‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 168 sur 396 · LE CLERGÉ DE FRANCK ASSEMBLÉ A BOURGES · texte numérisé non relu

LE CLERGÉ DE FRANCK ASSEMBLÉ A BOURGES

bassade venue à Rome pour lui faire obédience, en même temps que pour négocier la conclusion d'un nouveau concordat1. Ces diplomates s'étaient beaucoup trop avancés. En réalité, Charles VII, embarrassé par les avis contradictoires qu 'il recevait, voulait demander conseil au clergé de son royaume. Par lettres datées de Chinon, le 14 janvier 1432, les prélats de Langue d'Oïl et de Langue d'Oc furent convoqués à Bourges pour le 26 février 2. La discussion, commencée en retard, se prolongea peut-être jusque vers le mois d'avril 3. Pour ou contre la dissolution les orateurs s'escrimèrent ; on épuisa les arguments de droit naturel et de droit divin. Enfin les résolutions suivantes furent prises, dit-on, à l'unanimité.

Canoniquement assemblé, non seulement utile, mais nécessaire, surtout pour soutenir la lutte contre l'hérésie, soit par les armes, soit par la parole, le concile de Bâle méritait d'être soutenu. Avant que le conflit devînt irrémédiable, Charles VII était donc supplié d'interposer sa médiation : en son nom et au nom de l'Eglise gallicane, il enverrait à Rome une ambassade qui demanderait au pape et au sacré collège de laisser le concile suivre son cours. A vrai dire, il écrirait aussi à Sigismond, au duc de Milan et au duc de Savoie, pour que, tout en continuant à s'intéresser aux pères, ces princes missent obstacle aux entreprises contre le saint-siège ou contre les Etats de l'Eglise qui

l.Hist. de la Pragmatique Sanction de Bourges sous Charles VII, p. lix ; Deutsche Reichstagsakten, X, 389.

2. Charles VII mandait à ses officiers de transmettre immédiatement les invitations, de peur que les prélats ne prissent prétexte de la brièveté du délai pour retarder leur arrivée : « Et gardez. . . que en ce n'ait point faulte. .., car la chose nous touche bien avant. »(Bibl. nat., nouv. acqu. franc. 7627, fol. 353.) — J. Haller (I, 123, note 1) doute à tort de l'exactitude de cette date.

3. Elle était terminée le 12 avril : à cette date, le résultat en fut communiqué, à Issoudun, aux conseillers du roi. La lettre d'Amédée de Talaru à Louis de la Palu, où sont fournis ces renseignements, est datée de Pierre-Scise, le 28 avril (Mansi. XXIX. 634). Celle du même archevêque au concile de Bâle porte également la date du 28 dans le ms. 1982 de Douai (fol. 100 r°), dans le ms. Strozzi 33 de la Laurentienne (fol. 13 v°) et dans l'édition de Labbe (XII, 1001), mais porte par erreur la date du 18 dans le ms. lat. 1575 de la Bibl. nat. (fol. 59 r°).

risqueraient d'envenimer irréparablement la querelle. Mais ce sage esprit de conciliation n'empêchait pas l'assemblée de Bourges de manifester ses préférences : elle priait le roi d'envoyer prochainement des représentants à Bâle et de permettre aux prélats du royaume de s'y rendre. Afin de couvrir les frais de ces déplacements, elle votait la levée d'un quart de décime et stipulait que le pape ne pourrait pas imposer en France d'autre subside sans le consentement du concile l.

C'était surtout le péril hussite qui avait impressionné l'assemblée. La question bohémienne passionnait d'autant plus les esprits qu'on craignait de voir l'hérésie gagner du terrain même en France. Un district dauphinois avait, paraît-il, envoyé des subsides aux Tchèques, et l'on se souvenait, non sans terreur, des doctrines professées parles bandes révolutionnaires que, dans le comté de Forez, le bailli de Màcon avait eu à soumettre ou à exterminer quelques années auparavant 2.

Les décisions de l'assemblée de Bourges avaient été, d'ailleurs, en grande partie amenées par l'intervention d'un prélat qu'on dépeint sage, pieux, spirituel3, habile, et qui, avec ses grands traits fortement accusés, son nez en lame de couteau et sa parole non moins tranchante, sa myopie, qui faisait contraste avec sa clairvoyance 4, présente une des ligures les plus curieuses et les plus saisissantes du haut clergé français contemporain d'Eugène IV 5.

1. Bibl. nat., ms. lat. 1575, fol. 19-23 ; Bibl. de Douai, ms. 1982, fol. 100-103; Bibl. Vat..ms. Reg. 1017, fol. 139-143; Mansi. XXIX, .401 . Cf. Monum. Concil., II, 137 et suiv.

2. Cf. Aug. Bernard, Histoire du Forez (Montbrison. 1835, in-8°), II, 44; A. Steyert, Nouvelle histoire de Lyon (Lyon, 1897, in-4°), II, 603.

3. Cent cinquante ans après sa mort, on vantait encore ses bons mots (A. Steyert, II, 611). Faut-il ranger parmi ceux-ci la plaisanterie étymologique à laquelle il se livra dans sa lettre au concile du 28 avril 1432 (Labbe, XII, 1001) ? Il félicitait les pères d'être solidement établis à Bâle, « in Basilia, quae basis, firma in base, sive petra, Christo. liaque, quœ, more Liée, multos in utero proprio gestans patriarchas... »

4. Monum. Concil., III, 219; J. Gauthier, Le missel et pontifical d'A. de Talaru, dans Bibl. de VÉc. des chartes, t. XLIX, 1888, p. 353, 358.

5. Il y avait, dans l'assemblée, de fortes préventions contre Bâle : le souvenir de l'attentat commis, à Constance, lors du concile, contre Louis de Bavière-Ingol-

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