‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 169 sur 396 · ROLE D AMÉDÉE DE TALARI · texte numérisé non relu

ROLE D AMÉDÉE DE TALARI

Amédée de Talaru, archevêque de Lyon, fut désigné par l'assemblée pour se transporter auprès du pape, et l'on espérait que le roi lui donnerait même mission de son côté.

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Amédée de Talaru reçoit des mains de Martin V la bulle de confirmation de la primatie de Lyon.

(Ms. de la Bibl. du grand séminaire de Besançon.)

Notre prélat se disposait donc à entreprendre le voyage de Rome, quand un nonce du pape, le liégeois Jean du Mont, lui présenta, à Lyon, les bulles d'Eugène IV contenant les ordres que

stadt (cf. La, Fr. et le Gr. Sch. d'Occid., IV, 384) faisait dire qu'il n'y avait en Allemagne aucune sécurité pour les conciles œcuméniques : c'est Talaru (du moins il s'en vanta plus tard) qui, par ses assurances et ses démarches, décida le clergé de France à se rendre au concile de Bâlc [Moniim. Concil., III. 139).

l'on sait, et, naïvement, lui demanda de le guider dans ses démarches. C'était mal s'adresser. Talaru lui objecta les décisions du clergé de France, conformes d'ailleurs à son sentiment personnel, puis, lui dépeignant le triste accueil qui l'attendait près du roi, le découragea de son mieux. Il lui fit même scrupule de s'acquitter d'une telle tâche, lui docteur allemand, lui maître de la foi, et, s'adressant à quelques-uns des prélats que Jean du Mont se proposait d'aller voir, les prémunit contre les effets de l'éloquence du nonce. C'estainsi qu'en 1432 un primat des Gaules comprenait le devoir d'obéissance envers le souverain pontife.

Renonçant à entraîner Talaru vers Bologne, mais cherchant tout au moins à le détourner de Bâle, Jean du Mont lui parla de la possibilité de transférer le concile à Avignon, à Besançon ou à Lyon. Si attrayante que fût pour l'archevêque cette dernière perspective, Talaru n'eut garde de se laisser séduire, et trouva de graves objections à faire à chacun de ces projets K

Pendant ce temps, on sondait les conseillers du roi : bien que fort occupés à des négociations avec le duc de Bourgogne, ils se montrèrent favorables 2. Regnault de Chartres, en particulier, le Chancelier si sévère pour l'œuvre de Jeanne d'Arc, annonça, avant même la décision royale, qu'il comptait prendre part au concile de Bâle et conseilla à ses chanoines de Reims d'en faire autant 3. Il promit, de plus, à Talaru de tenir tête aux ambassadeurs qui, à leur retour de Rome, tenteraient peut-être d'orienter dans une autre direction la politique de Charles VII. L'approbation de celui-ci, d'ailleurs, ne faisait point de doute 4. On pré-

L. Pour Avignon, la cherté du pain et le voisinage immédiat delà France, qui éloignerait les prélats appartenant à des pays ennemis de Charles VII : pour Besançon, l'influence prépondérante du duc de Bourgogne, qui effraierait soit les Français, soit les Anglais, dans le cas où les négociations actuelles aboutiraient ; à Lyon enfin, l'inconvénient que présentait Avignon et, de plus, l'extrême cherté des vivres.

'2. Lettre d'Amédée de Talaru à Louis de la Palu, déjà citée.

3. « Et ego mittam procuratorem nomine meo ; nec volo ab ipsis excommunicari. Et sic facietis, simihi credatis » (ms. de la Mazarine 1688, fol. 17 v" ; Ampliss. collect., VIII, 31).

4. Dès le 11 février, on avait lu, à Bâle, des lettres de Charles VII annonçant

LA FRANCE DONNE RAISON AU CONCILE loT

voyait, après la fin des conférences de Dijon, la réunion dune nouvelle assemblée du clergé où seraient discutées les matières destinées à être traitées dans le concile général : mais, que ce concile lui-même dût se tenir àBâle et s'y tenir immédiatement, c'était un point acquis, sur lequel désormais on ne pouvait plus revenir. Les décisions de l'assemblée de Bourges avaient été communiquées au Parlement, aux Universités, aux prélats du royaume ; Talaru s'était empressé de les faire connaître, à Rome, aux deux cardinaux Aleman et de Rochetaillée. Le concile pouvait compter sur l'appui de la France.

Quand cette nouvelle parvint à Bàle, avec le texte des décisions de Bourges et deux longues lettres de Talaru i, ce fut une explosion de joie. Le concile se sentait maintenant assez fort pour ne plus redouter aucun obstacle humain 2. Il écrivit à Charles VII (9 mai), sur le ton dune supplication reconnaissante 3. 11 écrivit au Grand Conseil, au Chancelier 4, au ministre tout-puissant, la Trémoïlle. Il n'oublia pas de répondre à l'archevêque de Lyon, et je laisse à penser de quels éloges il couvrit celui qu'il n'appelait plus que son défenseur, son père. L'archevêque cependant ne s'était point fait faute de prêcher la modération : « Sauf l'avis « du concile, je crois, écrivait-il, qu'il convient de traiter le pape « avec beaucoup de douceur. Il est le chef de l'Eglise : lorsque « la tête languit, les membres sont inertes... Il ne s'agit pas ici

qu'à l'issue de l'assemblée du clergé, il se proposait de donner satisfaction aux demandes du concile (J. Haller. II, 30). Mais Beaucourt (II, 171) fait erreur en prétendant que, Talaru s'étant rendu à Issoudun « près du roi », celui-ci approuva les décisions de Bourges et le désigna comme chef de l'ambassade qui devait aller à Rome.

1. Documents dont lecture fut faite, à Bàle, le 7 mai (J. Haller, II, 106).

2. Réponse du concile à Talaru. Cf. Deutsche Reichslagsakten, X, 445.

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