MENACE DE DÉPOSITION
en cloute : autant de signes auxquels il devait forcément reconnaître l'inflexible résolution des pères et leur hostilité implacable.
Puis, pour mesurer la force de leurs coups, il n'avait qu'à jeter les yeux autour de lui. A part quelques hommes à l'esprit entier, au tempérament tenace qui lui conseillaient encore la résistance, ou du moins la temporisation, dans l'espoir de parvenir à déplacer, ou même à supprimer un concile dont le besoin ne se faisait pas sentir l, il ne voyait parmi ses proches que lassitude et épouvante. On se souvient de la désapprobation que lui avaient marquée six cardinaux, en osant, de Rome même, faire adhésion au synode 2. L'un d'eux, le dominicain espagnol Jean Casanova, lui adressa tout un mémoire, plein de dures vérités, pour lui prouver l'inutilité de poursuites contre les pères, l'obligation, au contraire, sous peine de péché mortel, de révoquer la dissolution 3.
1. Il existe un mémoire rédigé, vers cette époque, par un partisan résolu de la suprématie pontificale. L'auteur estime qu'on ne se trouve en présence d'aucune des circonstances qui rendent nécessaire la tenue d'un concile. Les Hussites ont été jugés et condamnés ; s'ils se repentent, ce sera au pape de les faire rentrer dans le giron de l'Église. Les guerres actuelles ne mettent pas la religion en péril; Charles VII a bien le droit de repousser les envahisseurs, et, d'ailleurs, Eugène IV a depuis longtemps chargé un légat de poursuivre la pacification. Enfin le soin d'accomplir la réforme appartient au pape, qui, par d'utiles constitutions, a déjà réformé les mœurs de la cour de Rome. Le même auteur va plus loin : suivant lui, c'est une grave imprudence de convoquer un concile en un temps où les intérêts ecclésiastiques sont si menacés : car c'est priver les princes de leurs conseillers les plus vertueux, de ceux qui sont le plus capables de défendre près d'eux les causes sacrées de la justice et de la religion. Notre auteur cependant estime qu'il y a lieu, sinon d'engager avec les hommes de Bâle des discussions juridiques, fort inutiles et même dangereuses, du moins de leur adresser des nonces qui se garderont de prononcer le mot de dissolution, mais prôneront doucement les avantages d'un changement de lieu, ceux aussi d'une réconciliation avec un souverain pontife plein de douceur et de bienveillance, et qui laisseront faire le temps. Il se flatte que le concile n'a point de chance de durée, composé, comme il l'est : « Qui fere omnes sunt modici status, minoris reputacionis, indiscrète suo sensui innitentes, querentes novitates, prématuré procedentes, facta sua per notorie Ecclesie Romane et Domini nostri inimicos conducentes, apud bonos et graves jam perdiderunt bonam extimacionem suam. » (Bibl. Vat., ms. lat. Vat. 4138, fol. 14-16.)