‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 121 sur 396 · MALADIE DU PAPE · texte numérisé non relu

MALADIE DU PAPE

semaines, ses jours en danger. Il lui en resta de l'hémiplégie sur l'œil et sur le bras droits *.

Dans cet état d'infirmité, de souffrances, de déchéance, combien devait lui paraître inaccessible et éloignée cette contrée d'Allemagne où les pères de Sienne avaient eu la mauvaise inspiration de reléguer le concile !

Il convient d'ajouter que, de la région rhénane, lui parvenaient, en même temps que le grondement de la tempête hussite, d'autres nouvelles fort décourageantes.

Entre les deux partis ennemis de l'Angleterre et de la France, l'apaisement ne se faisait toujours point, — la meilleure preuve en est le bûcher qui venait de s'allumer à Rouen (30 mai), — et cette lutte séculaire, avait alors son contre-coup jusque dans le voisinage de Bâle. Frédéric, duc d'Autriche, allié du roi de France, en venait aux mains avec Philippe le Bon, duc de Bourgogne, allié du roi d'Angleterre.

Ce n'était que l'exécution d'un traité conclu l'année précédente avec Charles VII, aux termes duquel le duc d'Autriche devait envoyer une armée en Alsace avant le 25 juin 1431 2. Effectivement, dès le mois de mai, un seigneur de son parti,

1. J. de Ségovie (Monum, Concil., II, 32, 380). — L'examen des registres de suppliques montre qu'Eugène fut hors d'état d'écrire durant l'automne de 1431 (R. Arnold, Iieperlorium çfermanicum, Pontificat Eugens IV, t. I, Berlin, 1897, m-8°, p. xvn). C'est le cardinal Orsini qui souscrivit à sa place les deux bulles du 12 novembre dont il sera question plus loin (Monum. Concil., II, 69, 72). Le 29 du même mois, Philippe-Marie Visconti prévoyait que le roi des Romains pourrait bien ne plus trouver Eugène IV en vie, « per l'infirmità quale se dice che ha » (Osio, III, 44). Vers la fin de 1432, le cardinal Casanova faisait encore allusion à la maladie du pape qui l'empêchait de songer au voyage de Bâle (Bibl. nat., ms. lat. 1442, fol. 20 r"). Le 4 avril 1433, on constatai^ à Bâle que, d'après le rapport des médecins, l'empêchement allégué par le pape était perpétuel, ou du moins de nature à se prolonger longtemps (Ampliss. coll., VIII, 567). Enfin, en 1438, Jean Beaupère appliquait au pape cette parole empruntée au prophète Zacharie (xi, 17) : « O pasteur, ô idole, qui abandonne le troupeau ! L'épée tombera sur son bras et sur son œil droit; son bras deviendra tout sec, et son œil droit s'obscurcira et sera couvert de ténèbres. » Ces signes, ajoutait-il, apparurent dans Eugène dès la première année de son pontificat, et, bien qu'il se soit un peu remis, il en reste des traces (Monum. Concil., III, 120).

2. A. d'Herbomez, Le traité de 1430 avec le duc d'Autriche, dans Revue des Quest. hist., XXXI, 1882, p. 415, 416.

Petermann de Morimont, avait commencé par jeter en cul de basse-fosse, dans le pays de Montbéliard, divers messagers bourguignons que les démarches des gens de Bâle ne parvinrent pas à faire remettre en liberté '. Cet attentat et l'envoi des

1. Sur cet incident, demeuré obscur jusqu'à présent, la lettre suivante de l'abbé de Vézelay aux gens du Conseil de Bourgogne résidant à Dijon (Bâle, 1er juin [1431]) jette beaucoup de lumière. On y voit cpie l'attentat de Petermann de Morimont est antérieur au 20 mai, que le chapelain de l'abbé de Vézelay et son compagnon furent seuls remis en liberté dès le 30, que neuf autres Bourguignons demeurèrent prisonniers, trois dans la « fosse » du château de Plcujouse, six dans une localité inconnue : « Vous plaise savoir que, il y eust dimenche .viij. jours que on me dit qu'on avoit prins les serviteurs de Mgr entre Montbeliart et Lille, lesquelz venoient de devers lui et s'en aloient en Bourgongne. Pour quoy, le lundi au matin ensuivant, je menay ung des ambassadeurs de l'Université de Paris à ceulx du Conseil de ceste ville : et pour ce que je savoye bien que le coureur estoit l'ung des prisonniers, et qui pourtoit lettres à M. le Chancelier de par ledit Mgr, par le quel j'escripvoye des nouvelles touchant le Concilie et aussi à M. de Clugny par son serviteur qui y estoit, nous requismes auxdiz du Consel, sans nommer ame, comment lesdiz prisonniers emportoient lettres faisant mencion dudit Concilie, que y vousissent remédier, ad ce que lesditz prisonniers feussent rendus, et aussi ilz feroient très grant plaisir audit Mgr. Lesquelz incontinent envoyèrent aux bailliz des ducs d'Auteriche et de Montbeliart et aussi à Piètre de Morismont, qui les avoit prins, en escripvant audit Piètre qui les delivrast et aux dessusditz bailliz qui feissent diligence de les faire délivrer. Le jeudi au matin après ensuivant, je receus une lettre de Montbeliart contenant comment ledit Piètre avoit prins mon chapellain et ung autre avec lui, lesquez venoient de Bourgongne, et furent prins tout en une heure avec les autres, et que le coureur lui avoit dit. Et incontinent je refournay audit Conseil de ceste ville, et leur di; lesquelz escrivirent audit Piètre plus expressément que par avant, et à Mgr de Balle, qui lui escript aussi sur ce. Et aussi fei-gemoy audit Mgr de Balle, qui estoit à une sienne forteresse apellée Delemont, assés près de la forteresse où estoient lesdiz prisonniers apellée Plugeuse. Le quel mondit s1 de Balle vint dimenche passé en ceste ville pour ceste cause, ainsi comme il me dit; et aussi fit le dessusdit bailli d'Auteriche ; aux quelx je requiz qu'ils feissent délivrer lesdiz prisonniers. Et, mecredi passé, le seigneur de Bamestain m'amena en mon hostel en ceste ville mondit chapellain et son compaignon, aux quelz on restitua tout ce que on leur avoit prins, jusques à une maille près inclusive, et furent bien traictées durant la demeure quilz firent ou dit chastel; mais les autres demourerent en la fosse jusques au jour que ledit coureur en parti ; auquel jour les .vj. des dessusditz furent menés autre part on ne scet où, et les trois autres demourerent en ladite fosse ; entre lesquelx estoit le serviteur dudit M. de Clugny. Et de puis ay tousjours parlé à ceulx de ceste ville pour eulx. Et, ce soir, ung chevalier nommé messire Arnoul de Boupart me conseilla que je parlasse audit sr de Bamestain qu'il fit tant qu'il eust lesditz prisonniers devers lui jusques à la journée qui se doit tenir à Montbeliart. Lequel au jourduy j'en ai prié qui les amenast en ceste ville en pleigant ung chascun d'eux pour tous eulx. Lequel m'a respondu que, tout ce qu'il en pourra faire pour l'onneur dudit Mgr, il fera, et m'en rendra response dedens lundi qui vient, combien qui lui semble que ledit Piètre n'en fera rians, s'il n'ont causion bourgoise... Affin que je seusse mieulx qui seroit expédient de faire pour lesdits prisonniers, j'ay ouvertes les lettres de

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