 5 centimes :

^i.»..it> * "v^ malernité ; Population, prudence pro-

-"" •ja-'^ Il nature ; Le neo-malthusianisme et la

^-^^■"^ * J^v-i- L'éducation intégrale.— Feuillets de

^-■*^ «. N>ct\mes le ceni.— liegenera lion, or-

association dure, il faut se garder d'en augmenter par négligence les inévitables soucis... Si vous avez déjà des enfants, vous pourrez les nourrir, les élever beaucoup mieux qu'en augmentant imprudemment lobr nombre.

« Si vous n'en avez pas encore, choisissez sagement, pour en avoir, le temps où votre conjoint et vous seroz dans de bonnes conditions probables de santé, de bienêtre et de sécurité.

« Cela dépend absolument de vous ; vous êtes absolument maîtresses de votre destinée. 11 ne faut pas que vous ignoriez, ni vous, ni vos compagnes de soullVances, que la science vous a émancipées de l'épouvantable fatalité d'être mère contre votre volonté ! »

Cette propagande est approuvée et encouragée par une masse immense d'hommes de toutes conditions. Au mois de mars 1904, le journal V Action relatait l'initiative de son « éminent ami Paul Robin, qui eut le mérite de recevoir les injures de toute la cléricaille, alors qu'il était directeur de l'orphelinat de Cempuis, où il sut montrer ses qualités de novateur hardi et puissant » et il. ajoutait simplement, après avoir reproduit les lignes que je viens de lui emprunter : « la besogne est ardue, mais l'œuvre est généreuse et la tentative mérite d'être signalée ».

ue rédacteur de VAction a tort de penser que la besogne est ardue ; elle l'est incontestablement beaucoup moins qu'il ne le dit, et c'est un fait avéré que plusieurs syndicats ouvriers en France, qui ne font d'ailleurs que divulguer parmi leurs membres les recettes depuis longtemps pratiquées par la bouigeoisie, attachent une grande importance à la diffusion de ces doctrines malthusiennes, pour l'élévation du taux des salaires et l'amélioration de la condition des ouvriers. UÉmancipateur, « journal syndicaliste bi-mensuel

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organe de la Fédération nationale des travailleurs réunis de la marine de l'État », dans son numéro du 15 février 1004, était heureux de signaler avec éloges « le beau discours de la citoyenne Nelly Roussel » sur la liberté dt* la maternité, et le rédacteur terminait son article par ct^tte phrase concise : « Aux camarades et compagnes intéressées de lire, de méditer et surtout d'agir (1).

(I) Voici un passage de ce discours où la citoyenne Roussel voulut « parler simplement, en femme, à des citoyennes, ses soeurs » : « En dehors de toutes considérations économiii^ues et philosophiques, nous avons d'autres raisons, nous femmes, de ne point accepter le terrible fardeau d'une focondité sans limites. L'ouvrier mal payé refuse son travail; If droit de grève n'est plus contesté aujourd'hui. Eh bien, M sommes-nous pas, nous les femmes, nous les mères, nous qui, de notre chair meurtrie, pétrissons toutes les vies humaines, sans jamais obtenir en échange autre chose çîune dédaigneuse indifférence, ne sommes-nous pas les iiisual payés de tous les travailleurs?... et quelle grève «?rtu pl'J* iWilime que la nôtre ?

