NOUVEAU VICAIRE APOSTOLIQUE EN AVIGNON
apostolique avait antidaté cette bulle, pour faire croire que l'expédition en était antérieure au décret de nomination de Garillo l. Eugène, qui avait d'abord songé à Albergati 2, ne fît connaître son choix à Pierre de Foix que vers le 16 ou le 17 août 3. Le cardinal, peu séduit par une mission aussi épineuse, commença par refuser. Il n'accepta, sur l'avis de ses frères, le comte de Foix, le captai de Buch, le sieur de Navailles et le comté de Comminges, qu'après avoir reçu de nouvelles bulles contenant des pouvoirs plus amples et sur l'assurance que les États réclamaient sa nomination 4. Ce n'est que le 22 novembre qu'Eugène put faire part de son choix aux syndics et conseil d'Avignon, en leur enjoignant d'obéir à un prélat dont la sagesse, la vertu, l'expérience garantissaient la paisible et équitable administration 5.
Dès lors la situation changea du tout au tout à l'avantage du saint-siège. Pierre de Foix sans doute, qui ménageait le concile, essaya de négocier d'abord avec les pères. En son nom et en celui de ses frères, l'évêque de Conserans s'efforça de démontrer que la nomination de Garillo, postérieure à celle-ci, devait être rapportée6. Mais le concile, alléguant « l'ignorance » où il était
1. Fr. Ehrle, Der Cardinal Peler de Foix der Altère, p. 480, 481.
2. Lettre du pape aux gens d'Avignon du 2 juin 1432 (Arch. de Vaucluse, C, 49).
3. Ce choix est sans cloute l'expédient auquel Eugène IV faisait des allusions mystérieuses dans ses lettres du 9 août adressées à Marc Condolmario, à Guillaume de Champeaux, à Tanguy du Chàtel, à Pierre de Beauvau (Fr. Ehrle, p. 474, 475).
4. Détails empruntés à une déclaration faite par Roger de Foix le 23 août 1433, (Arch. de Vaucluse, C 12, fol. 38 v°). — On voit qu'il n'est pas possible de reculer la nomination de Pierre de Foix, comme l'a fait le P. Ehrle (p. 481), jusqu'à la fin du mois d'octobre 1432. D'ailleurs, dès le 22 septembre, la nouvelle en avait transpiré à Bâle.
5. « A certo tenentes quod propter bonum regimen suum, cum sit vir maxime prudentie et virtutis et in regendo expertus, incultu justicie et pacis tranquillitate poteritis consolari. » (Arch. d'Avignon, boîte 4, n° 18 ; bref faussement daté du 22 décembre dans un volume de la collection Massilian, ms. d'Avignon 2400.)
6. J.IIaller, II, 291 ; Mo nu m. ConciL, II, 285. — Ne serait-ce pas le cardinal de Foix qui, pour pouvoir produire cet argument, aurait exigé que sa bulle fût antidatée? On vient de voir qu'Eugène IV avait fait refaire la bulle dont il lui avait primitivement donné communication.
des droits « antérieurs » de Pierre de Foix, maintint provisoirement son décret du 20 juin, et, défendant aux deux cardinaux de recourir à la violence, les pria de venir s'expliquer à Bâle. J'ajoute qu'il déclina l'offre que lui avaient faite le cardinal et le comte de Foix d'intervenir en médiateurs dans sa propre querelle avec Eugène IV '.
Carillo répondit à l'invitation des pères : il se rendit au concile, où il se fît incorporer le 9 février 1433 -. Pierre de Foix n'eut garde de suivre cet exemple. La « violence », que prétendaient lui interdire les pères, lui offrait précisément, grâce à l'appui des siens, des chances de succès bien autrement sérieuses que le recours pacifique à la juridiction bàloise3. Dès le mois de mars, l'échec de tous les pourparlers et l'annonce des armements menaçants du comte de Foix obligèrent le vice-recteur nommé par Carillo à réclamer des États une série de mesures défensives 'l. Le 28 avril, de Montpellier, Pierre de Foix avertissait les Avignonnais, une dernière fois, qu'il allait être amené à recourir à la force 5. La guerre devenait inévitable.