Partie ! où ça
ANTOINE
A la campagne... à Vauvert.
DE MARSAN
Comment! c'est impossible!... Toute seule?
ANTOINE
Non, monsieur. Elle est accompagnée de ce médecin, de ce non... *
.... »E M AR SAN , à part et passant à gauche.
Ah! traître!... Mais comment a-t-il pu si promptement la décider? Au reste, s'il s'attend que je vais souffrir cela... (Haut.) Antoine, vite une voiture!... ( A part.) Le convoi ne peut être encore parti! (Haut.) Une voiture, te dis-je •» !
* Antoine, de Marsan.
** De Marsan, Antoine.
ANTOINE, à droite, près do bureau*
Oui, monsieur, j'y cours... Vais-je accompagner monsieur?
DE MARSAN
Non ! Que diable ai-je besoin de toi? Va te promener l (n ?a
à la cheminée.)
ANTOINE, d'un ton pénétré.
Voilà la seconde fois de la journée que monsieur me traite avec une extrême rudesse.. .
DE MA H SAN, violemment.
Tu n'es pas content?
AN TO I N E , tremblant et venant près de lui.
Si, monsieur, je suis content.. Mais je me flattais... j'espérais qu'après trente années de dévouement, de fidélité et de probité...
DB MARSAN
Tu m'ennuies avec ta probité 1... Eh! morbleu! vole-moi une bonne fois, et laisse-moi tranquille! (u t'assied devant la cheminée.)
ANTOINE, avec une sévérité émue.
Monsieur est injuste. 11 blesse un vieillard.
* DE MARSAN, après un instant
Tu as raison. Je suis injuste, et pis que cela. N'y prends pas garde. Je t'aime et te vénère, tu le sais... Mais je suis tourmenté, vois- tu, — je suis malheureux... Tu me pardonnes,
n'est-ce pas ? (Il lui tend la main.)
ANTO I N E, attendri et lui baisant la main.
Oh! monsieur... Mais si c'est madame qui vous tourmente, c'est bien à tort. Fiez-vous-en à ma vieille expérience... (Riant en vieillard.) Le médecin y- perdra son latin... Il n'y a pas de danger»
DE MARSAN, se levant.
Non... n'est-ce pas? C'est ce que je me disais, c'est un caprice!
ANTOINE
Un pur caprice!
Et, au fait, je ne me donnerai même pas le petit travers de courir après eux.*
ANTOINE
Vous ferez bien, monsieur.
DE MARSAN
Au moins, je ne partirai que ce soir, s'ils ne sont pas revenus... Tiens, Antoine, je dînerai en garçon, à mon petit couvert, -—comme il y a douze ans. Tu me serviras. Nous causerons de ce temps frivole... Héî hél nous nous rappellerons bien des choses, mon vieil Antoine, (il m rassied.)
ANTOINE
Je m'en fais une fête comme monsieur.
DE M ARSA*N, après un silence, se tout brusquement et prenant son chapeau sur la cheminée; il se dirige vivement vers le fond* à droite.
Décidément, je vais retrouver ma femme!
ANTOINE, le suivant.
Eh bien* monsieur, vous avez raison!
DE MARSAN
N'est-ce pas? Viens avec moi, Antoine... partons!