1 Aûi «'lisions infâmes qui nous disent : « Tu enfanteras

àai« ^ i.^uîour, sans trêve, sans repos, sans gloire ! L'amour

'-i'aW c^* tt**^ souillure, et il faut tes souffrances de mère

rMS^ 'iii îW ï^^** crime d'amante !» et à la société féroce qui

. \-^ ■ fc Faw ta besogne, ô femme, il me faut des sol-

**** rmtîtTï* ^^ esclaves, il me faut des hommes à man-

** %1M» oppresseurs éternels, à tous les préjugés,

^ * ■ -Btvwtions, à toutes les fausses morales, à toutes

^^^'^t^ àt N»«traînte et de servitude, à tout ce qui

****^^ - WOB iwttW*^ ®^ "°"^ torture, nous répondrons

*** *^ jsisr*"-' ^* "°"^ ^^^^ dresserons, indignées,

j wxtt^ ' . tjjjiet«>«8ceux qui osent nous parler de

gg^^ iwaawB» ^^^ jf ionner notre vie goutte à goutte

p^j, ' w *~il^^^^*^ ^^ "^'^ flancs douloureux des

«ttV^tt» ■ \;^^**k uous mépriser ou des filles

Ainsi, de tous côtés, par le roman comnit» au théâlre, peu* les revues et les journaux comme par les brochiiros €t les conférences, la propagande des doctrines immorales se poursuit et se développe, exallant les droits â(* la passion et de la luxure (1).

destinées à la même vie de sacriGce et d*humilialion ! Trop longtemps, rhumanité, notre œuvre, a bafoué et renié son auteur : Tauleur exaspéré abandonne son œuvre : l'Arbre de Vie refuse des fruits à ses bourreaux !

a Allons toutes, ô sœurs, allons sans hésiter vers ceux qui nous apportent aujourd'hui la grande doctrine lib(*ratrice, la doctrine d'affranchissement de la chair, qui nous rendra maltresses de nos destinées ! Là n'est pas seulement ia Sagesse j c'est la Révolte qui nous y conduit. » (L'Emancipateur, loc. cit.)

On n'imagine pas la multiplicité des détails que Ton pourrait fournir sur cette propagande des doctrines néomalthusiennes poursuivie avec le concours des syndicats ouvriers. (Cf. L'ouvrier syndiqué, 15 mars 190G, 1er septembre 1906, 1«' novembre 1906.) A Brest, au cours d'une perquisition faite naguère à la Bourse du travail, on découvrit des objets ayant pour but de fournir les moyens pratiques de faciliter la diminution des naissances, et, en pleine réunion publique, un des meneurs, ouvrier de l'arsenal, n'hésita pas à affirmer que ces objets se vendaient dans la Bourse du travail. (Journal des Débats du 2 juin 190(i.)

(1) Par respect pour le lecteur, j'omets de relater ici certaines doctrines relatives au vice contre nature. On sait qu'il existe aujourd'hui toute une école de littérateurs réputés qui s'attache au récit des sensations inconnues du vulgaire: Il paraît que ces actes cessent d'être immoraux pour les artistes marqués du sceau divin, qui ont su se débarrasser des préjugés.

Dans un autre ordre d'idées, il y aurait lieu de rapporter aussi les doctrines sur le suicide libérateur. Aux yeux de Carlyle, le suicide n'était pas seulement un moyen d'éviter le mal, il était encore une source d'inspirations bienfai-

Je n'ignore pas qu'à la lecture de ces pages, plus d'une personne me reprochera de pousser au noir le tableau de l'immoralité, de généraliser abusivement des méfaits qui sont exceptionnels, en ajoutant qu'il n'est pas légitime de ranger dans le môme compartiment le divorce et ravortement,le malthusianisme et le vice de Sodome.

On alléguera pour le prouver que maintes personnes qui se déclarent partisans du divorce réprouvent au contraire avec indignation telles autres doctrines abominables qui viennent d'être rapportées. Mais on pout répliquer par deux observations sur lesquelles doit ^tre appelée l'attention loyale des hommes que pnwcupc l'avenir de notre race et de notre société.

