AUDACE CROISSANTE DES PÈRES DE BALE
sion de sept rois au parti du concile était désormais acquise *. Bien qu'il y ait dans ce propos quelque exagération, et que notamment, en ce qui concerne les rois de Portugal 2 et d'Aragon, la nouvelle fût fausse, ou tout au moins prématurée 3, les gens de Bâle avaient lieu d'être assez satisfaits. On comprend que, le 31 août, puis le 21 septembre, ils aient voulu célébrer par de grandes processions les succès remportés dans les cours séculières. Un allemand écrivait, de Bâle, dans le courant du mois de septembre, que le concile avait déjà pour lui plus des trois quarts de la chrétienté 4.
Aussi chaque nouvel acte du concile indique, comme les contemporains l'ont remarqué 5, une fermeté inébranlable, une volonté sûre de vaincre.
1. Ceux de France, de Castille, d'Aragon, de Portugal, de Chypre, d'Ecosse et d'Angleterre (J. Haller, I, 62).
2. Au mois d'octobre 1432, Thomas Ebendorffer est moins afïirmatif (Deutsche Reichstaffsakten, X, 529). Ce n'est que le 25 mai 1433 que Jean le Grand, roi de Portugal, écrivit au concile pour lui promettre l'envoi d'une ambassade (ms. 198* de Douai, fol. 321 v° ; Ampliss. collect., VIII, 595). Précédemment, se trouvant à Torres Vedras, il avait répondu de la manière la plus favorable à un envoyé d'Eugène IV, le général des frères Mineurs : il s'engageait à n'adresser aucune ambassade à Bâle, à n'encourager aucun prélat de son royaume à s'y rendre, à rappeler même les Portugais qui y seraient allés ; il voulait être fils obéissant de l'Église et se proposait, sous peu, d'envoyer un ambassadeur au pape. Il est vrai qu'Eugène IV lui avait demandé positivement d'envoyer ses représentants et le clergé de ses états à Bologne, de provoquer l'intervention des princes ses alliés contre la congrégation bâloise, enfin de le défendre en toute occasion comme pape indubitable: ces diverses requêtes demeurèrent sans réponse (Bibl. Laurentienne, plut, xvi, ms. 13, fol. 81 r°).
3. Le double jeu d'Alphonse V, dont je reparlerai, autorisait cette méprise. Ce n'est que le 7 octobre 1432 que le roi d'Aragon chargea son aumônier, le cistercien Bernard Serra, non pas de le représentera titre d'ambassadeur, mais de défendre ses intérêts auprès du concile de Bâle (ms. 1982 de Douai, fol. 240 r° et v° ; Ampliss. collect., VIII, 188, 189).
4. J. Haller, I, 62 ; II, 219 ; V, 25, 27. Cf. une lettre d'un autre allemand, Martin de Walthausen, écrite de Bâle, le 24 octobre 1432 : « In tantumque ipsum effecit Concilium ut adherenciam habeat omnium quinque regum Hyspanie ac Scocie, Cipri, Francie et Anglie regum et quam plurimorum aliorum principum atquc dominorum et prelatorum. » (Musée britann.. ms. Addit. 16581, fol. 112.) — « Nous avons à peu près tous les rois avec nous », disaient les pères à la date du 18 octobre 1432 (Deutsche Reichslagsakten, X, 573), et, de Bâle, le 26 janvier 1433, on écrivait encore : « Tous les rois ont déjà adhéré, sauf ceux de Pologne et d'Aragon » (Mansi, XXXI, 173).
5. Lettre de Martin de Walthausen, déjà citée : « Patres inConcilio adeo viden-
Le décret du 9 août? C'est l'audacieux défi d'une assemblée qui se place au-dessus de toutes les juridictions : il y est dit que nul homme, fût-ce le pape, n'a le droit de citer ailleurs que devant le concile les membres de l'assemblée, lors même que ces membres ne seraient représentés à Bàle que par des procureurs '.
La réponse du 18 octobre à Sigïsmond? C'est l'invariable affirmation d'un droit intangible. Que vient-on parler aux pères de réconciliation ? Ils se feraient tuer plutôt que de rien changer aux termes de leur dernière réponse. Il n'y a point de milieu : rompre les pourparlers, ou adhérer au concile purement et simplement. Dissoudre le concile ou limiter son pouvoir dans une mesure quelconque, à leurs yeux, c'est tout un ; ils n'entendent pas retrancher un iota des décrets de Constance ou de Bâle. Quant aux procédures qu'on dit être entamées contre eux, elles sont nulles et ne leur font point peur ~.
Le décret du 6 novembre ? Il confirme et complète celui du 20 juin précédent. Les pères, cette fois, menacent de confisquer les bénéfices des cardinaux qui, en cas de vacance du saint-siège, tarderaient plus de deux mois à les rejoindre 3.
Les deux décrets enfin du 18 décembre? C'est une nouvelle leçon impudemment donnée au pape et à la cour de Rome. Eugène IV n'a plus qu'un délai de soixante jours pour retirer sa bulle, expédiée jour pour jour un an auparavant, et faire adhésion pure et simple ; passé ce terme, il sera procédé contre lui selon ce que le Saint-Esprit inspirera aux pères. Annulée toute promotion préjudiciable au concile que le pape pourrait
tur stabiles etfirmi in suo proposito quod nequaquam ab invicem disce(n)dent, ymo usque ad sanguinem dissolution! ipsius Concilii resistere proponunt, quousque plene, quantum fieri potest. Ecclesia in capite et membris utriùsque status apparéat reformata. »