LA CONSTITUTION DU 10 MAI 1418 XXIII
pel des ambassadeurs de Pologne, mais elle posait et justifiait, au moyen de textes canoniques, le principe suivant : « Il n'est permis à personne d'en appeler du juge suprême, « c'est-à-dire du saint-siège, du pontife romain, vicaire de « Jésus-Christ, ni de se dérober à son jugement dans « les affaires de foi ; celles-ci, en effet, étant plus impor- « tantes, doivent être déférées au tribunal du pape '. » Ainsi, en matière de foi, la supériorité du concile était niée par Martin V, qui, au contraire, proclamait l'autorité suprême du saint-siège.
Le fait parut si grave aux auteurs gallicans qu'ils s'efforcèrent de révoquer en doute l'existence de cette bulle 2. Bossuet y relevait un anachronisme, et il eût eu raison, si le consistoire se fût tenu, ainsi qu'il le croyait, le 10 mars 1418, puisque l'appel des Polonais, annulé dans la bulle, ne fut interjeté que le 22 avril. Mais la date du 10 mars, qu'on croit généralement fournie par un texte de Gerson, n'a été introduite qu'à tort dans ce texte, grâce à une inadvertance de l'éditeur Ellies du Pin : en me reportant aux manuscrits3, je me suis convaincu que « 10 mars » devait être corrigé en « 10 mai » ; cette dernière date, la seule qu'indique, en réalité, Gerson, est confirmée par deux lettres écrites, de Constance, trois jours plus tard ''.
1. Gerson, Quomodo et an liceat... ; Dialogus apologeticus (Opp., II, 303, 390); B. Bess, Johannes Falkenberg, 0. P., und der preussisch-polnische Streil vordem Konstanzer Konzil, dans Zeitschr. f. Kirchengesch., XVI ^1896), p. 439, 458.
2. Bossuet, Defens. Déclarât., III, x, 27 ; J. Lenfant, Hist. du concile de Constance (Amsterdam, 1727), II, 522; Mgr Maret, Du concile général et de la paix religieuse (Paris, 1869, in-8°), I, 432.
3. Bibl. nat., ms. lat. 14905, fol. 313 v°; ms. lat. 17489, fol. 30 r°. Ce sont les deuxmss. de Saint-Victor et de Navarre dont s'est servi Ellies du Pin.
4. La lettre de Gaspard Schauenpflug fixe, ainsi que Gerson, le consistoire au 10 mai; la lettre de Pierre de Wormedith fournit la date, presque pareille, du 9 mai (B. Bess, p. 434, note 1, 438, 456).
XXTV INTRODUCTION
Une autre objection fondée sur le mystère étrange dont cette bulle fut entourée tombe également depuis qu'on connaît les phases du procès de Falkenberg. Martin V manœuvrait adroitement pour obtenir, de la part du roi de Pologne, le désaveu de l'appel de ses ambassadeurs ; les raisons qui empêchèrent le pape de donner à cette bulle une publicité plus grande sont les mêmes qui le portèrent à garder le secret, pendant plusieurs années, sur la condamnation du livre incriminé et sur la rétractation de Falkenberg1. Le document n'en est pas moins, au plus haut point, digne d'attention en ce qu'il révèle les véritables sentiments du souverain pontife.
Les contemporains ne s'y trompèrent pas. Il suffit de lire le mémoire que Gerson, alarmé, rédigea aussitôt sur le droit d'en appeler, en matière de foi, des sentences du pape : Quo modo et an liceat in causis fidei a Summo Pontifice appellare"2. La bulle du 10 mai aboutissait, disait-il, à nier la supériorité du concile, à ne lui permettre, en aucun cas, de juger et de déposer les papes: c'était le renversement de l'œuvre de Pise et de Constance. Si l'on en admettait le principe, et si le concile n'était plus le tribunal suprême, il fallait dire que Jean XXIII n'avait pas cessé de régner et que Benoît XIII avait raison de braver les citations des pères 3. Certaines personnes, ajoute notre auteur, allaient
1. B. Bess, p. 442, 444, 458, 460. — On ne peut plus dire, d'ailleurs, comme Bossuet, que Gerson est seul à mentionner cette bulle : il en est question dans le récit de Pierre de Wormedith (ibid., p. 458).