‹ La criseChapitre 9 sur 28 · DESSOLES, JULIETTE · texte numérisé non relu

DESSOLES, JULIETTE

JULIETTE; entrant sans la regarder» du fond, à droite.

Vous avez beau dire, votre cocher est bien décidément une oie!

DESSOLES

Est-il possible F

JULIETTE, riant.

Comment! c'est tous?... Et qu'est-ce que tous ayez fait de mon mari?

DESSOLES

Il est sorti pour prendre l'air.

JULIETTE

Prendre quoi?

DESSOLE3.

L'air, madame.

JULIETTE

Qu'il prenne. Je suis enchantée de tous voir seul un moment, docteur. Asseyez-vous. (Elle 6te son chapeau et arrange les cheveux devant la glace.) Que vous semble de mon mari?... Est-il malade? et s'il n'est pas malade, qu'est-ce qu'il a?

DESSOLES

Votre mari?... Mais je ne sais. — Qu'est-ce qu'il a donc?

JULIETTE. Ut s'asseyent à gauche. Dessoles près de la cheminée,

et Juliette près du bureau.

Je vous le demande. Concevez-vous un homme qui se promène la nuit dans sa chambre, comme un fou, — sans même être habillé?

DESSOLES, gravement.

L'avez- vous vu?

JULIETTE

Non... mais je l'ai entendu.. . c'est très-suffisant.

DESSOLES

Il est certain... qu'il a des bizarreries... et, à ce propos, pourquoi donc tient-il si fort à vendre votre villa... votre petit château des environs de Mantes... Vauvert, je crois, celas'ap-pelle?

JULIETTE, avec éclat.

Vendre Vauvert l... Il vous l'a dit?

DESSOLES, feignant l'embarras.

Non... Mais voyons, de vous à moi, madame, est-ce qu'il serait jaloux de quelque voisin de campagne?

JULIETTE, riant.

Jaloux! mon mari ! Ah ! grand Dieu !... Quant à ma villa, il la vendra d'autant moins que je compte y passer l'été.

Et c'est pourquoi, apparemment, il compte la vendre ce printemps. Voyons, madame, je suis fort indiscret : mais de Marsan a donc une raison bien sérieuse de ne pas vouloir que vous alliez à celle campagne, quand même votre saule, qui lui est si chère, y serait intéressée ?

JULIETTE

Ainsi, vous lui avez dit que ma santé se trouverait bien du séjour de cette campagne, et il a persisté à la vendre?

DESS0LE8

Je n'ai pas dit un mot do cwla.

JULIETTE

Voua ne savez pas mentir, docteur*

DESSOLES

Il y a un petit voisin de campagne, allons.

JULIETTE

Ni petit, ni grand! Mon Dieu! jaloux! M. de Marsan! Il y a dix ans, il ne Tétait pas... Ainsi, jugez! — Au reste, nous sommes bien bons de nous creuser l'esprit pour lui trouver un motif... Un homme qui se promène la nuit... c'est de l'égarement, voilà tout... Au surplus, j'irai dès demain m'établira Vauvert, et nous venons s'il nous vendra, ma villa et moi!

DESSOLES

Vous partirez comme cela sans le prévenir?

JULIETTE

Tout simplement.

DESSOLES, televant*

Ah! madame, il faut que je vous quitte, je vois cela! On ne sait où vous pousserait le.point d'honneur... Et si j'avais Pair de douter plus longtemps de votre énergie, (Riant.) vous seriez femme à partir sur l'heure ! (il se dirige vers le fond, à droite, en passant derrière le bureau.)

JULIETTE

Sur l'heure, non ; mais demain. Soyez persuadé dé ce que je vous dis, docteur

DESSOLES

Oui, oui, madame, j'en suis persuadé... Hé! hé! Mille respects ! (m salue.) Voulez -vous que je commande les chevaux à la poste en passant?

JULIETTE

Mon Dieu! quel homme!... je n'ai pas besoin de vos che« vaux de poste... j'ai le chemin de fer... du Havre,

DESSOLES, toujours goguenard.

Tiens ! je vais par là ! Voulez-vous que je vous j conduise?

JULIETTE, am résolution et se levant.

Oui. (Elle donne un coup de sonnette et saisit son chapeau,)* Etes-VOUf

isatisfait?

DISSOLBS.

Oui certainement, d'autant plus que, pour aller à la première station et revenir ici, il faut à peine trois quarts d'heure. Vous aurez montré du caractère, vous aurez fait votre petit coup d'État : de Marsan n'en saura rien, et tout le monde sera enchanté.

JULIETTE, arrangeant son ehapeaa.

Vous n'en croyez pas un mot; vous êtes le plus taquin et le plus insupportable des hommes.

DESSOLES

Je le crois si bien que... (il regarde sa montre.) Voyons, il est deux heures; je n'ai pas de visite sérieuse avant quatre heures... Je vais avec vous, si vous voulez.

JULIETTE, allant à lui.

Vrai? Vous êtes adorable ! Donnez-moi la main. — Je vous répète que vous êtes adorable 1 ( A Antoine qui est entré par le fond*.) Antoine, je pars pour Vauvertj donnez les ordres. Justine me rejoindra par le prochain convoi...

ANTOINE, stupéfait, à part et au fond derrière le bureau.

Sans monsieur?

JULIETTE

Vous riez, docteur? Eh bien, nous verrons qui rira le dernier. — Allons I

DESSOLES

Ah! la bonne équipée!... (ils sortent par le fond» & droite.) * Antoine» Juliette, Dessoles.

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