‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 175 sur 396 · QUATRIÈME SESSION · texte numérisé non relu

QUATRIÈME SESSION

artisan de dissolution un autre nonce, Jean Macet, évêque de Mâcon, que le pape envoyait dans le diocèse de Liège avec une mission pacificatrice. Un homme de la suite de Jean Macet fut arrêté ; il fut question de saisir les papiers du prélat ' . Les gens de Bâle, on le voit, se tenaient sur leurs gardes, prêts à braver tous les dangers.

Leur audace croissante explique les mesures prises dans la session du 20 juin 4432 2.

Non seulement ils s'y occupèrent de la conférence avec les Tchèques, si suspecte au souverain pontife ; non seulement ils y adoptèrent un sceau, symbole palpable de leur autorité 3 ; non seulement ils y déclarèrent qu'aucun serment ou promesse faite au pape ne pouvait empêcher les souverains, cardinaux, barons, prélats ou ecclésiastiques de s'acquitter du devoir de participation au concile général et annulèrent les censures dont ceux-ci seraient frappés, puis, afin d'ôter aux cardinaux tout prétexte pour demeurer à Rome, décidèrent qu'en cas de vacance du saint-siège aucun nouveau pape ne pourrait être élu que dans le lieu où siégeait le concile 4 : mais, empiétant manifestement sur les prérogatives apostoliques, ils prétendirent dénier au pape, tant qu'il ne serait point parmi eux, le droit de créer aucun cardinal; enfin, sortant complètement de leur rôle, ils osèrent

par J. Haller) fut confiée au général des frères Mineurs, qui se dirigeait alors vers la Castille (cf. J. Haller, II, 134). V. le titre que ce document porte dans l'histoire de Jean de Ségovie (II, 156).

1. Mansi, XXX, 124 ; Deutsche Reichslagsakten, X, 411 ; J. Haller, II, 120.

2. Monum. Concil., II, 19.4, "198 et suiv.; J. Haller, 11,145 ; cf. p. 140.

3. Ils y songeaient depuis le mois de février (Monum. Concil., II, 71).

4. Jugeant avec raison que ce décret serait mal vu à Rome, le concile crutdevoir écrire au sénat et au peuple romains : «Non sit vobis molestum..., neque egro animo suscipiatis... Cardinales ad hoc S. Concilium evocamus, quoniamin utilitatem ipsius Urbis procul dubio redundabit... Nil vobis utilius... quam quod in pacis et unitatis dulcedine unico Romano pontifici universus orbis obediat... » Le cas échéant, le concile priait les Romains d'exhorter les cardinaux à se diriger vers Bâle en toute hâte et de ne jamais reconnaître aucun pape élu contrairement au décret (Bibl. Laurenticnnc, ms. Strozzi 33, fol. 18 v° ; Bibl. Vat., ms. lat. Vat, 4184, fol. 41 r°). Il écrivit dans le même sens à Charles VII (ibid.).

s'immiscer dans le gouvernement d'une portion du patrimoine ecclésiastique. C'est ce qui demande quelques explications.

L'année 1431 avait vu vaquer simultanément l'évêché d'Avignon, le rectorat du Comtat-Venaissin * et le vicariat général apostolique au temporel de la ville d'Avignon et du Comtat- Venaissin 2. Pour remplir ce dernier poste, les États du Comtat avaient supplié le pape de choisir quelque prélat capable de bien gouverner et de bien défendre le pays, comme avait fait précédemment Jean de Poitiers, évèque de Valence, dont la longue administration avait laissé de bons souvenirs 3. En même temps, ils sollicitaient la désignation d'un cardinal, tel qu'Alphonse Carillo, comme légat en Gaule, ou tout au moins dans le Comtat 4. Eugène IV eut le tort de repousser ces demandes : il ne désigna aucun légat, et, quant aux trois fonctions cl'évêque •',

1. Par la mort de Pierre « Cottini v, que Gérard Machet remplaça, sur le siège de Castres, dès le 23 janvier 1432 (Eubel, II, 134).

2. Par la mort de François de Conzié, archevêque de Xarbonne. Une épitaphe conservée au couvent des Célestins d'Avignon plaçait cette mort, s'il faut en croire la Gallia (VI, 100), au 31 décembre 1432. Le P. Eubel ( II, 2201 a adopté cette date, pourtant inadmissible. Il faut peut-être corriger en 31 décembre 1431 cf. Albanés, Gallia christ, noviss., A ries, col. 738).

3. De là vient peut-être la confusion de J.-F. André (Histoire du gouvernement des recteurs pontificaux dans le Comtat-Venaissin, Carpentras, 1817, in-12), suivant lequel les États auraient fait choix de Jean de Poitiers pour remplacer le recteur Pierre « Cottini».

4. J. Girard, Les États du comté Venaissin depuis leurs origines jusqu'à la fin du XVIe siècle (Paris, 1908. in-8°), p. 88, 238. Cf. Monum. ConciL, II, 497. et F. Ehrle, lier Cardinal Peter de Foix der Altère, dans Archiv fur Lileratur- und Kirchengeschichte, VII, 170.

a. La nomination de Marc Condolmario au siège épiscopal d'Avignon remonterait au 9 janvier 1130, suivant une note de Garampi. qui a souvent confondu les promotions de la première année d'Eugène IV avec celles de la dernière année de Martin V ; au contraire, d'après une note du xvue siècle, elle serait du « mercredi 9 janvier », c'est-à-dire de 1432. Eugène IV, en effet, s'attribue à lui-même cette

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