Monum. Concil., II
2. Mansi, XXXI, 166. Cf. une lettre de l'évêque de Ratisbonne (ibid., p. 168).
Les malintentionnés, s'il y en avait à Bâle, changeraient vite de dispositions en voyant le pape si favorable, et leur souci serait, non seulement de sauvegarder, mais d'accroître l'autorité apostolique.
Eugène était, en conséquence, adjuré de faire savoir qu'il avait été mal informé, qu'en réalité il voulait la continuation du synode. On le suppliait d'écrire dans ce sens à l'évêque de Parenzo, ou tout au moins de différer jusqu'au mois de juillet la dissolution du concile.
Dans le cas contraire, le légat faisait entrevoir les pires éventualités. La violence des colères qui venaient de faire explosion montrait que les pères étaient prêts à tout plutôt que de se disperser. Ils se souvenaient de Sienne, et ne voulaient plus être bernés. Le crédit de Gesarini était déjà fort ébranlé. Les pères avaient résolu de continuer le concile. Ils poursuivraient, ils lapideraient quiconque, fût-ce le légat, essaierait de les dissoudre ou de les proroger; si Gesarini quittait son poste, ils le remplaceraient: c'était le schisme à brève échéance l.
Rien de plus exact, effectivement, que cette peinture de l'état des esprits. Le concile, au même moment, chargeait deux ambassadeurs, Louis de la Palu, évêque de Lausanne, et Henri Stader, doyen d'Utrecht, de plaider sa cause auprès du pape au moyen d'arguments analogues à ceux de Cesarini 2 : avantages de Bâle, inconvénients de Bologne, honte qui rejaillirait de la dissolution sur le pape et sur la cour de Rome. Mais, s'ils n'obtenaient point d'Eugène l'abandon, ou du moins l'ajournement de son projet, ces émissaires avaient ordre de lui parler sur un ton menaçant ; les pères étaient résolus à ne point quitter Bâle avant l'accomplissement de leur triple mission, extirpation de l'hérésie, rétablis-