‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 264 sur 396 · SUITE DU CONFLIT AVIGNONNAIS · texte numérisé non relu

SUITE DU CONFLIT AVIGNONNAIS

la bulle Inscrutabilis, la bulle Dudum sacrum du 1er août, la circulaire du 10, la bulle In arcano et même le factum connu sous le nom de bulle Deus novit, pourrait encore être appelée l'âge héroïque du pontificat d'Eugène IV. La résolution du pape de sauvegarder la suprématie du saint-siège ne souffre, pendant cette période, aucune défaillance. Il a cédé sur le choix du lieu : il tient bon sur le terrain du droit. Quelles que soient les formules qu'il emploie successivement, on ne le voit pas démordre d'un seul de ses principes.

Cette fermeté se démentira. Mais, avant d'aborder une phase moins glorieuse de la lutte contre le concile, mentionnons un dernier et important succès remporté par Eugène sur ses adversaires au cours de l'année 1433.

On se souvient du conflit engagé depuis un an dans la vallée du Rhône entre les deux représentants du pape et du concile.

Le cardinal Carillo, nommé par le décret du 20 juin 1432 vicaire de l'Eglise dans le Comtat-Venaissin, avait pour lui la sympathie des habitants 1 et la faveur de Charles VIL Après avoir interdit d'abord à ses sujets de s'enrôler dans un camp ou dans l'autre 2, le roi de France se rendant aux instances des en-

1. Les Avignonnais remercièrent le concile de cette nomination par lettre du 25 août 1432 (Bibl.nat., ms. lat. 1575, fol. 171 v° ; Bibl. de Douai, ms. 1982, fol. 137 v°; Ampliss. collect., VIII, 163), et envoyèrent à Bâle toute une députation (J. Haller, I, 62 ; II, 224-225 ; Monum. Concil., II, 227). V. aussi leur lettre au concile du 24 septembre 1432 (ms. 987 de Grenoble, fol. 26 v°).

2. Lettre de Charles VII au gouverneur du Dauphiné (Amboise, 28 juillet 1432): « Est venu à nostre cognoissance que entre l'evesque d'Avignon, d'une part, et les gens, citoyens et habitans d'icelle ville, d'autre, a division et guerres; et ont icelles parties assemblé et mettent sus l'une contre l'autre gens d'armes et de tret ; à laquelle cause ou occasion ont requis en leur ayde, secours et service plusieurs de nos o/fficiers et serviteurs, vassaux et subgiés de nostredit gouvernement et d'autres nos pays d'environ ; et encores pourroient plus requérir, et, de fait, plusieurs de nos dits subgiés sont disposés d'aller à l'ayde et service desdites parties ou de l'une d'icelles... Et, pour ce que nous ne sommes pas advertiz des causes des dites divisions et guerre, ni du bon droit ou tort et querelles des dites parties, ne quelles autres ceste matière peut toucher, et aussi que, pour le faict de noz guerres contre les Anglois..., il nous est besoin de nous ayder et servir... de nos vassairx et subgietz, auxquels ne appartient de eulx entremettre de ladite

voyés de Bâle, mettait au service de Carillo l'appui de son crédit, et écrivait à Eugène de ne pas confier le rectorat à d'autre qu'à ce cardinal *. Comme vice-recteur, Carillo, suivant le vœu de la population, nommait le vieux Jean de Poitiers, évêque de Valence 2, qui se faisait lui-même assister par une délégation permanente des Etats 3.

Contre de tels adversaires l'impopulaire et maladroit Marc Condolmario n'était pas de force à lutter. Son oncle, cette fois mieux inspiré que d'habitude, résolut de le remplacer, comme vicaire du saint-siège, par un très habile et puissant personnage, le cardinal Pierre de Foix.

Si l'on s'en tenait à la date inscrite au bas de la bulle d'Eugène, cette nomination remonterait au 2o mai 1432 4. Mais, par un procédé bizarre, dont il y a d'autres exemples5, la Chancellerie

guerre d'Avignon ne soi faire partie d'uncousté ne de l'autre ; ne nous ne voulons que aucunement s'en entremettent sans nos congiés et licence... » (Ms. d'Avignon 2772, fol. 429 r° ; ms. 921 de Carpentras ; lettre inexactement citée et datée par Rey, op. cit., p. 253.)

1. J. Haller, I, 264; II, 179, 229, 248 ; Monum. Coneil, II, 248, 260.

2. Lettre de Carillo au concile du 31 juillet 1432 (ms. 987 de Grenoble, fol. 53 r°). Assemblée du conseil de ville pour prêter serment à Jean de Poitiers (Arch. de Vaucluse, C 13, fol. 134 v°). Ce choix ne paraît avoir soulevé d'objection que de la part du duc de Savoie (J. Haller, II, 242, 244, 261 ; Monum. Coneil., II, 266 : lettre du duc au concile du 1er octobre 1432, ms. 987 de Grenoble, fol. 11 v°). C'est sans doute avant sa nomination que Jean de Poitiers adressa aux syndics d'Avignon une lettre datée du 25 juin [1432, et non 1433, comme le porte l'Inventaire sous presse], dans laquelle il annonçait que, pour plusieurs motifs et par respect pour le cardinal Carillo, il se rendrait prochainement à Avignon, mais par eau, ses infirmités l'empêchant de monter à cheval (Arch. d'Avignon, AA 35).

3. Assemblée des 2 et 3 décembre 1432 : les Etats désignent un représentant du clergé, un représentant de la noblesse et trois représentants des judicatures de Carpentras, de l'Isle et de Valréas pour assister Carillo (ou Jean de Poitiers), chaque fois qu'ils en seraient requis ; mais il est stipulé que l'institution de ce conseil ne portera aucune atteinte aux libertés du pays, et que le vote des Etats sera requis pour l'imposijtion de nouvelles taxes. Les États, en outre, déclarent ne vouloir en rien s'écarter de la fidélité qu'ils doivent à l'Église et au pape (Arch. de Vaucluse, C 12, fol. 7 v°).

4. V. le vidimus conservé aux Arch. d'Avignon (boîte 4. n" 1) et les deux registres du Vatican cités par le P. Ehrle (Der Cardinal Peter de Foix der Altère, dans Archiv fur Literatur- u. Kirchengesch., VII, 479).

5. Surtout pour certaines affaires bénéficiâtes (E.von Ottenthal, Die Bullenregister Martin V u. Eugen IV, clans Miltheil. d. œslerr. Instituts f. Geschichtsforch., Erg'ànzungsb., I, 554). Les lettres de convocation du concile de Pise, en 1408, avaient dû être antidatées (cf. La.Fr. et le Gr. Sch. d'Occid., IV, 19).

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