CHAPITRE
Une lacune au milieu de Funiversel progrès.
Un jeune homme qui n'avait pas étouffé en lui la noble et naturel désir d'épanouir ses puissances de vie, demandait un jour à un des maîtres les plus justement réputés et aimés de nos Universités françaises : « Où trouverai-je, selon vous, le spectacle le plus beau que Tœil de l'homme puisse contempler, le drame le plus capable de m'élever au-dessus des vulgarités et de provoquer en mon âme de fortes et saines émotions ? »
Le maître, qu'éclaii'aient en même temps les lumières de la foi et celles d'une intelligence formée aux méthodes scientifiques, le maître le regarda longuement, comme avait fait le Christ pour le jeune homme de l'Evangile, et, comprenant qu'il était pur, qu'il était désintéressé, il lui répondit : « Vous n'avez pas de longs voyages à entreprendre. Jetez les yeux autour de vous. Examinez la vie des sociétés modernes. Contemplez avec attention leurs luttes contre l'ignorance cl le mal, leurs efforts vers le mieux. Vous n'aurez pas besoin d'autre spectacle pour développer eu \o\3kS» ^m
suprême degr^'le sens bienfaisant de Tadmiration. Quand vous, connaîtrez mieux les péripéties de ce drame, /tours vous sentirez plus fort pour réaliser le bien,.^tttre ardeur sera plus généreuse au service de toutes les nobles causes. »
.^ P$i*'mi les hommes qui, à notre époque, font, ii des liilrès divers, profession d'étudier la vie et les institutions sociales, plus d'un, j'aime h le croire, serait prêt à tenir un pareil langage. N'est-il pas vrai en effet, qu'une « action » puissante est engagée, dont dépend l'avenir de l'humanité tout entière, et que nous nous sentons comme entraînés par le grand courant du large vers un état social où régneront plus de justice et plus de bonté ?
Au foyer, le chef de famille mieux rémunéré et moins écrasé par un travail trop pénible, peut faire bénéficier les siens d'une nourriture plus abondante et plus saine, d'une habitation plus salubre; h la ville et aux champs, les membres de la famille ouvrière com-r mencent à ne plus être considérés comme de simples machines à prodnire la richesse, et ils s'élèvent insensiblement h une condition plus conforme à la dignité humaine. La femme trouve plus de respect de sa personne et de ses intérêts, le mari n'est plus autorisé à la considérer comme une inférieure ou une servante, exposée parfois aux brutalités les plus odieuses et soumise toujours à une domination qui, pour être souvent protectrice, n'en est pas moins humiliante. Le droit de l'enfant au développement normal de ses énergies physiques et de ses facultés intellectuelles et morales est mieux défendu et contre la misère qui étiole la santé et anémie le corps, et contre les parents qui oublient parfois que la puissance paternelle est une charge et non pas une prérogative derrière laquelle se peuvent embusquer l'apathie ou l'égoïsme.
A Tatelier, le progrès de* m<^lhnf!f*« r! ér fot4ftlnip a fait uue réalité de ce qui r
doxe : avec une journri» «Jr ur» «^
laires l;irgr.ment accrus, la j^r ^tndail. â
un prix nioinrlre» des fnarcJiînidi«r» mims «jifir^rt»^ h nos besoins. La mttohiut* docîk ri | le travailleur manuel de cet effort mm risque toujours, en se prolongeant, de le fournit au niveau de la l>^ie de tomar^ttln hygiène des aie lie rg. la multiplicalkiii des i tecteurs. la prohilii certaio»
reuses ou insalubiv- goeot d*iioe
plus vive de la saiiié des emp^oyéu Loit^ve« i toutes les précautions, un accid^iit «uirieflL U : doctrine du risque |irofeâsiofiQd»eon*acré«4 par loutcs tes législations, ne permet plosqn^otte I ouvrière soit réiluitc à I4 tV' - ' " pai* là 1 ta mort de son cher; il est , u'ao toti4% de fir^
voyance doit être constitué pour reotrcli»'n du riipil.il humain comme pour la réparation de« machtnets ** " outils.
Parallèlement^ Tadmirable institution des syndKJilH professionnels dont nous faisons encore en France un si mauvais usage^ sauvegarde Tindépendance économique de ('employé vis-îi-vis de la conrurrence el de Temployeur, et à une époque où le régime de la grande tndusirîe semblait condamner Touvrier au rôle humiliant d'un automate, voici qu»* î irolV^nsionnel |>ermet au contraire d*wr* rinaûuel h la réglementation de râtelier elaux df^hhéi(il»iin« les plus délicates que comporl<ml kn iniAtéïn gAn^rnux de l'industrie.
