‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 198 sur 396 · CAPRANICA A BALE · texte numérisé non relu

CAPRANICA A BALE

Depuis le 16 mai 1432, le concile comptait ainsi un cardinal de plus. Capranica paraissait avec Cesarini dans les assemblées générales, dans les cérémonies, prenait part aux sessions ; habituellement une des « députations », celle des Affaires mixtes, siégeait dans sa demeure. Très digne, gardant à l'égard d'Eugène IV une réserve d'autant plus méritoire que la saisie de ses revenus l'obligeait à vivre pauvrement, il n'en demandait pas moins justice à l'assemblée l. Le procureur qu'il avait chargé de poursuivre sa cause, un jeune et brillant humaniste rencontré lors de son passage à Sienne, le fameux xEneas Sylvius Piccolomini, obtenait déjà des juges délégués par le concile qu'une citation fût décernée contre le pape et six cardinaux pour avoir à répondre au sujet de cette étrange affaire 2. La seule présence de Capranica, rappelant aux pères les incidents du mois de mars 1431, constituait pour Eugène IV un danger de tous les instants.

Le nonce Berardi avait donc été mal inspiré en faisant allusion à un haut personnage qu'il semblait regarder comme l'instigateur des mesures prises contre le pape. Les gens de Bàle avaient compris qu'il s'agissait de Capranica : ils saisirent avec empressement cette occasion de faire usage de l'arme que le cardinal avait remise entre leurs mains.

Ils savaient tout, déclarèrent-ils dans leur réponse du 3 septembre. Ils n'ignoraient ni la constitution de Martin V, ni la protestation des cardinaux Carillo et Correr : cette lecture les avait plongés dans la stupeur ; un doute poignant s'était emparé de leurs esprits. Heureux encore que, par une permission de

1. Poggio, loc. cit. ; J. Haller, II, 114, 118, 145, 189; Monum. Concil., II, 188; L. Pastor, I, 767.

2. Les cardinaux de Rochetaillée et délia Porta sont cités comme commissaires délégués par Eugène IV dans l'affaire Capranica, et les cardinaux Correr, Branda, Carillo et Conti pour s'expliquer au sujet de la constitution de Martin V (9 août 1432; Bibl. Vat., ras. Capponi 1651, fol. 175-191 ; Catalano, p. 52). Cf. J. Haller, II, 182, 189, 194 ; Monum. Concil, II, 254.

Dieu, un concile général se trouvât assemblé au moment où se produisaient des révélations pareilles 1 !

Ainsi, ce qu'Eugène IV appréhendait le plus 2, non seulement le concile s'arrogeait le droit de décider si, oui ou non, Capranica faisait partie du sacré collège, mais il se croyait appelé à examiner minutieusement les circonstances qui avaient accompagné l'élection de 1431 : il s'érigeait en juge de la légitimité du pape !

Les nonces auraient voulu répliquer au concile : on ne le leur permit pas. En revanche, on tint à relire devant eux une lettre adressée par Eugène à l'évêque de Turin pour lui intimer défense de se transporter à Bâle 3 : les pères n'étaient pas fâchés de faire voir qu'ils étaient au courant des agissements de la cour de Rome .

Le lendemain cependant l'archevêque de Tarente fît encore une fois appel à la conciliation : appel désespéré, car il ne pouvait plus croire que le débat portât seulement, comme il disait, sur un sujet de peu d'importance, le choix du lieu de réunion du concile futur. C'est bien inutilement que, en place de Bologne, il proposa de désigner Rimini 4, Ferrare ou Mantoue. Les pères ne parurent même pas s'apercevoir de la nouvelle concession qu'il leur faisait ainsi en leur offrant le choix dune ville située hors des Etats de l'Eglise. L'évêque d'Albenga se borna à lui répondre qu'il n'était nul besoin de reparler de changement de lieu. — Alors, indiquez-nous vous-mêmes un autre terrain de conciliation. — Nous n'avons pas mandat de rechercher la conciliation. Et, ajoutait le même évêque, ne vous figurez point, par de telles manœuvres, reculer le terme auquel expire votre saufconduit ! »

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