‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 126 sur 396 · OUVERTURE DU CONCILE · texte numérisé non relu

OUVERTURE DU CONCILE

l'assemblée se considéra désormais comme un concile œcuménique, régulièrement constitué par l'autorité du saint-siège et représentant virtuellement l'Eglise universelle J.

Les événements, d'ailleurs, se chargèrent de procurer au légat, plus tôt qu'il ne pensait, les loisirs nécessaires à l'accomplissement de sa tâche présidentielle. L'armée de 40.000 chevaux réunie à grand'peine fondit en un clin d'œil à l'approche des Hussites. Dans la honteuse déroute de Taus, Cesarini perdit sa croix, son chapeau de cardinal, la bulle même du pape qui l'instituait légat. Hors d'état de réparer le désastre ou de rallier les fuyards, il ne lui restait plus qu'à se replier sur Bâle. Sa piteuse apparition y eut lieu le 9 septembre 2. Désormais, comme s'il eût voulu prendre sa revanche, il consacra à l'organisation du synode toute l'énergie vaillante qui ne pouvait plus trouver d'emploi sur les champs de bataille. Tant en son nom qu'en celui des pères, des lettres pressantes furent aussitôt lancées de tous côtés afin d'ébranler les retardataires 3. Point de pompe, point d'escortes nombreuses; mais accourir au plus vite, ou, en cas d'impossibilité, envoyer des représentants : il s'agissait d'éteindre l'incendie déclaré dans la maison du Seigneur. Au surplus, en faisant défaut, on s'exposait à encourir l'excommunication -'.

En attendant que cet appel ému produisît quelque effet, le petit groupe des pères faisait triste figure l. Des ambassadeurs

1. Monum. ConciL, I, p. 86, 90, 91, 101, 105 ; P. Brunet, p. 7, 9.

2. Ibid.,p. 13. Cf. Deutsche Reichstagsakten, X, 138. — Le pape, mal renseigne, fixa plus tard cette arrivée au mois d'octobre (Monnm. ConciL, II, 157).

3. Avant de quitter Nuremberg pour sa campagne de Bohême, Cesarini avait déjà fait préparer des lettres à l'adresse des prélats et des princes (Jean de Raguse, p. 90).

4. Lettres datées les unes du 17, les autres du 19 ou du 24 septembre, d'autres enfin du 7 octobre 1431 (Bibl. nat., ras, Iat. 1517, fol. 31, 35, 37, 40; Musée britannique, ms. Cotton Cléop., E III, fol. 51; Monum. ConciL, I, 110, 115, 116; II 32; Comptes rendus de VAcud. de Vienne, 1852, p. 606).

5. On a pourtant exagéré en prétendant que Cesarini trouva seulement à Bàle deux maîtres parisiens {Monum. ConciL, II, 157; cf. J. Haller, ConciL Basil., I. 285).

de Savoie crurent nécessaire de les prémunir contre le découragement : mieux eût valu, disaient-ils, ne pas se réunir que de se disperser dès le début *. Jean de Raguse lui-même, en écrivant à Eugène IV, n'osait affirmer l'existence actuelle du concile, mais parlait seulement d'un tout petit conventicule, bien humble, bien dévoué à la personne du pape ?.

C'est comme ambassadeur de ce groupe de nombre intime qu'Eugène IV, le 2 novembre 1431, vit arriver à Rome le parisien Jean Beaupère3. Trop célèbre par son rôle dans le procès de Jeanne d'Arc4, ce docteur avait fait preuve déjà, au concile de Sienne, d'une souplesse qui lui permettait d'évoluer aisément au gré des circonstances •' : son manque de scrupules et de caractère aide à comprendre l'attitude qu'il prit à Rome, si je ne m'abuse, en 1431 (i.

Il était chargé de démontrer au pape, au milieu de protestations de dévouement et de reconnaissance, la nécessité du con-

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