RÉVOLTE DÉCLARÉE DES PÈRES
Ainsi la poignée de clercs et de prélats qui prétendait, en vertu de la quadruple institution de deux papes et de deux conciles, représenter à Bâle l'Eglise universelle engageait, dès ce premier mois de l'année 1432, la lutte contre le souverain pontife. Elle se disait concile, et, comme tel, à partir de son ouverture canonique, ne connaissait plus de maître sur terre. Armée du fameux décret de Constance de la cinquième session, elle consentait encore à solliciter du pape une rétractation ; mais déjà, prévoyant le refus du saint-père, elle proclamait son droit à la désobéissance, bien plus, elle prétendait que la chrétienté lui obéît. Pour provoquer ainsi la révolte de ce petit groupe jusque là si soumis, il avait suffi de la menace, non pas de le disperser définitivement, mais de l'ajourner à une époque et dans un lieu peu éloignés. Qu'allait donc accomplir de si considérable l'assemblée de Bâle avant le mois de mai 1433? Car telle était la date du rendez-vous fixé à Bologne par Eugène. Mais, indépendamment de l'urgence de certaines affaires qu'il semblait impossible de retarder, le souvenir des atermoiements de 1423 et 1424 obsédait, je le répète, l'esprit des hommes de 1432. Après une longue attente, on tenait le concile : on ne voulait pas risquer de le laisser échapper.
Toute cette résistance se manifesta — on l'ignore généralement — avant que les gens de Bâle eussent connaissance des secondes bulles d'Eugène IV '. La lenteur extraordinaire des communications entre Rome et l'Allemagne à l'époque du concile mérite d'attirer l'attention : elle explique, dans cette histoire, bien des circonstances obscures, bien des malentendus ignorés. La bulle de dissolution du 18 décembre avait mis plus de vingt-trois jours
1. Remarquez que Gesarini, dans sonépître du 13 janvier, parle seulement de la « faculté qui lui est donnée »de dissoudre le concile (p. 97) et ne fait aucune allusion au reproche d'avoir convoqué les llussites à Bàle : ce reproche, en effet, ne se trouve que dans la bulle du 18 décembre.
à venir de Rome à Plaisance [ ; il lui en fallut environ cinquante pour arriver jusqu'à Bâle 2.
Dans cet intervalle, le nombre des pères s'était encore accru :;. Le duc Guillaume de Bavière était venu prendre son poste de protecteur du concile (3 février). Amédée VIII, duc de Savoie, dont le rôle devait avoir une si étrange importance, avait envoyé une ambassade, encourageant les pères, promettant son concours, annonçant le départ de ses représentants et de quelques-uns des principaux membres du clergé de ses états 4. D'Allemagne étaient venues d'autres nouvelles rassurantes. D'Italie, le roi des Romains écrivait aux pères : « Courage ! Nous sommes avec « vous jusqu'à la mort !... S'il fallait voir ce concile se séparer, « comme les précédents, sans résultat et sans motif, pour la « perte de la chrétienté, il nous paraîtrait fade de vivre plus « longtemps parmi les fils des hommes ! » Et non seulement il exprimait la conviction qu'Eugène, mieux informé, se raviserait, sous peine de souiller son règne d'une tache indélébile, mais il insistait lui-même auprès du pape, en faisant valoir que le concile ne céderait pas, se sentant soutenu par la plupart des princes. On conçoit comme de telles assurances, que Sigismond lui-même communiquait aux pères, devaient les affermir dans leur résolution ■'. « Tous ici, écrivait-on de Bâle le 9 février, « entendent continuer le concile ; car non seulement l'Empe- « reur, mais presque tous les princes d'Allemagne et le duc de