SCÈNE III
DESSOLES, qui est assis sur la barrière, DE MARSAN *\
DE M A RSA lf , se frottant les mains, et Tenant l'asseoir près de lui. Eh bien, rival généreux, il parait qu'elle s'est endormie, hein! Ça n'est pas très-aimable, ça... mais ça me fait plaisir.
DESSOLES
C'est toi qu'on endort, mon président.
* Juliette, de Marsan, Dessoles.
** De Marsan, Dessoles.
DE MARSAN, viant.
Oui, — oui... Et... dis-moi... de quoi avez-vous causé?
DESSOLES
De rien, puisqu'elle dormait.
DE MARSAN
Mais elle n'a pas dormi tout le temps, je suppose?
Si fait, tout le temps.
DE MARSAN
Voyons, Pierre... te fais- tu un jeu maintenant de cette profonde misère que tu prétendais consoler?... A-t-elle dormi, oui ou non?...
DESSOLES, descendant U scène, en passant à gauche.
Pas une seconde *.
DE MARSAN, assombri.
Ah ! — Et puis, je te demande si tu as reconnu la justesse de nos conjectures, touchant l'état moral de Juliette ?
DESSOLES
Oui.
DE MARSAN
Diantre !... Et puisque cet état moral consiste, — pour parler franc, — à chercher... une passion, — lui as-tu donné lieu de croire qu'elle a trouvé ce qu'elle cherche ?
DESSOLES
J'y ai fait mon possible.
DE MARSAN
Ton possible, malheureux !... Il ne me reste plus qu'à apprendre que tu as transgressé l'article 3 !
DESSOLES
Quel article 3 ?
DE MARSAN
Le misérable l'a oublié )
Eh ! non... je me rappelle... c'e3t l'article par lequel je me suis engagé à te prévenir en cas de péril sérieux... Écoute, de Marsan... entre nous, le mieux serait de l'effacer, cet articlelà... car il est absurde.
DE MARSAN
Absurde, soit ! mais j'y tiens.
* Dcssolcs, de Marsan. 2 #
DESSOLES
Songe donc, mon ami, avec les femmes, tout est caprice... Eh bien, je suppose qu'en pareil cas tu te trouves absent, toi?
DE MARSAN
Je ne m'absenterai pas, sois tranquilles
PESSOLES.
Tu ne prétends pas, sans doute, rester toujours planté comme un mur entre ta femme et moi?
DE MARSAN
Mais, enfin, veux-tu me permettre de te rappeler qu'il s'agit de me rendre ma femme, et non de me la prendre? Et* vérité, il semble, à t'entendre, que ton intérêt soit seul en jeu maintenant!.,. Voyons, Pierre, encore une question: quelle était la cause réelle de cette animation extraordinaire que j'ai remarquée sur les traits et dans les paroles de Juliette?
DESSOLES
La cause réelle, c'était l'indignation.
DE MARSAN
L'indignation ? — Tu n'as pas oublié, j'imagine, le respect.,,
DESSOLES
Peut-être.
DE MARSAN, s'emportant.
Ce serait du moins une folle bravade— que de me l'avouer en face*
DESSOLES, de mêm«.
Eh bien, cette folle bravade, je la commets. — Il n'est pas question de respect dans l'article 3 !... Tu m'as prié de faire la cour à ta femme, — je la lui fais à ma façon !
DE MARSAN
Quand je t'ai prié de lui faire la cour, je pensais que tu la lui ferais honnêtement, avec décence, — comme il se pratique entre gens de bon.tou... je n'allais pas imaginer.,,
DESSOLES
C'est fort bien 1 — Et à quelle heure, s'il te plaît, passe le prochain convoi? J'aHàle petit sentier qui...
DE MARSAN
Tiens! promets -moi seulement d'être convenable, —et reste 1
DESSOLES
Convenable ? Du tout! je ne promets rien !... aussi bien, si tu crois que ça m'amuse... mais... c'est une corvée atroce... et je suis enchanté d'en finir! — Convenable, ma foi, oui ! le premier damoiseau qui va reprendre ma tâche en sousoeuvre te demandera tes conditions, n'est-ce pas ? Au revoir, mon ami !... tu m'en diras des nouvelles !
DE MARSAN, le prenant par le bras *•
Ne m'abandonne pas î... puisqu'il faut... oui... j'en suis convaincu, il le faut!... que cette épreuve ait lieu. — J'en aurai le courage. — D'ailleurs j'ai mon plan arrêté. — Reste, Pierre, reste... mais auparavant, répète un peu le serment à l'article 3.
DESSOLES
Je le jure ! (Us s'éloignent en se donnant le bras, par la gaucho.)
* De Marsan» Dessoles.