TRAHISON DE JACQUES CALDORA
de l'archevêque de Bénévent Gaspard Colonna, qui en fut quitte pour un emprisonnement1, certain prieur du nom de Thomas, personnage fort en vue, subit la torture, la dégradation, la pendaison et le dépeçage (17 juillet) ; ses restes demeurèrent exposés aux quatre coins de la ville 2.
Cependant la reine Jeanne vint, une fois de plus, au secours du souverain pontife, d'abord en opérant sur les terres de Caldora une diversion qui obligea le traître à rétrograder (9 juillet), puis en envoyant des troupes et des navires le long de la côte de manière à assurer le ravitaillement de Rome3, peut-être aussi en pro-
1. Son arrestation aurait eu lieu le 20 juin (Ughelli, VIII, 162). Il retourna dans son archevêché ; mais, peu avant sa mort (4 juillet 1435), je ne sais quels méfaits attirèrent de nouveau sur lui l'attention du pape, qui chargea le légat Vitelleschi d'informer contre lui et de le citer, au besoin, en cour de Rome : « Cum... ad aures nostras... hodie pervenerit venerabilem fratrem G., archiepiscopum Beneventanum, tam preteritis temporibus quam et de presenti enormia commisisse atque quotidie commitere, imo, ultra hocipsum, nonnullos suarum ecclesiarum suffraganearum prelatos atque clerum eorumdem, inexquisitis coloribus, plus solito more gravare, ex quibus, ut percepimus, lites, controversie et scandala gravia sunt exorta... » (Lettre du 21 février 1435 ; Arch. du Vat., Reg. 373, fol. 138 r°.)
2. Murât., III, n, 869 ; Infessura, p. 28 ; L. Pastor, Ungedruckte Akten, p. 20- 22 ; S. Antonin, Historiée, tit. XXII, cap. x, circa init. — Passé de l'ordre des frères Mineurs dans un autre ordre monastique et devenu prieur d'un couvent que l'on ne nous nomme pas, ce frère Thomas, fort en faveur auprès de Martin V, et qui révéla à Eugène IV l'existence de sommes importantes détournées par les officiers du feu pape (v. S. Antonin), ce prieur, dis-je, pourrait bien être Thomas « de Pileo », prieur clunisien du Pont-Saint-Esprit, au diocèse d'Uzès, qui fut chambellan du pape, protonotaire apostolique et, d'après une des sources qu'utilise la Gallia chrisliana (VI, 662), mourut en 1431. Il résulte d'une bulle de 1443 que Thomas « de Pileo » était de ceux qui avaient remis, après l'avènement d'Eugène IV, des livres, des vêtements, des joyaux, etc., entre les mains du vicecam'rier (Arch. du Vat., Reg. 367, fol. 274 r°). Autre circonstance à noter : dans la bulle en question, Thomas « de Pileo » est simplement indiqué comme trépassé, alors que les mots « bone memorie » sont accolés au nom d'un autre défunt, l'archevêque Gaspard Colonna : cette différence semble prouver que quelque mauvais souvenir restait attaché au nom de Thomas « de Pileo ». Cela s'expliquerait bien si Thomas « de Pileo » se confondait avec le supplicié du Campo dei Fiori. Je dois dire cependant que ce dernier portait le nom patronymique de « Campanus », si l'on s'en fie au discours prononcé lors de sa dégradation (L. Pastor, p. 22). — M. Pérouse (p. 95) confond à tort ce personnage avec un prêtre pérugin du nom de « Thomas Masii » qui avait vendu un bréviaire à Louis Aleman (Albanés, Gallia christ, noviss., Arles, n° 3477).
