‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 185 sur 396 · ENVOI D'UNE AMBASSADE A BALE · texte numérisé non relu

ENVOI D'UNE AMBASSADE A BALE

sentiment du pape et que les points sur lesquels on ne serait pas d'accord fussent renvoyés aussi à ce concile futur ; permission enfin de s'occuper de la paix, pourvu qu'on respectât l'autorité du saint-siège, et qu'on laissât le pape trancher toutes les questions en dernier ressort ; en même temps, annulations des monitions, citations et procédures faites de part et d'autre ; enfin avancement de la date d'ouverture du concile de Bologne, ou même choix d'un autre lieu, situé également en Italie, dans les Etats de l'Eglise K Le pape consentait à tout, pourvu que Sigismond, de son côté, s'engageât par écrit à traiter les gens de Bâle en perturbateurs de la religion au cas où ils refuseraient des conditions si favorables, ou les violeraient après les avoir acceptées 2.

Dans l'intervalle (6 juin), l'affichage aux portes de Saint- Pierre des monition et citation que le concile adressait au pape et aux cardinaux avait produit, à Rome, un vrai coup de théâtre, et, le jour même, on avait vu se mettre précipitamment en route les nonces depuis longtemps désignés pour porter au concile les propositions du pape3.

Les pères, par malheur, n'étaient guère en humeur de traiter. Tout à la joie de savoir leur décret du 29 avril placardé à l'entrée de la basilique constantinienne 4, ils ne songeaient qu'à célébrer par une grande procession l'heureux développement du

1. A cette négociation de l'été de 1432 doit se rapporter un projet de bulle autorisant Cesarini à désigner comme siège du prochain concile Bologne, Rome ou toute autre ville des États de l'Église (Arch. duVat., Armar. XXXIX, t. 7a, fol. 270 v°. Arnold (Repertorium Germanicum, I, 370) a eu le tort de le placer au mois de décembre 1431 .

2. Deutsche Reichslagsakteii, X, p. 450 et suiv., 453 et suiv. ; Monum. Concil., U, 216-218.

3. Ibid., p. 190; Deutsche Reichslagsaklen, X, 446. — Dès le 25 mai, 60 florins avaient été comptés à l'archevêque de Rhodes pour lui permettre d'acheter trois chevaux en vue de son voyage. Les archevêques de Tarente et de Rhodes et l'évêque de Maguelonne avaient reçu, pour leurs dépenses pendant quatre mois, 320 florins, et le quatrième ambassadeur, Antoine d'Udine, à lui seul, en avait touché 240 (Arch. du Vat., Intr. et exit., 390, fol. 63 v°).

4. Ils l'apprirent le 5 juillet et votèrent une gratification de 30 florins rhénans à chacun des deux serviteurs de Sigismond auteurs de l'affichage (J. Haller, II, 157).

Le Pape et le Concile. J2

concile l. La nouvelle de l'approche des nonces ne leur causa, semble-t-il, qu'inquiétude et ennui.

Comment était libellée l'adresse des lettres qu'apportaient ces messagers pontificaux? La dignité de l'assemblée lui permettraitelle de les ouvrir ? Encore fallait-il que cette adresse ne contînt rien d'injurieux! Pour plus de sûreté, l'on n'en ferait point la lecture en public. Puis, combien de faveurs, combien d'offres insidieuses ces nonces allaient répandre parmi les suppôts ! On se promit d'exiger de ces derniers, sous les peines les plus graves, qu'ils remissent au président les lettres suspectes qu'ils recevraient. Encore cette précaution ne garantissait pas contre le danger des colloques, des pourparlers secrets que ces nonces allaient sans doute chercher à engager2. Entre temps, on arrêtait et l'on interrogeait un médecin italien de passage dans le pays, qui, ayant soigné Eugène, paraissait bien capable de tramer quelque complot contre le synode3.

Les nonces, pendant ce temps, — des personnages considérables : un archevêque de Tarente, Jean Berardi de Tagliacozzo, un archevêque de Rhodes, André de Constantinople 4, un évêque de Maguelonne, Bertrand Robert5, et le docteur en droit Antoine d'Udine, abbé de San Vito6, — attendaient à Constance depuis le 1er juillet des saufs-conduits dont ils avaient eux-mêmes indiqué la formule 7. On tarda près d'un mois avant de leur envoyer une délégation qui devait tâcher de les faire renoncer à cette garantie. S'ils insistaient, on leur offrirait un sauf-conduit remon-

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