IVune part, si l'on veut y regarder de près, on ne pourra manquer de voir que ces doctrines abominables quo Ton lopousse sont sœurs des autres doctrines que l'on a^lmot; elles ont les mêmes auteurs, elles s'alimontonl aux mêmes sources et le temps est proche, quoiqu'on on ait, où le mouvement social, bousculant Vv «lornitMvs barrières du pharisaïsme ou des accou- ^im.-^n«'«'î< ataviques, contraindra tous les esprits qui ^s^^^oMt i\ les condamner ou h les admettre toutes ,.>iv^^H^Mo. De cette prémisse que le respect de la I >. ;iiO mvlividucUe forme la base de notre droit public, j.i % luv oolte conclusion que l'indissolubilité du

., -jiaiKtioses et saintes. « L'éternelle négation avait

Ui>i.ii\lOi misérable bipède, lu es orphelin, pros-

imi\or«» csit à moi ; à moi le mal. » A quoi tout mon

i^ MA lit . vv Jo ue suis pas tien, je suis libre (par la

.' i-u' I tii tlo me suicider) et pour toujours je te

^ Cil .U i elle heure que j'incline ùdaler ma nouvelle

. . j^'iuucUis iuou baptême de feu; c'est alors peut-

/ v.nmav'uvaiu à être un homme. »

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mariage ne pouvait plus être acceptée,. qu'elle iin]u)<:iit à l'homme une sujétion intolérable, k spiTialfMiKMit dans un ordre de choses où Tobligation de fain* ou di* ne pas faire peut devenir non sculemtMit oppn'ssivt*, mais encore répugnante et immorale » (1); sur r«>lt<* donnée, on a établi le divorce pour motifs diH^rmiiif's et judiciairement reconnus. On s'était vanté d'niln*bailler seulement la porte de sortie, mais révéncinenl a démontré qu'une force irrésistible élait capable d(> l.i pousser davantage et même de l'ouvrir touti' grandi*.

Un des hommes dont la loyauté égale la vi^ruour intellectuelle, M. G. Deherme, témoin peu suspect en la matière, écrivait il y a trois ans : a Présentemenl, nous sommes dans l'impossibilité do remonter le courant qui nous entraîne. Ayant établi le divorce, nous sommes dans Tobligation de l'élargir. Et Télargissant aujourd'hui jusqu'au divorce par consentement mutuel, nous devrons l'élargir demain jusqu'au divorce par la volonté d'un seul, et après jusqu'à l'union libre. C'est fatal f (2) »

Ces courageuses paroles sont parfaitement justes, mais il faut les compléter en reconnaissant que l'union libre n'est pas, tant s'en faut, le seul aboutissement de ces maximes, et les autres désordres moraux que nous avons signalés cheminent aux côtés de Tunion libre. La même prémisse dont on a tiré la légitimité du divorce peut aussi bien servir d'appui aux protagonistes de l'avortement, du vice de Sodome ou de la chiennerie pure. N'est-ce pas une atteinte intolérable à la liberté que d'empêcher une femme de s'unir pour aussi peu de temps qu'elle le veut au mâle qu'elle agrée, et une femme enceinte n'est-clle pas également

(i) Naquet. Journal Officiel, 22 juin i876, p. 4400. (2) La Coopération des Idées , der mai d904, p. 386.

fondée à déclarer que sa liberté est supprimée dès là qu'on Toblige à partager son sang et sa chair, parfois au prix de sa vie même, avec le petit être encore insoupçonné des autres, qui s'agite dans son sein ?

J'adjure le lecteur de réfléchir longuement sur ces graves pensées ; s'il consent à le faire, avec la loyauté d'une inéthode impitoyable, il sera bien obligé de reconnaître que ce qui manque encore à l'opinion publique pour franchir les étapes, c'est l'entraînementl Mais cette lacune ne peut manquer d'être bientôt comblée, car les entraîneurs ne font pas défaut. D'ailleurs> il n'est pas au pouvoir de l'homme de professer une doctrine et d'empêcher en même temps l'apparition progressive des conséquences qu'elle doit logiquement engendrer. Que chacun sonde ses reins et scrute son intelligence ! Les jeunes générations ne sont pas d'humeur h. reculer devant les conséquences les plus extrêmes des doctrines que nous avons eu l'imprudence de leur vanter.