3. Bref du 11 juillet 1431 : « Decemviris balie civitatis Florentine... Benedictus Deus Israël, quia visitavit et fecit redemptionem plebis ! Nam, cum earissima in Christo filia nostra Johanna, Sicilie et Jérusalem regina, perpetratum ab illo
curant au pape les moyens pécuniaires de prendre à son service un autre capitaine, Nicolas deTolentino'1. Le résultat de ce dernier enrôlement fut une campagne brillante, dont l'honneur revint en partie à Jean Vitelleschi, de Gorneto, qui, sous le titre de« commisce saire et lieutenant en l'armée », surveillait les opérations-. Nom
[Jacobo Candola] facinus comperisset, nonnullas gentium armorum copias adversus terras et loca ab eodem Jacobo possessa celèriter destinare curavit ; cujus rei ad eum rumore perlato, confestim pedem retulit, die videlicet nona presentis mensis, noctu, ac quanta potest celeritate migrare nunciatùr. Itaque propter dilacionem aliquam intentionis nostre hujusmodi tergiversacione nichil nobis incommodi allatum putamus. Non enim dubium est quin, si fidelem nobis et sinceram operam, ut decuit, prestitisset, jamdiu fuisset debellatum. Verum tamen, quanquam, si prefatus Jacobus omnes in nos conatus suos effudisset, eramus tamen tune satis parati ad resistendum, sumus denique ab ejusdem periculo et infestatione, ut putamus, liberati. Classe vero dilectorum filiorum de Liga, quam, eamdem quam a vobis, oblacione habemus a dilectis filiis de dominio Venetorum, satis fructuose uti speramus et intendimus : ita tamen ut ipsius Lige nullo modo auferatur intentio. De qua re dileclus filius Beruardus de Medicis Dilectionem vestram reddet appertius certiorem. Ceterum quod ope Jacobi Candola, quoad principale propositum nostrum pertinet, efficere nequivimus, adventu et opère dilecti fdii nobilis viri Nicolai de Tollentino speramus nos celèriter admodum obtinere. Quamobrem, si quid ad illius expedicionem reliquum sit ex quo illius ad nos remoretur adventus, ut quantocius perficiatur placeat operari, frequentibus preterea litteris nunciisque, ut quam celerrimus ejus adventus sit, eundem excitare. Cum enim hoc impedimento absoluti erimus, quod quidem presto fore arbitramur, pleraque nobis grata et commoda speramus operari. Et, si nobis Deus vitam aliqualiter diuturnam concesserit, nos vestrorum erga nos et dictam Ecclesiam offîciorum non immemores experiamini. » (Arch. du Vat., Reg. 370. fol. 16 V.)
1. Lettres de remerciements adressées par le pape, le 18 juillet, à la reine Jeanne etau Grand sénéchal, JeanCaracciolo (ibid., fol. 25 v°, 26 r°). Le 27 juillet, Nicolas de Tolentino est nommé capitaine général des troupes de l'Église. Des lettres du 23 juillet, du 5 et du 9 août l'exhortent à hâter sa venue (ibid.. fol. 21 r°, 31 r°, 32 v°). Le 23 août, Eugène ordonne à Gian-Antonio, prince de Tarente, de poursuivre avec toutes ses forces le traître Caldora. Il écrit dans le même sens à la reine Jeanne (ibid., fol. 37 r°).
2. Dès le 8 mai 1431, Eugène avait nommé Vitelleschi son commissaire et son lieutenant dans l'armée alors commandée par Jacques Caldora. A cette occasion, il avait déclaré que ni Vitelleschi, ni aucun des clercs ou prêtres dont celui-ci s'entourerait n'encourrait la suspense ou l'inhabilité pour avoir assisté à des combats, massacres, homicides ou autres faits de guerre, ni même pour y avoir pris part, « etiam sévis et bellicis actibus immiscendo » (ibid., fol. 6 v°). De nouveau, le 3 août, Eugène nomma Vitelleschi son commissaire et son lieutenant en l'armée qui allait opérer dans le Patrimoine contre les rebelles. Le besoin s'y faisait sentir d'un prélat tout à fait sûr et expérimenté : celui-là, paraît-il, avait déjà fait ses preuves dans de graves et délicates conjonctures. Eugène l'autorisait à prendre toutes décisions, à donner tous ordres, à punir toutes désobéissances (ibid., fol. 30 r°). Une bulle fort analogue se trouve ailleurs (Reg. 371, fol. 135 v°) sous la date du 15 décembre 1431,
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destiné à devenir célèbre, et qui sera plus d'une fois prononcé au cours de cette histoire ! En discernant chez ce notaire apostolique de rares talents militaires, Eugène avait le coup d'œil juste : mais en quoi était-il obligé d'engager définitivement dans la carrière ecclésiastique et de nommer évêque de Recanati ce soudard fait pour la vie des camps l ?
