NOMBRE INFIME DES PÈRES DE BALE
des plus graves censures, s'il refusait de conclure une trêve au moins pour la région des environs de Bâle '. C'est seulement vers le 10 octobre que ces efforts aboutirent à une suspension d'armes ; encore ne fut-elle jurée que par quelques capitaines, et pour durer seulement jusqu'au 21 décembre ~. Sur un ton ferme, Sigismond avait fait valoir auprès des ducs de Bourgogne et d'Autriche qu'il y allait de l'existence du concile :!. Puis, à peine conclue, la trêve fut violée par le fait du sire de Varambon, qui s'avisa d'envahir et de ravager le comté de Ferrette : cela nécessita de nouvelles démarches pour que Philippe le Bon se résignât à payer les indemnités voulues 4. Un concile convoqué à proximité d'un tel foyer de luttes avait-il la moindre chance de jamais pouvoir se réunir ?
Ce qui permettait encore plus d'en douter, c'est le nombre dérisoire des ecclésiastiques qui s'étaient déplacés, durant ces premiers mois, pour venir au rendez-vous fixé depuis plus de sept ans. Le seul étranger arrivé à Bâle à l'échéance du terme de mars 1431 était cet Alexandre, abbé de Vézelay, dont on avait fait, dans les derniers jours du concile de Sienne, un président de la a nation française » in extremis. lien avait été réduit à protester, devant le clergé de Bâle, qu'il ne dépendait pas de lui que la règle de la périodicité des conciles généraux ne reçût son application stricte 5 ; puis, durant près de six semaines, il
1. Monum. Concil., I, 91, 96, 99, 100, 106, 112, 113, 117, 120.
2. Jean de Haguse, p. 118, 12 i . Lettre de Nicolas Lami au chancelier Rolin datée de Bâle, le 18 octobre 1431 (orig.); elle rend compte des pourparlers entamés à Délie, et poursuivis à Bâle, avec les capitaines bourguignons, des difficultés que soulevèrent ceux-ci, du consentement qu'ils finirent par donner à une forme de trêve que le légat se disposait à soumettre au chancelier Rolin (Bibl. de Dijon, ms. 957, fol. 289). Promesse de cinq capitaines autrichiens datée du 12 octobre ; homologation du duc de Bourgogne en date du 24 (Arch. de la Côted'Or, B 11933 ; D. Plancher, Hist. de Bourgogne, IV, Pr., p. xcv).
3. Lettre de Sigismond au duc de Bourgogne, datée tantôt du 25 (D. Plancher, IV, Pr., p. xevi), tantôt du 30 octobre (Bibl. nat., ms. lat. 1516, fol. 249 r» ; Ampliss. collecl., VIII, 41 ; Monum. Concil., 1,129).
4. Jean de Raguse, p. 129, 130 ; D. Plancher, IV, Pr., p. c, ci.
5. Protestation du 4 mars 1431 {Ampliss. collée t., VIII, 1; Monum. Concil., 1,68; P. Brunet, Concil. Basil., II, 3). — La mémoire de l'abbé de Vézelay le sert impar-
s'était morfondu dans l'attente. Les premiers délégués de l'Université de Paris n'avaient fait leur apparition que le 9 avril. Un évêque, celui de Ghâlons, et un abbé, celui de Giteaux, s'étaient montrés le 11, mais pour repartir aussitôt : on avait néanmoins profité de leur présence pour organiser une maigre procession ' . Au mois de mai, le chapitre général des frères Prêcheurs tenu à Lyon n'envisageait encore la célébration d'un concile général que comme une éventualité douteuse ~, et le pape, constatant qu'il n'était arrivé à Bâle que peu ou point d'ecclésiastiques, écrivait au légat qu'il pouvait vaquer sans crainte aux affaires de la croisade, qu'il n'y avait point urgence, qu'une fois la question des Hussites réglée (ce qui ne tarderait guère), il serait temps qu'il se rendît à Bâle pour y prendre les mesures qu'il jugerait opportunes en tenant compte de ses instructions et du fameux décret Frequens 3.
Gesarini fit mieux. Il ne jugeait plus sans doute préjudiciable à la croisade l'ouverture du synode. Tout en se disposant à suivre l'armée en Bohème, il délégua pour présider provisoirement à sa place Jean de Raguse et l'archidiacre aragonais Jean de Palomar.
Ceux-ci, après s'être entendus avec les magistrats pour l'institution d'une commission de bourgeois permanente et pour les mesures à prendre au point de vue de la moralité publique, ouvrirent le concile le 23 juillet, en vertu de cette délégation. Quatre français étaient présents. Malgré ce nombre dérisoire,
faitement : il prétend que le concile de Sienne a été dissous le 2 mars 1421, et que, par conséquent, le concile de Bâle devrait s'ouvrir le 3 mars 1431.
1. P. Brunet, p. 5 ; Jean de Raguse, p. 70; Jean de Ségovie, p. 15.
2. Monumenta ordinis fralmm Prsedicatorum historica, t. VIII ; B.-M. Beichert, Acta capitulorum generalium, III (Borne, 1900, in-80-, p. 220.
3. Lettre du 30 mai (Arch. du Vat., Armar. XXXIX, t. 7a, fol. 128 v°), éditée par Binaldi (IX, 102) sous la date du 22 mai, et dans l'Histoire de Jean de Ségovie [Monum. ConciL, I, 106) sous celledu 31. Elle parvint au légat, à Nuremberg, vers le 27 juin (ibid., p. 86). Gesarini en altère singulièrement le sens quand il prétend qu'elle lui ordonnait de se rendre immédiatement à Bâle au cas où cela ne compromettrait pas le succès de la croisade [ibid., p. 83).