D'autre part, et en second lieu, lorsqu'il y a trente ans M. Naquet et M. Alexandre Dumas flls commencèrent en faveur du divorce leur vigoureuse campagne, ils annoncèrent, et ils croyaient eux-mêmes, que ce mode légal de rupture du mariage resterait exceptionnel, et leurs adversaires pensaient du moins que certains milieux, attachés aux croyances religieuses, refuseraient toujours de se servir des facilités nouvelles que la loi concédait. Vingt-trois années se sont écoulées depuis que la législation du divorce a été promulguée, et on a vu plus haut avec quelle rapidité l'institution s'est acclimatée dans les mœurs. La rupture légale de l'union conjugale a cessé de paraître un fait anormal ou exceptionnel, ce mode de dissolution du mariage, à force d'être légal, est devenu régulier, si bien que les milieux qui, il y a quelques années encore, se tenaient sur la réserve à l'égard

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des divorcés en sont venus à penser que celte altitude était entachée d'une pudibonderie surannée et Tout abandonnée. Or il est inutile de se leurrer soi-même ; un semblable travail d'acclimatation se poursuit sous nos yeux à l'égard des autres désordres moraux qui viennent d'être signalés, et pour ne prendre que deux exemples, je ne crois pas qu'aucun éducateur en contact avec les jeunes gens de vingt ou vingt-cinq ans conteste que, depuis quelques années, les méfaits d'avorlement et de vice contre nature ne se soient beaucoup multipliés. Ces méfaits n'excitent plus chez un grand nombre qu'une répugnance très atténuée, et l'amplitude de cette atténuation dépasse tout ce que Ton pouvait augurer ; tel vice, que des jeunes gens n'eussent autrefois osé avouer entre eux, fait maintenant l'objet de conversations fréquentes.

Ainsi, la raison atteste que cette extension est logique et nécessaire, tandis que l'observation méthodique des faits démontre que les mœurs et l'opinion acceptent cette extension : « La démocratie bourgeoise, écrit dans YAction le compagnon Malato, marche, c'est incontestable, à l'élargissement du mariage, à l'élargissement du divorce, et à une foule d'autres élargissements, sauf à eelui des antimilitaristes ! Mais il existe dans le cadre même — se disloquant davantage chaque jour — de la société bourgeoise, le noyau grossissant d'une société nouvelle dans laquelle purement et simplement on se passera du mariage.

a La liberté, alors? Ma foi, oui, toute la liberté. Liberté de s'aimer et de se le prouver, sans aller en demander la permission à autrui. Liberté de vivre ensemble, si les caractères se conviennent. Liberté de se séparer, si l'on ne peut se supporter.

« Que Tartuffe en prenne son parti. Les tendance» humaines sont dans cette direction et cela sera, v

Indubitablement, on lend à restaurer dans la conduite des hommes, comme dans leurs doctrmes, les principes du paganisme, et M, Brunetière a signalé avec raison les symptômes de cette a Renaissance du paganisme » dans la morale contemporaine. A Tenvi, (( on prêche fépanotjissement de tontes nos puissances... on découvre du divin dans tous nos vices,.,, on innocente, on glorifie, sous le nom de nature, tout ce qu'il y a de nature en nous, oubliant le mot de saint Augustin : vilium hominis^ naiura pecoris ; or cette divinisation des énergies de la nature, y compris les passions les plus grossières de rhorame, qu'est-elle autre chose sinon le retour aux pires doctrines du paganisme décadent et l'nlsiindon des conquêtes morales faites depuis dix-neuf siècles an prix des plus rudes efforts? (i) »

Encore une fois^ — et il est indispensable de le répéter k satiété, pour éviter toute méprise — on n'a point l'intention de nier qu*à côté des grands désordres moraux qui viennent d'être signalés, il n'y ait dans notre paj's, et en très grand nombre, des exemples admirables de vertu, de chasteté, de fidélité conjugale, de dévouement et d'abnégation, et on ne dira jamais assez qu'il existe encore chez: nous une phalange nombreuse de pères de famille qui, en dépit des traverses de la vie, accomplissent virilement leur tâche quotidienne, pour subvenîrpar le travail aux besoins de leurs enfants; d'épouses et de mères quL acceptent courageusement les lourdes ] charges de la maternité et de l'aménagement intérieur d'un foyer où la pénurie des ressources impose à chacun un perpétuel contrôle de ses désirs ; de jeunes gens enfin qui, malgré les excitations de râtelier ou les tentations que muUtphe une belle fortune, résistent à l'en- Iraînement coraraun, parce qu'ils savent que la loi mo*