Au surplus, les Golonna étaient à bout de ressources. De vagues pourparlers furent entamés avec Prosper ~ . Antoine enfin ayant souscrit aux conditions du pape, — versement à la Chambre de 75.000 ducats, restitution de Narni, de Soriano, de Canale, de Mugnano, de Nepi, etc. 3, — la condamnation du 18 mai fut rapportée le 12 septembre, tous les crimes absous, tous les biens restitués. Un seul coupable était excepté du pardon, le chevalier romain Antonio Battista 4, qui avait livré au prince la porte Saint-Sébastien 5.
1. Cette nomination eut lieu dès le 16 avril 1431 (Eubel, Hierarch. calh. med. œvi, II, 242).
2. V. un sauf-conduit délivré, dès le 1er juillet, par le pape au cardinal, valable pendant huit jours et motivé comme il suit: « Cum, sicut audivimus, nostro te velis conspectui presentare, sed ex certis causis venire dubites nostra licentia et fîducia non optentis... » {Reg . 370, fol. 13 r°.) — Il est à remarquer, d'ailleurs, que Prosper Golonna n'avait pas été compris nominativement dans les condamnations du 18 mai, non plus que son tout jeune frère Edouard, comte de Celano.
3. Lod. de'Rami (Murât., XXII, 226) ; Giorn. Napolet. (ibid., XXI, 1093) ; Neri Capponi(i'JW., XVIII, 1174); Ann. Forliv.{ibid., XXII, 216) ; Biondo,déc. III, 1. iv; A. Billi, col. 150; Cron. del Graziani, p. 355, 358 ; Cron. di Bologna, col. 640 ; Buonincontro, loc. cit. ; Murât., III, n, 869; J. Guiraud, p. 62, 138; L. Fumi, p. 615. Commission donnée, le 10 octobre, à Rosello Roselli, clerc de la Chambre, pour prendre possession des places restituées par Antoine Colonna (Arch. du Val., Armar. XXIX, t. 16, fol. 102 v°).
4. Arch. du Vat., Reg. 370, fol. 159 v". Cf. un mandement exécutoire du 20 mai 1432 s'appliquant spécialement à l'article suivant du traité conclu avec le prince de Salerne : « Et tutti li Romani, cxcepto messer Antonio Baptista, chi per cascione de la guerra se fecero adherenti e seguaci del Principe a principio guerre usque ad conclusionem pacis, se ritrovassero sfidati o condennati in Campitoglio o Corte di Roma, siano reaffidati e pozino stare nelle loro case, quanto tocha al publico interesse. » (Armar. XXIX, t. 16, fol. 233 v°).
5. Murât., III, ir, 869. — Le 25 décembre suivant, Eugène se plaignit que le prince de Salerne eût l'intention de céder à cet Antonio Battista la terre de Frascati ; il l'exhorta à n'en rien faire et à ne pas permettre à ce « fils d'iniquité » de résider dans le voisinage de Rome {Reg. 370, fol. 53 r°).
Encore restait-il à réduire le Préfet. La bulle qui l'excommunie n'est que du 1er septembre ', et la campagne qu'au mois de novembre commença contre lui le condottiere Fortebraccio, avec le concours de l'inévitable commissaire Vitelleschi 2, allait se prolonger durant plusieurs années 3.
Nous voici loin de Bâle. Et pourtant il fallait entrer dans le détail de ces combats, de ces alertes, pour juger équitablement l'apparente inertie d'Eugène IV. Il semble perdre de vue le concile général. En réalité, il ne faisait que courir au plus pressé : c'était la défense de Rome, c'était le recouvrement de ses Etats usurpés.
Et je n'ai point dit encore la plus pénible des épreuves qui, au début de son pontificat, fondirent sur Eugène IV, en lui ôtant l'usage de ses forces physiques et morales au moment où peutêtre il en eût eu le plus besoin. Vers le mois d'août 1431 4, un mal soudain — on a parlé d'un empoisonnement dont on a rendu responsables, bien entendu, les Golonna 5 ; plus simplement je conjecturerais une attaque d'apoplexie — mit, pour de longues