‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 118 sur 396 · LUTTE CONTRE LES COLONNA · texte numérisé non relu

LUTTE CONTRE LES COLONNA

un cheval éventré sous lui, se retrancha, un moment, dans le palais de Saint-Marc, siège de la Chancellerie, en fut chassé, battit en retraite, non sans laisser derrière lui plusieurs centaines de prisonniers.

Les Colonna pourtant demeurèrent plus d'un mois maîtres de la porte Saint-Sébastien. On voit de quelle sécurité pouvait jouir la cour de Rome. Une ville barricadée, une population sous les armes, les vivres hors de prix ; au dehors, une campagne incendiée et pillée ; Narni tombant aux mains d'Etienne Colonna ; la guerre se propageant jusqu'en Ombrie et dans le Patrimoine J ; pour comble de disgrâce, le Préfet, Jacques de Vico, se joignant aux révoltés 2, et, derrière tous ces rebelles, la main puissante, mal dissimulée, du duc de Milan Philippe-Marie, grand ennemi de Venise, du pape actuel, par conséquent, trop heureux, on le sentait bien, d'avoir une occasion de fomenter des troubles dans les Etats de l'Eglise, au moment où il s'apprêtait à porter un nouveau coup aux républiques ses rivales 3 : telles étaient les difficultés au milieu desquelles avait à se débattre Eugène IV, à peine assis depuis quelques semaines sur le trône pontifical.

Sa violence même témoigne de son embarras. A la citation des rebelles succède, le 18 mai4, leur condamnation solennelle :

1 . Murât., III, il, 872 ; A.Billi. Paolo dello Maslro, Biondo, Infessura, N. délia Tuccia, loc. cit. ; Cron. di Bologna, col. 639; C. Zantfliet (Ampliss. collect., V, 424) \Cron. del Gra.zia.ni Arch. stor. itnlia.no, XVI, i, 353) ; Monum. Concil., 11,718; L. Fumi, p. 612. — A l'attaque du palais Saint-Marc par Etienne Colonna, divers curiaux, notamment un acolyte du pape et un abréviateur des lettres apostoliques, perdirent des effets, de la vaisselle, des chevaux, des harnais, etc., "dont remboursement leur fut ordonné par mandement du vice-camérier du 14 mai 1431 (Arch. du Vat., Armar. XXIX, t. 16, fol. 25 v°).

2. A. Billi, col. 144, 149 ; Cron. delGraziani, p. 352 ; N. délia Tuccia. p. 54, 117. Cf. L. Fumi, p. 614. — Le 15 juillet 1431, Eugène IV, félicitant les prieurs et le peuple de Viterbe de leur résistance aux entreprises des factieux, les exhorte à s'emparer de la personne de Jacques de Vico : « Et seminatorem illum zizanie, si in aliquo modo apprehendere potestis, volumus eumdem in diligenti custodia vos tenere. » (Arch. du Vat., Beg. 370, fol. 18 r°.)

3. Biondo, loc. cit. ; A. Billi, col. 145 ; Cron. di Bologna, col. 636. Cf. G. Pérouse, p. 57, 58 ; Osio, III, 8 ; Kagelmacher, Filippo- Maria Visconti und Kônig Sigismund (Graswold, 1885, in-8u), p. 117.

4. « xv° calendas junii » 'Arch, du Vat.. Reg . 370, fol, 240 r°) ; cf. Rinaldi,

leurs biens seront confisqués, leurs demeures rasées, leurs armoiries grattées, leurs vassaux déliés du serment de fidélité, leurs fils réduits à la misère, leurs descendants exclus à perpétuité de toute carrière ecclésiastique ou civile ; quiconque leur vient en aide, ou se hasarde seulement à saluer Antoine du titre de prince de Salerne, encourt des censures graves. Puis, le 6 juin, deux cardinaux ont ordre d'agir contre les complices qui ne sont pas désignés nominativement dans la bulle [. Le 19, quatre commissaires sont chargés de rechercher, à Rome et dans les environs, les biens des révoltés, en particulier, de pratiquer la saisie des récoltes 2.

Ces actes de répression n'avaient peut-être pas, aux yeux du pape, une importance égale aux opérations militaires de Jacques Caldora, chef dune armée de secours envoyée hâtivement par la reine Jeanne de Naples 3. Mais il était dit qu'Eugène essuierait tous les déboires, y compris la trahison de son allié principal. Caldora avait eu à peine le temps d'enlever quelques châteaux à Antoine Colonna, quand, séduit par des arguments métalliques auxquels peu de condottieri savaient demeurer insensibles, il passa, avec ses troupes, au service de l'ennemi.

Ce n'était pas tout encore. Une conspiration s'ourdissait à Rome, paraît-il, pour livrer à ce même Caldora la porte Saint- Jean et le Château-Saint- Ange. On comptait recourir à un vieux subterfuge : des hommes d'armes, dissimulés dans des caisses, devaient être introduits à l'intérieur de la citadelle 4. Tout se découvrit à temps, et la répression fut exemplaire. Sans parler

IX, 96). C'est la bulle éditée mal à propos parMuratori (ÏII, n, 872) sous la date du 18 décembre : « xv° calendas januarii ».

1. Les cardinaux de Rochetaillée et délia Porta (Arch. du Vat., Reg. 370, fol. 11 v°).

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