(1) Conférence prononcée le 10 juin 1903*

raie défend d'y céder et que le service d'une telle souveraine mérite toutes les luttes et toutes les disciplines. Je le sais, et je sais aussi que ces beautés morales ne sont le monopole d'aucun milieu social, d'aucune croyance religieuse ou philosophique. En dépit de la crise morale que traverse actuellement l'humanité, celle-ci s'élèvera dans un avenir qui n'est pas très éloigné à une vertu plus haute, à une vie plus pure et plus consciente et, pour cette raison, les sociétés dans lesquelles nous avons le bonheur de vivre méritent les sympathies ardentes de toutes les âmes éprises d'idéal. Mais la question visée au présent chapitre est tout autre. Il s'agit de savoir si, à notre époque, il n'y a pas une masse immense d'individus qui en sont venus à considérer comme licites et légitimes les pires actes immoraux, et si surtout il n'y a pas, derrière ce contingent, une masse bien autrement nombreuse encore, dont la veulerie morale et le demi-dévergondage sont les complices plus ou moins conscients des excès des autres et dont, en tout cas, les défaillances morales offrent déjà une gravité certaine que le pharisaïsme de nos mœurs et le mensonge de nos conventions sociales voilent seuls à nos yeux. A cette question ainsi délimitée, il ne paraît pas qu'on puisse donner plusieurs réponses contradictoires, et il est même certain que la légitimité de la réponse affirmative n'est que trop surabondamment et trop clairement démontrée.

Après ce long exposé, il serait superflu de prouver que les différentes formes du mal moral, qui ont été signalées, nuisent au bien social, au progrès de la col-

lectivité, et constituent un péril dont la gravité est proportionnée à leur développement. Une nation est saine, forte et prospî^re, lorsque les membres qui la composent ont un corps robuste et vigoureux, une intelligence éclairée, formée h raisonner avec méthode et précision, une volonté vaillante, capable à la fois d'initiative hardie et de persévérance tenace ; lorsque les divers compartiments de l'activité sociale, Tagriculture et le commerce, l'industrie et la politique, le service de la religion et celui des cultures intellectuelles, recrutent sans difficulté un personnel bi^n formé et apte à répondre adéquatement aux exigences de la profession et du milieu. Or, il n'est que trop évident que les déchéances morales signalées rendent impossible la réalisation de ces conditions, et il serait facile d'énuméi*er leurs pernicieuses répercussions sur les divers éléments de la prospérité d'un peuple. Laissant de côté les répercussions d'ordre physiologique sur lesquelles on peut se renseigner, soit en visitant les salles des asiles d'aliénés ou des hôpitaux pour tuberculeux, soit en pareourant les innombrables rapports dans lesquels îos médecins signalent les ravages causés dans la santé wMi'lwo par l'alcoolisme et la luxure, soit enfin, et plus si-^îï^lomont, en écoutant le récit des mères qui pleurent -j* ~'s enlevé par la débauche (4), on se bornera ici à