De semblables progrès ont él gement do la vie collective e* f^ous sommes loin du temps où
narque ou quelques grands dignitaires avaient la mission de combiner, de prévoir et de commander, pendant que plusieurs millions de sujets avaient le devoir d'obéir. Nous estimons au contraire que la vie collective ne doit être organisée que par le concours de tous les citoyens d'un pays, appelés sous leur responsabilité à prendre parti sur la direction des intérêts communs. Démocratique dans ses origines, le pouvoir collectif nous apparaît aussi comme devant être démocratique dans ses fins, c'est-à-dire qu'il doit tendre à diminuer l'inégalité des conditions, ne fut-ce qu'en mettant à la portée de ceux que le hasard de la naissance ou de la fortune n'a pas favorisés, des moyens de conserver ou de développer leurs forces physiques, d'accroître leur culture intellectuelle. Les subventions fournies aux mutualités, les innombrables établissements d'assistance publique, les lois sur la répartition des impôts, sur l'enseignement à tous les degrés, sur la médecine gratuite aux indigents et l'assistance aux vieillards, bientôt, sur les retraites ouvrières, attestent combien en cette matière notre effort est sincère et notre ambition étendue. Et pourtant ce ne sont là que les premières manifestations d'une volonté réfléchie : nous voulons que dans la cité moderne, les privilégiés de la fortune ou de la naissance aient plus de devoirs et de charges, et que les petits et les humbles soient mieux écoutés lorsqu'ils demandent que pour eux aussi la vie soit moins dure et la lutte moins inégale.
Le sentiment qui nous pousse à établir des relations plus étroites et plus équitables entre les concito^^ens d'un même pays nous conduit encore à une connaissance plus exacte de ce que doivent être nos rapports avec les autres nations, membres comme nous de la grande famille humaine. La haine ou le mépris de l'étranger n'apparaissent plus comme des devoirs, et à
mesure que les doctrines d'isolement obtiennent moins de faveur, on se préoccupe d'instituer, à côté et au dessus des pouvoirs autonomes de chaque nation, des conseils administratifs ou judiciaires internationaux, chargés d'assurer plus de justice dans les relations extérieures et de mieux sauvegarder les intérêts communs à tous les peuples. Le développement des moyens de communication ne permet plus qu'aucun intérêt primordial soit exclusivement national. La production des marchandises comme la recherche des sciences, la préservation de la santé comme celle de la moralité, tout devient objet d'entente internationale, et il n'est pas jusqu'aux organes par excellence de la vie séparée et distincte des nations, je veux dire les années et les flottes de guerre, qui n'aient été utilisés dans ces dernières années, en Crète et en Chine, pour une œuvre de coopération internationale.
Enfin dans l'ordre religieux, des améliorations notoires ont été apportées. Qui oserait comparer nos prêtres et nos évêques aux « abbés » et aux « Eminences » de l'ancien régime, et quel cardinal voudrait aujourd'hui tenir le rôle du trop fameux cardinal de Rohan, surnommé la Belle Éminence, qui, à 22 ans (1), « beau prélat, fort peu dévot et fort adonné aux femmes, menait à Strasbourg un train de vie ruineux
(1) A cet âge le prince de Rohan était coadjuteur de Tévêque de Strasbourg et membre de l'Académie française. — L'un de ses prédécesseurs, Armand-Gaston de Rohan- Soubise, tenait sa cour à Saverne ; le palais comptait 700 lits et les écuries étaient construites pour 180 chevaux. L'oncle de la Belle Éminence recevait l'hommage de 69 seigneurs et était seigneur lui-même de cent vingt villes et villages, de plus de 100.000 âmes ; ses seuls revenus épiscopaux s'élevaient à la somme de 330.000 ÎVonua.
et invraisemblable à raconter. » Depuis vingt années, le» progrès de l'exégèse, de l'histoire et de la philosophie religieuses ont été tels qu'ils se sont imposés à l'attention du plus prévenu d'entre les incroyants, et parallèlement le nombre s'accroît tous les jours des jeunes hommes qui, aussi éloignés des combinaisons politiciennes ou intéressées que sincèrement attachés uux institutions démocratiques, déclarent simplement vouloir instituer en leurs âmes une vie chrétienne plus intime, [)lus personnelle et plus profonde (1). Manifesl<*ment, nous assistons h un renouveau religieux, à un mouvement cx[)ansif du catholicisme, « non pas de ce fantôme de catholicisme, ou plutôt encore de cet anarchJMme catholique, dont on ne trouve autour de soi, dauH les journaux et dans la vie, que trop d'exemples, niaiH bien de ce catholicisme vrai, traditionnel et vivant, li*l qu'il npparatt h travers l'histoire de ses docteurs, de Hi'H liéroN et de ses saints (2). »
AliiHi, HOUH la poussée du progrès admirable des wi'Icnn'H et d(îs moyens de production, les institutions «iM'Iiili'H (l(^ famille et de travail, de pouvoirs publics ii| dn rellKion, s'améliorent et se transforment ; ce iiroHn'^rt <'wt «I »'<■<■' <iwc Pl"s on en analyse les éléments \\\\\\^ iiiiMlMMln et [)atience, plus aussi on en admire la mtiHMllhMMiro et l'amplitude, et il faut plaindre les U\\\ lllH»*M0Oi< di^formées que le spectacle de ce grand v^Uv^> \\M* lo mieux laisse indifférentes. Oui certes, un ukv^usJs^ ^\^»VO*iu n'tMaboro, et aux heures orgueilleuses
\0 »* Av-V^^^VV^^v^* u»«^ ^r^!l intéressante brochure, publiée
.... u. , ♦..^j.hv v-^vM^Ut^ pour la défense du Droit: Abus
-. =. vt.'.iî'.» . V\\* U'ïW^iues français et étrangers.
