‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 281 sur 396 · TREIZIÈME SESSION · texte numérisé non relu

TREIZIÈME SESSION

même temps, le confesseur du roi, Gérard Machet, rédigeait, pour l'édification des ambassadeurs, un mémoire démontrant que l'affaire Gapranica n ébranlait en rien la situation d'Eugène, et ses raisonnements canoniques recevaient l'approbation de l'Université d'Angers l : circonstance bien propre à démontrer une fois de plus l'intérêt que la reine de Sicile prenait à la crise religieuse.

Le lendemain même du jour où fut donnée, à Bâle, lecture de la lettre écrite de Loches 2, les pères, cédant à tant d'instances, octroyèrent un sursis d'un mois (11 septembre).

Ce fut l'objet d'une session au début de laquelle les promoteurs du concile dénoncèrent la contumace du pape. Aussitôt deux nonces d'accourir — c'étaient Zabarella et San Marcello, qui venaient d'arriver — et de réclamer contre une procédure trop hâtive: le délai de soixante jours n'était pas expiré, il s'en fallait de plusieurs heures ! Les nonces apportaient-ils donc l'adhésion du pape qu'on réclamait ? A cette question, posée par le légat, par les promoteurs, par le duc-protecteur, point de réponse. Cesarini se chargea d'interpréter ce silence : « Voilà bien, « dit-il, comme, depuis deux ans, le pape nous amuse par des « phrases évasives ! S'il compte sur notre lassitude pour nous

1. « Gonsiderationes présentes l'acte per dominum episcopum Castrensem, vise in Universitate Andegavensi, et misse fuerunt, una cum aliis memorialibus, ambassiatoribus existentibus in Goncilio... Cardinales eligendo papam funguntur vice et autoritate universalis Ecclesie... Potestas ista non potest tolli vel infirmari a Papa vel homine mortali, nisi a sola universali Ecclesia... Cardinales... non possunt impediri vel ligari aliquo humano impedimento excommunicationis, suspensionis aut interdicti. .. In cardinalibus, quantum concernit electionem Summi Pontificis, non potest a Papa dari directe vel indirecte impedimentum nisi ab Ecclesia universali inhabilitarentur.... Papa Martinus non potuit... Et si forsan cardinales peccaverunt contempnendo unum vel plures in electione, tamen electio valida est. » (Bibl. Laurentienne, ms. cité, fol. 92 r°.)

2. Monum. Concil.,. Il, 4.41. Cette date du 10 septembre semble préférable à celle du 9, fournie par P. Brunet (J. Haller, II, 479), et à celle du 11, indiquée par les ambassadeurs bourguignons (ms. lat. 1518, fol. 49 r°). On a reculé jusque vers le 18 novembre l'arrivée de cette lettre (Beaucourt, II, 477j, confondue à tort avec une autre lettre que Charles Vil adressa aux délégués hussites ( cf. Monum. Concil., I, 450j.

«faire déserter ce poste, il se trompe bien : nous aimons mieux « mourir que nous séparer avant l'achèvement de notre tâche. » Il ne restait plus qu'à lire le décret d'ajournement. On avait eu soin d'y insérer le texte même de la demande présentée par l'Empereur : Sigismond promettait de ne plus solliciter dans l'avenir de nouveau sursis et, si le pape ne cédait pas, de se soumettre aux volontés des pères K

Quelques jours à peine s'étaient écoulés que ceux-ci recevaient une nouvelle demande de sursis présentée cette fois par les Electeurs de l'Empire ; mais elle remontait au 7 septembre : on put répondre aux Electeurs que le dernier décret leur avait donné déjà satisfaction ~.

Cependant la moitié du mois fut vite passée, et rien ne faisait prévoir qu'aucune concession du pape dût modifier la situation avant la fatale échéance. Les ambassadeurs bourguignons se décidèrent alors à tenter une démarche qu'ils avaient jusque là prudemment ajournée.

C'est en vain que le concile, se méfiant de l'opposition systématique de Philippe le Bon, lui avait, dès le mois d'août 3, adressé une délégation pour tâcher de le convaincre de la nécessité de mettre le pape à la raison 4. Non seulement le duc n'avait

1. Monum. Concil., II, 442-445 ; J. Haller, I, 71; II, 477. Cf. un rapport envoyé au duc de Bourgogne , le 18 septembre, par ses ambassadeurs : « En ce mesme temps, arriva un evesque, ambassadeur du Pape, nommé Serviensis, et alors fut assez commun qu'il apportoit bulles de adhésion ou adhérence de par le Pape. » (Ms. lat. 1518, fol. 50 v°.)

2. Ibid.\ Monum. Concil, II, H9~i51; Ampliss. collect., VIII, 636.

3. V. les lettres de créance datées du 6 août (ms. lat. 1518, fol. 17 r°).

4. « Et, avec ce, s'il avenoit (que Dieu ne veuille!) que N. S. P. ne adherast purement et absolument audit sainct Concile dedans le temps età la forme du darrain décret sur ce fait, que il veuille ledit décret faire mètre à exécution et souffrir avoir cours en tout ses pays et seigneuries sans contredit : car par ainsi ledit N. S. P. sera contrainct de faire son devoir au prouffit et utilité de l'Eglise universelle et à la continuation et entretenement des Conciles généraux, qui sont nécessaires pour l'extirpation des hérésies, sedations des scismes et bonne reformation et apaisement de toutte chrétienté. Et, en oultre, se aucuns raports etoient faits à mondit seigneur en diminuant l'authorité du saint Concile et calumpniant ses decretz..., que il n'y adjoute point de foy, mais de ce veuille advertir ledit Concile, et toujours ledit Concile le informera de la vérité. Et, au surplus, qu'il

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