INDIGNATION DES PÈRES ET DU LÉGAT
de jour en jour, malgré les rigueurs de l'hiver: on prévoyait pour le printemps une affluence considérable. Le légat avait même célébré, le 14 décembre, une première session '.
Quant au péril hussite, c'était précisément l'argument que Cesarini développait de préférence pour montrer l'impossibilité d'une dissolution ou d'un ajournement à dix-huit mois. Dix-huit mois ! il n'en fallait pas tant aux hérétiques pour répandre leur venin, et aux Allemands pour achever de se déchaîner contre les clercs. Soit qu'on prît le parti de recourir encore aux armes, soit qu'on se décidât à ne plus user que de la persuasion, la présence du concile était indispensable : dans le premier cas, pour voter les subsides, pour se procurer les fonds que le saint-siège n'avait point su, ou n'avait point voulu réunir; dans le second cas, pour soutenir la discussion loyale à laquelle les Hussites étaient convoqués. Fallait-il donc que, l'Eglise se dérobant au dernier moment, les hérétiques pussent se proclamer invincibles aussi bien sur le terrain de la doctrine que sur les champs de bataille? Fallait-il laisser croire aux fidèles stupéfaits que la raison, comme la force, était du côté de ces hommes qui, dans leurs libelles inso-
(ihid., n° 170),puis'pour six ans (lettres du duc d'Autriche, d'Innsbruck, le 24 mars 1432; Arch. de la Côte-d'Or, B 11933: cf. B 1647, fol. 78 r° et v°; D. Plancher, IV, Pr., p. cxvm; Deutsche Keichsléigsakten, X, 402, note 1), tandis que des trêves de deux ans étaient conclues entre Philippe le Bon et Févêque de Bâle (acte de l'évêque daté de Delémont, le 13 avril 1433 ; Arch. de la Côte-d'Or, B 11933). Le moindre incident risquait pourtant de renouveler la guerre, et, vers la fin de l'année 1431, les pères eurent une alerte, comme il résulte de la lettre suivante adressée par le légat Cesarini et par le concile, le 31 décembre, au Conseil du duc de Bourgogne, à Dijon : » Benuntiatum est nobis quod dominus Emen Dufey, capitaneus de Montsaugeon, et bastardus de Bergey noviter diffidarunt dominam Montisbeligardi occasione cujusdam querele Philippi de Lengres, et suscitant novumbellum. Ex quovidemus iterumsacro Concilio impedimentum afferri, quod beneficio treguarum quas nostro rogatu inivistiscredebamus esse sublatum. Nam, quocumque pacto guerre fiant, tutus accessus venientibus interdicitur. Bogamus magnificientias vestras ut huic rei provideatis, nec patiamini hoc tempore illi domine bellum inferri, presertim cum ipsa velit se submittere domino baglivo illustrissimi domini ducis Burgundie et quod judicatum fuerit adimplere. De eo nobis singularitcr servietis. » {Ibid., B 11912, n° 171 . : cf. n°s 179, 180, 188, 189.)
J. Monum. Concil., H, 47-02, 79: J. Haller, II, 21,575, 577.
lents répandus par toute l'Allemagne, ne cessaient d'attaquer la foi, le clergé, la papauté? Disperser le synode, c'était renoncer volontairement aux secours armés qui s'offraient — ceux de la noblesse allemande ; — c'était tromper et irriter le duc Philippe le Bon, — qu'on croyait alors disposé à entreprendre une nouvelle croisade contre les Tchèques ' ; — c'était replonger sous la terreur et provoquer à la défection toutes ces populations auxquelles le légat avait appris à se tourner vers Bâle. Pour ce dernier, forcé de manquer à ses promesses, il ne lui restait plus qu'à se livrer lui-même à ceux qu'involontairement il avait abusés : ils seraient libres de le vendre, s'ils voulaient, aux Hussites ! Il ne demandait pas mieux que de mourir martyr. Ce qu'il repoussait énergique ment, c'était le scandale et le déshonneur 2 !
Cesarini alléguait encore les autres affaires que le concile, à l'insu d'Eugène IV, s'était mises sur les bras, et qui demeureraient en souffrance : les pourparlers entamés aA^ec les villes de Magdebourg et de Passau, qui avaient expulsé leurs évêques, les tentatives de médiation entre le roi de Pologne, le duc deLithuanie et les chevaliers de l'ordre Teutonique, entre les rois de France et d'Angleterre. Ce dernier argument devait peu toucher le pape: il estimait sans doute son intervention suffisante ; à ce même moment, il occupait un de ses légats, le cardinal Albergati, à négocier le rétablissement de la paix entre les deux royaumes 3.
Eugène IV devait aussi goûter médiocrement le ton distrait et
J. Au mois de novembre 1431, le concile cherchait, par l'entremisede l'Électeur de Cologne, à entraîner Philippe dans une expédition contre les Tchèques. En prévision de l'acceptation du duc, il voulait persuader au pape de lui octroyer un subside et pour cela de lever une taxe sur toute l'Église (ibid., p. 558). Au mois de janvier suivant, Cesarini'se faisait l'illusion de croire que le duc de Bourgogne venait de traiter avec le roi de France par égard pour le concile et avait exprimé, dans cet accord, le désir de se consacrera l'extirpation de l'hérésie hussite (Monum. Concil., II, 100:. T. Haller, II, 560: cf. D. Plancher, IV, Pr.,p. lxxxixxcn ; Beaucourt, II, 442; Kervyn de Lettenhove, Œuvres de G. Chastellain, II ^ 213 et suiv.).