‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 243 sur 396 · DOUZIÈME SESSION · texte numérisé non relu

DOUZIÈME SESSION

sur lettres, alléguant la fatigue du voyage, annonçant la venue de Sigismond, n'interrompant leur bavardage que pour céder la parole soit à l'official de Bâle, soit à Henri Fleckel, soit à l'évêque.de Coire, qui, au nom des Bâlois, du duc-protecteur ou de Sigismond, réclamaient aussi l'ajournement, ne réussissant qu'à provoquer des clameurs impatientes : Expediaiur sessio ! Expediatur ! Fiat ! Fiat ! reconnaissant, à la vue des chapes et des mitres que s'apprêtaient à revêtir les prélats, l'inutilité de leurs efforts, mais ne battant en retraite que pour reparaître l'instant d'après, et arrêtant bruyamment la lecture des décrets, sans se soucier des vociférations, des sifflets, des trépignements, des menaces. Il fallut que l'évêque de Lectoure. désigné comme lecteur à cause de son bel organe, haussât la voix pour dominer cet assourdissant tapage. Enfin, se reconnaissant vaincus, nonces et ambassadeurs sortirent de l'église. La lecture fut achevée, le Placet habituel retentit sous les voûtes, et les décrets purent être placardés aux portes *-.

En tête, comme d'habitude, étaient énoncés les principes proclamés à Constance. Puis venait l'exposé des négociations, faisant ressortir la patience des pères et l'opiniâtreté d'Eugène, poussée jusqu'à la démence. Dans tel de ses actes on signalait de nombreuses absurdités; dans tel autre, le dessein de bouleverser l'Eglise ; partout, la prétention de supprimer les conciles ou de les dissoudre, ou d'annuler leurs décrets, spécialement ceux d'où ressortait la subordination du pape en matière de foi, d'union et de réforme. Aussi le devoir du concile était-il de recourir à des moyens plus énergiques. Toutefois, à la demande du roi" des Romains, on accordait encore au pape un délai de soixante jours pour rétracter sa scandaleuse bulle de dissolution, reconnaître légitime l'existence du synode dans le passé et dans l'avenir et, par le moyen d'une bulle solennelle, adhérer au con-

1. Monum. Concil, II, 396, 398; Concil. Basil., I, 66 ; II, 48S ; V, 59.

cile purement et simplement. Sinon, il était dénoncé opiniâtre, incurable, et suspendu de tout exercice de la papauté au spirituel et au temporel. Le concile ne reculerait même pas, s'il était nécessaire devant une sentence définitive : on comprend qu'il s'agit de la déposition. Passé les soixante jours, les pères exerceraient eux-mêmes le pouvoir apostolique et défendraient d'obéir à Eugène. En attendant, ils annulaient une fois de plus toute collation de bénéfice préjudiciable à l'un d'entre eux, et fixaient aux cardinaux, ainsi qu'aux gens de la cour de Rome, un délai de quatre-vingt-dix jours pour rejoindre l'assemblée ou se retirer dans leurs diocèses.

Un autre décret rendu le même jour proclama de nouveau un principe fréquemment méconnu par Eugène, la nécessité de respecter les élections canoniques '.

Ce soir-là, tous les nonces fi „nt leurs paquets et quittèrent Bâle.

Pour achever de bien comprendre la situation critique d'Eugène IV à ce moment, il faut remarquer, en outre, que l'affaire Capranica, assoupie durant plusieurs mois 2, avait recommencé à alimenter les conversations bâloises : entre cardinaux, prélats et docteurs, on discutait librement la légitimité du pape. La thèse de l'intrusion fut longuement soutenue, à* l'aide d'arguments juridiques, dans la demeure d'un cardinal ; Cesarini répondit, mais, sur bien des points, sa réponse provoqua la contradiction de ses collègues. Le 8 juin, la question fut officiellement déférée à l'examen des « députations », et deux d'entre elles se hâtèrent de réclamer une enquête. Si celle-ci aboutissait à la constatation que le pape actuel n'était point pape, qu'adviendrait-il? Le concile, disait-on, suivrait l'inspiration du Saint-Esprit. C'était vague et peu rassurant 3. Les ambassadeurs bourguignons écri-

1. Mansi, XXIX, bQ Ç Monum. ConciL, II, 398. Cf. Hisl. de la, Pragmal. Sancl. de Bourges sous Ch. VII, p. lxxii.

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