UN NEVEU DE PAPE A AVIGNON
de recteur ' et de vicaire général 2, il imagina de les réunir sur là tête d'un ancien apothicaire 3, son neveu 4, pour le moment décoré du titre de sous-diacre de Sa Sainteté et remplissant les fonctions de châtelain du Château-Saint- Ange \ le vénitien Marc Gondolmario.
Les tristes conséquences de ce fâcheux acte de népotisme ne tardèrent pas à se faire sentir. Marc ne demanda que pour la forme aux trois judicatures de lui fournir le conseil dont il avait besoin pour suppléer à son ignorance des choses du pays : il n'en fit qu'à sa tête, ou bien s'en rapporta à déjeunes italiens aussi inexpérimentés que lui. Les châtelains de Vaison et de Ség-uret cédèrent la place à des étrangers ; celui de Pont-de- Sorgues fut conduit pieds et poings liés à Châteauneuf-du- Pape : on l'avait menacé, s'il ne livrait le palais, de lui trancher
nomination dans une bulle du 12 janvier 1432, et Marc, évèque d'Avignon, s'obligea au payement des droits le 23 janvier suivant (Albanés, Problèmes d'histoire ecclésiastique concernant Avignon et le Comtat, 1885, p. 48; Eubel, t. II. p. 113 ; Ehrle, op. cit., p. 465, 466).
1. Je lis dans un mémoire adressé par trois notaires, en 1442, aux Etats du Comtat : « Item, anno ipso xxxi0 fuit factus rector dominus Marcus, Avinionensis episcopus, etsimiliter fuerunt vocati très status et nobiles super homagiis, et facte litière etiam super obedientia sibi prestanda, tanquam vicario apostolico, ultra xxv. » (Arch. de Vaucluse, C 13, fol. 134 v°.) — Peut-être la nomination de recteur, antérieure à celle d'évêque, remonte-t-elle, en effet, à 1431. — Cf. le témoignage du provincial des Carmes d'Avignon (Monum. Concil., II, 497).
2. La nomination de Marc comme vicaire général est du 12 janvier 1432 fEhrle, p. 466).
3. Louis de Glandevès. évéque de Marseille, déposa dans les termes suivants, le 6 août 1438, au sujet de Marc Condolmario : « Non erat homo magne auctoritat.is, ymo, secundum quod fama referebat, tempore suo fuerat apothecarius. Etiam ipso teste transeunte per Bononiam.aliqui trufabantur de Papa, dicentes : « Solebamus habere unum cardinalem pro gubernatorr-, et modo dominus noster Eugenius dédit nobis hominem nullius condicionis : dédit civitati Avinionensi unum apothecarium et nobis unum magistrum lignorum, » et sic deridendo eum. » (Bibl. nat., ms. lat, 1511, fol. 145 v°.)
4. Et non son frère, comme on l'a dit (L. Flourac, Jean 7er comte de Foix, 1884, p. 159; II. Rey, Louis XI et les Etats pontificaux de France au XVe siècle, clans les Mémoires de l'Académie delphinale, 4e série, t. XII, 1899, p. 252) .
5. Le 4 novembre 1431, payement de 100 florins « Marco Condolmario, subdiacono D. N. Pape, castellano Castri S. Angeli de Urbe, pro fulciendo dictum castrum»(Areh. du Vat., Intr. et exit., 390, fol. 46 r°). Autres payements analogues les 21 septembre et 5 novembre 1431 et encore le 9 janvier 1432 (Arch. d'État de Rome, Bulletœ, 1431-34, fol. 48 V, 57 v°; Mandati, 1430-34, fol. 36 v°).
la tête. Bientôt Condolmario, ayant rendu son séjour impossible dans le Comtat, dut se réfugier en Provence '.
Il n'était pas jusqu'à la forme de la bulle conférant à Marc le vicariat qui ne fût propre à blesser les susceptibilités avignonnaises. Par une étourderie singulière, le scribe avait copié une bulle remontant à l'époque du Grand Schisme 2 : il en résultait que les détenteurs actuels du Palais des papes étaient qualifiés par Eugène IV de schismatiques. Les Avignonnais s'en plaignirent, comme aussi du peu de cas qu'on faisait de leurs privilèges, comme aussi du cumul des deux offices de vicaire et de recteur, qu'ils réputaient incompatibles (17 avril 1432). Le pape, cette fois mieux inspiré, rassura les plaignants et consentit à remplacer Condolmario comme recteur 3. Il devait même le remplacer également comme vicaire, sinon par Carillo. qu'il réservait à d'autres emplois, du moins par son collègue le cardinal Albergati. Plein de sollicitude, il promettait de prendre des mesures salutaires aux habitants de la vallée du Rhône dans le concile qui allait s'ouvrir incessamment en Emilie : « Con- (( tinuez à nous respecter, écrivait-il en terminant, nous et l'évêque « d'Avignon (c'est-à-dire Marc Condolmario). En vrais fils de « l'Eglise, admettez-le à l'exercice des missions dont il est « chargé en vertu des pouvoirs que nous lui renouvelons 4. »