-. ...vr^ji \\ serait à souhaiter que les relations, tantôt

.^, ^ ^i manifestes, tantôt subtiles et mystérieuses

^ "l.»B.M.' îi'.r* lo respect de la loi morale et la conserva-

\p^>^^inenl de la santé physique fussent mieu

^\^y'z:fsantialcooliques,quo.(\'\v\ge^\eca\i\8Ln

\.T\\.^ .. ■ ^^^^^^^^ggçiïient le savant docteur Legrain,

' "■■ '■' * '^ [^ «.-slère une étude fort curieuse sur Tin-

^ ' - ■" *'J^ .^ «rlw accidents du travail. I/auteur

*^^ - ^"'^ ■\^-.à.irtvaiU'unc année et les répartit

rappeler sommairement les répercussions spécifiquement sociales de ces infirmités sur le travail et la richesse, la famille, la religion et les pouvoirs publics. On sait depuis longtemps qu'une des principales raisons qui empêchent l'industrie et le connnorce français de lutter, comme ils le »levraient, contre la concurrence étrangère se trouve dans les désordres et Tapalhie égoïste d'un trop grand nombre de fils de famille qui, au lieu de s'élancer du terme de l'étape franchie par leur père à la conquête de débouchés nouveaux, préfèrent les divertissements d'une vie licencieuse ou la sinécure d'une fonction administrative, d'une carrière libérale, sans effort et sans responsabilité (1). De même

suivant les jours de la semaine. Du vendredi au samedi, les risques augmentent tout d'^un coup d'un tiers ; ils se maintienoenl au même niveau le lundi, puis décroissent durant les autres jours de la semaine. Ainsi la journée du mercredi ne fournit que 1.434 accidents, alors que celle du samedi en compte 1.876 et celle du lundi 1.997. Aussi certaines compagnies d'assurances conviennent-elles d'accorder une réduction sur la prime aux « abstinents ». De même, tous ceux qui se sont occupés de la réformation morale des jeunes détenus ou de l'enfance abandonnée ou coupable attestent que les progrès moraux de leurs pupilles entraînent toujours un accroissement de la vigueur physique.

(1) Qui pourrait nier la signification et l'importance des chiffres suivants, qui concernent le commerce extérieur comparé de la France et de FAUemagne ?

France. A llemagne.

En 1881 fr. 8.424.000.000 7.332.000.000

En 1905 9.435.000.000 15.209.000.000

Augmentation.

En 1905 1.011.000.000 7.877.000.000

Ainsi, tandis que nous avons augmenté notre commerce

quels dommages ne causent pas h notre agriculture ees propriétaires ruraux oisifs et inutiles, qui, au lieu de promouvoir le progrès agricole clans leur région, ne savent, avec le revenu des coupons ou des fermages quMls touchent, qu*entretenir tics meules et des équipages de luxe ou traîner leur ennui sur la C6te d'Azur et à travers les mondanités de la capitale? Qui dira combien les abus de la richesse, les gaspillages d'argent qui se multiplient chaque jour dans les grande3 villes, attisent les colères populaires et, plus que tous les pamphlets révoîutionnaires, suscitent les violences prolétariennes ? A coté de ce méfait positif que de bien on omet de faire t Des œuvres de culture et d'éducation démocratiques, dont le développement serait indispensable au progrès de la collectivité, périclitent faute de ressources.

De même, il n'est pas nécessaire de cherciier longtemps les raisons qui retardent en France le progrès si nécessaire du mouvement syndical pacifique, des groupements professionnels organiques et stables : rivrognerie (i), la débauche, la veulerie morale sont îà qui collaborent avec Tinsuffisante formation économique pour détourner les ouvriers du petit sacrifice pécuniaire

extérieur de i milliard M millions, les Allemands pendant la même période ont augmealé leur propre commerce de 7 milliards 877 millions de francs^ c'est-à-dire pltis de sept fois plus que nous.

Au total nous avons accrii nos affaires commerciales de 1/8 de leur chiffre tolal de 1881, tandis que les Allemands ont plus que doublé les leurs.

(1) Le docteur Lcgraîn, qui a maintes fois trafîé le lableau des ruines sociales qui sont l'edot de falL-oolisine, évalue à. 17 milliards la perte infligée à la fortune publique l'ram,aisc par rinlempérance alcoolique. {Coopération des Idées, mars 1906).

et de la discipline persévérante qu'impose la marche d'un véritable syndicat.

