‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 224 sur 396 · J. Haller, I · texte numérisé non relu

J. Haller, I

2. La lettre suivante est adressée par le pape au gouverneur de Bologne le 10 avril [1432] : « Ex certis, justis et racionabilibus causis moventibus mentem nostram, decrevimus quod dilectus filius Nicolaus Siculus, abbas monasterii S. M. de Moniaeis, qui ad presens in civitate nostra Bononie commoratur, de dicta civitate nostra nullo modo recédât ad presens. Quamobrem, si te adierit alio accedendi licentiam petiturus, volumus te eidem nullomodo licentiam exhibere, non tamen expresse sibi denegare eandem, sed persuadere eidem, quibus melius fieri potest racionibus, moram ejus ad presens in prefata civitate nostra Bononie utilem esse ac etiam oportunam. » (Arch. du Vatican, Reçf. 370, fol. 75 v°.)

3. Un mois après son arrivée à Bâle, le 9 avril 1433, il commença de recueillir des textes relatifs aux pouvoirs réciproques du pape et du concile, sans doute afin de s'armer en vue du nouveau rôle qu'il avait à jouer. Le résultat de ce travail, assez décousu, est consigné dans un ms. d'Oxford : « Infrascripta sunt aliqua dicta nota et memoria digna que ego, Nicolaus Siculus, abbas Moniacensis et in presentiarum Curie apostolice generalis auditor, in scriptis redegi, prout michi studendo ad alium finem occurrebant, adjecique pleraque que prius memoria tenebam. Et incepi ea colligere anno Domini M CCCG XXXIII, die vero nona aprilis, dum essem in Almania, seu Germania, in civitate Basiliensi, unus ex oratoribus destinatis per sanctissimum dominumEugenium papam IV ad reverendissimos dominos cardinales et alios prelatos et m agis tr os et doctores ibidem congregatos causa celebrandi Concilium générale. » (Bibl. Bodléienne, ms. Laud Miscell. 219, fol. 89-115).

. -i. Procès-verbaux authentiques des 7 et 9 mars 1433 (Bibl. nat., ms. lat. 1502, fol. 3 r" et v° ; ms. lat. 1195, p. 130). Discours des deux nonces (ms. lat. 1487", fol. 210-219: Ampliss. collect., VIII, 538, 512); J. Haller, II, 365, 3G6 ; Monum.

que le concile eût fait à ces ouvertures la réponse qu'on prévoyait, il reçut, par le canal de certains ambassadeurs allemands, le texte de la bulle du 14 février, qui contenait les suprêmes concessions d'Eugène IV (21 et 27 mars).

Elle arrivait un an trop tard.

Quels n'eussent pas été la joie et l'orgueil triomphant des pères si, vers la fin de l'hiver de 1 432, ils eussent appris que, cédant à leurs supplications, le pape consentait à les laisser siéger à Bâle, leur envoyait des présidents et écrivait de tous côtés pour renforcer leur nombre ' ! Ils eussent, dans leur reconnaissance, cherché non seulement à défendre, mais à fortifier l'autorité du saint-siège : c'est ce dont Cesarini s'était porté garant Vils eussent considéré Eugène IV Comme leur chef, s'efïorçant de lui complaire, prenant à cœur ses intérêts et ceux de sa famille.

Une année s'était écoulée, année de luttes sourdes ou violentes, de colères à demi concentrées : la mentalité des pères avait singulièrement changé. A leurs yeux, désormais, la permission de demeurer à Bâle ne comptait plus pour rien, du moment qu'elle n'était pas accompagnée de la ratification de tout ce qu'ils avaient fait dans l'intervalle et du désaveu de ce que le pape avait fait de son côté. L'envoi de présidents spécialement désignés par Eugène ne constituait plus pour le synode une force, mais une gêne. L'affluence même qu'on annonçait paraissait dangereuse, car elle risquait de déplacer la majorité. C'est que la lutte était portée maintenant sur le terrain des principes : il y allait de la suprématie du pape ou du concile. L'occasion paraissait trop bonne pour qu'on laissât échapper la vic-

Concil., II, 335. Le discours de Jean de Mella du 7 mars 1433 se trouve aussi à la Bibl. Vaticane (ms. Palat. 603, fol. 221-225), daté du vendredi après l'Ascension de 1436.

1. Pour bien faire, cette concession eût dû se produire avant les décrets du 15 février 1432, que le pape n'aurait point admis, et que les pères, de leur côté, n'auraient peut-être pas consenti à retirer.

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