. . : * ^, w . M,.>v ^*: \)Al^i»livîsme, par Victor Giraud.
oft nous serions lentes d'oublier le l;ilK»ur s<m'.uIjuiv clt*s giSnérationa qui nous ont précèdes, et saas lequel nous ne seribns rien, volontiers nous nous écrierions avec le poète :
Magnas aà intégra smchrum nmciturordo.
Pourtant, à côté de ces vastes champs où le moissoivneur récolle déjà les épis dorés et contemple avec joiô les moissons plus belles encore de demain, il existe au$si des Iburrés ténébreux où des masses innomltrables d'êtres humains poussent sans trêve des cris d'angoisse et de douleur, livrées sans merci aujc exploitations les plus odieuses de la force. Le désordre est si grand, la bataille est si ûpre entre les anarchies déchaînées, r|u1l semble, ù certains moments, que l'homme ait perdu Vaptilnde à constituer la vie sociah. Un malaise inexprimable s*empare de ceiioins esprits dont les sympathies intellectuelles étaient tout acquises aux formes sociales nouvelles; naguère confiants et fiers, ils se demandent maintenant si le progrès moderne n'a pas fait banqueroute et si ce qu'on a appelé de ce nom est autre chose que la forme inédite de réternelle torture infligée h une humanité qui, h travers tous les régimes économiques et politiques, serait du moins toujours assurée de beaucoup soulTrir (1).
ij(l)H est rare que ces désenchantements et ces désespèaces s'expriment publiquement. M. Dehernie, un des esprits les plus vigoureux du milieu démocratique, est mi des rares hommes qui aient eu ce courage pourtant si indispensable au progrès social ; mais dans les conversations privées les aveux sont fréquents. 11 y a quelque temps, un publiciste très connu pour son grand talent et la vigueur dti ses convictions libres penseuses et matérialistes m'écmQ.vV
De fait, orateurs et publicistes ne cessent d'attester qun nous subissons une crise sociale très grave, et cette crise générale se subdivise à son tour en d'innoml)r.ibl(»s crises de chaque institution et de chaque gr()U|)cnient social : la crise de la famille et du mariage, la crisfi ^i^^ Pécole primaire, la crise du capitalisme, la
I risi* du salariat, la crise de la vie morale, la crise du fwii liMiM'nlarisme, la crise du libéralisme, la crise des iiislihitions militaires, la crise du socialisme, la crise ili' Ifi fraiir. -maçonnerie, la crise des établissements irli^li'iix, la crise de la Foi, la crise du protestantisme, rir., rir. ; il n'est pas jusqu'à Tanticléricalisme, dont fin croyait pourtant la condition prospère, au moins t\t\\\H \u)[\v pays, qui, au dire de M. Ferdinand Buisson, iM' hoil MMMiaré d'une crise, par l'effet, il est vrai, de mm lriiMn|ilM! m^mc (i).
Un aih'Mi"' «1"^' ^^ ^® monde n'est dans le tremhliinctil que parce qu'il est dans l'enfantement ». Il »i. |MMit vl l'autour du présent ouvrage a trop de nmllann' d/iiiH les belles destinées de l'humanité pour
II in |iM« Mw p('rKuadé, — que cette réponse contienne
(Il M (M.iiMn l\ iMH' lollre qui l'invitait à participer à une i,iiiilitit iImmu lM(|iM'iie la crise du libéralisme devait être
,1,, lli In vmiK avouerai que je ne suis pas du tout
Il j. .M» M muMiipiT dos horreurs de notre temps. L'autre
, „, |,. ili.i.ila il ^t X... que j'étais si écœuréquejesentais le
I lu 'II. ini. M'ln«l<'»'<^""8 le passé le plus lointain... Pour
' I .»ii.i piiMiiinh^ <|H0 les sociétés modernes, et toutes
iiltou .. .hlii'inliH'nt vers la désorganisation et la
I |ii , t ,1 t|iM« iH»lro hypocrisie rend toute réforme
« I !• i((M(| \'\ il«ui« tous les milieux le pharisaïsme
.. . 1. iu-.( .t \i\\Uv raM'nliel ».