Chaque année, la licence des mœurs rend physiquement ou économiquement inutilisables des milliers de jeunes gens des deux sexes dont la société était en droit d'espérer la contribution au grand labeur collectif, et, pendant qu'elle poursuit son œuvre néfaste, le triple désordre de la chasse aux dots, du divorce et du malthusianisme désorganise la famille et prive la race des indispensables ateliers où doit s'élaborer la génération future. « La France s'en va faute d'enfants, déclare avec angoisse M. Ferdinand Buisson, et la natalité diminue à mesure qu'augmente l'aisance. Continuons ainsi, et dans dix ans, le nombre des conscrits allemands sera juste le double de celui des nôtres : les nombres étaient égaux en 1860. Y a-t-il un remède? S'il n'y en pas, c'est la fin, et de toutes la plus honteuse, car c'est la fin par égoïsme, par indignité de vivre (1). »

De même, le mélange astucieux des intérêts matériels ou politiques et des intérêts religieux a causé à la religion un dommage considérable et, par là, privé la société du concours moralisateur si actif que doit fournir une institution religieuse sainement organisée. Derrière l'autel on a défendu le trône, et à l'abri du Mystère de la Sainte Trinité plusieurs ont voulu mettre en sûreté leurs coffres-forts et les intérêts de leur groupe : il se peut que cette tactique ait servi la cause d'un certain nombre d'individus ou de certains clans

(1) Morale sociale, leçons professées au collège libre dès Sciences sociales. Paris, Alcan, 1899. — On connaît la phrase de Guillaume II à notre adresse : « Peut-on craindre un peuple qui n'a plus la force d'avoir des en-» fants ? »

fermés ; en tout cas, le préjudice infligé à la nation a été considérable. Qui dira aussi combien l'empressement à dénoncer ses frères et à accueillir les dénonciations, la surenchère méprisable dans la soumission obséquieuse ou la crédulité la plus dénuée de critique, indignes parodies de la foi traditionnelle et (Je la filiale obéissance qui convient aux enfants de la Lumière, nuisent au crédit de la doctrine chrétienne (4) ?

D'autre part, il est impossible de ne pas reconnaître avec M. Faguet que « l'anticléricalisme a fait beaucoup de mal à la France et qu'il continuera à lui en faire un qui est difficilement calculable ».

Enfin, il est inutile d'insister sur la, m al f aisance des diverses maladies morales qui affectent notre vie publique et nos institutions politiques : le fonctionnarisme et l'exploitation du pouvoir, l'oubli des devoirs civiques les plus élémentaires, les passions qui accroissent les divisions entre les esprits, toutes ces infirmités morales et d'autres encore compromettent gravement le bon fonctionnement des services collectifs de la nation.

(1) Que de mélancolie dans ces quelques lignes adressées par un correspondant au directeur de Demain : « Il y a eu et il y a encore, Dieu merci, dans le personnel des Facullés de théologie, des savants sincères et fidèles à la méthode. Mais la guerre qu'on leur fait tantôt sourde, tantôt ouverte, lasse les vocations. Ils disparaîtront. Les prêtres qui étudieront, dans vingt ans, seront des entomologistes ou des mathématiciens ; ils feront n'importe quoi, comme avant 1870 : tout excepté la science religieuse. J'en ai connu un, mort depuis longtemps, qui cherchait le mouvement perpétuel : ce n'était pas un sot, il s'en fallait ! » (Demain^ 7 septembre 1906.) — Cf. aussi Demain, 16 novembre 1906, sur l'étrange révocation de W. l'abbé Calvet, professeur à J'Jnstitut catholique de Toulouse.

Ainsi, pendant qu'on vante le droit de l'individu au bonheur, le caractère inamissible de sa liberté, le droit pour chacun de vivre sa propre vie, un universel esprit d'indiscipline, d'anarchie et de révolte se répand dans l'ensemble du corps social et en trouble tous les organes. La collectivité souffre, mais celte souffrance n'émeut plus les individus cantonnés dans leur égoïsme et, à certaines heures, le nombre des mauvais citoyens paraît si grand qu'il semble que l'édifice social tout entier chancelle sur sa base.

Toutefois, j'oserais dire que ce ne sont pas les heures de trouble civique qui sont les plus dangereuses, ni les pires excès du dévergondage des mœurs qui sont les plus nuisibles. Si nous leur attribuons une importance qu'ils n'ont pas dans la réalité, c'est d'abord à cause de notre inexpérience, c'est surtout par crainte d'être obligés de chercher dans notre propre conduite la véritable cause des maladies sociales. En matière d'hygiène, les médecins considèrent que ce qui est vraiment grave, ce n'est pas qu'il existe quelques milliers de tuberculeux à la troisième période qui vont mourir dans quelques semaines, ou quelques. centaines de malades atteints de la fièvre typhoïde qui sont en grand danger de mort : ce qui est vraiment grave, c'est de savoir qu'il existe une multitude immense de personnes dont la santé est fragile ou anémiée, dont la profession est insalubre, dont les mœurs irrégulières diminuent la vigueur ou qui vivent dans des conditions malsaines de nourriture et de logement. Ces personnes, toujours en état de réceptivité, cheminent au bord de l'abîme, exposées à y tomber elles-mc^mes et à y entraîner leurs descendants ; là est le vrai danger, le vrai péril physiologique. Ainsi en est-il en matière sociale : les individus qui tombent au dernier degré de la déchéance morale et de la dégradation sont très vite éliminés.

Comme ils n'ont d'ordinaire que très peu ou point de descendants, l'espèce s'en éteindrait vite, s'il n'y avait à côté d'eux que des individus jouissant effectivement d'une bonne santé morale. 11 s'en faut de beaucoup qu'il en soit ainsi ; le nombre est immense des débiles, des anémiés, et pour cette raison les maladies morales dont souffre la France contemporaine présentent une très réelle gravité sociale.

Paysans et ouvriers urbains, bourgeois et aristocrates, nous nous croyons d'honnêtes gens en dépit de la licence de nos mœurs durant notre jeunesse, en dépit de nos unions libres, de nos divorces et de nos pratiques malthusiennes, en dépit de notre ardeur à rechercher les grosses dots et de notre vie frivole et oisive ; sachons du moins — sans qu'on veuille ici d'aucune manière ni scruter les consciences, ni juger les conduites — qu'au point de vue social, c'est notre action malfaisante qui compromet le plus gravement la prospérité de la race et l'avenir de ce pays. L'hypocrisie nous cache notre responsabilité, et la tradition atavique, la naturelle retenue de notre milieu, les exigences professionnelles nous inclinent à croire qu'il y a un abîme entre les pratiques que nous nous permettons et les désordres que nous condamnons (4). Mais pre-

(1) Combien il serait à souhaiter qu'un moraliste, capable d'analyses rigoureuses, vint percer à jour les conventions mensongères sur lesquelles les honnêtes gens échafaudent trop souvent leur vie morale. Gomment ne voil-on pas que le droit au divorce implique le droit à l'union la plus fugitive, que le malthusianisme postule le droit à l'avorlement et au vice contre nature, que le droit pour les riches à la vie indéfînitivement oisive et jouisseuse suppose le droità la violence et ainsi de suite 1 On ne le voit pas ou, du moins, on 8e comporte comme si on le ne voyait pas, la clairvoyance

nons-y garde, la logique des doctrines et la marche progressive des faits nous interdisent les illusions. Quoi que nous en ayons, les actes que nous tolérons et ceux que nous proscrivons sont de même ordre ; il existe entre eux une différence de degré, qui assurément n*est pas négligeable, mais qui n'empêche pas qu'il y ait au fond identité de nature. Ils ont même origine :1a lâcheté, l'égolsme anarchique et antisocial. Si nous en doutons, il nous suffit de regarder les faits : la vie quotidienne ne nous atteste-t-elle pas que c'est dans nos rangs que se recrutent les victimes de la dépravation et de l'immoralisme. Pour tomber si bas, elles n'ont pas eu besoin de changer de doctrine, il leur a suffi de glisser insensiblement !...

ne fait pas défaut mais on préfère la pénombre des lllusioni demi-conscientes.

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