‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 282 sur 396 · INTERVENTION BOURGUIGNONNE ET SAVOYARDE · texte numérisé non relu

INTERVENTION BOURGUIGNONNE ET SAVOYARDE

voulu prendre aucun engagement pour le cas où Eugène persisterait à ne point céder ' ; mais, afin d'imposer respect aux gens de Râle, il avait organisé une nouvelle ambassade qui ne comptait pas moins de vingt-deux membres 2, et à laquelle, après s'être concerté avec son oncle, le duc de Savoie, il avait donné pour instructions de réclamer un sursis de trois mois. Si les pères refusaient, c'était un cas de rupture : les ambassadeurs bourguignons se retireraient immédiatement, ou du moins ceux-là seuls qui étaient ecclésiastiques pourraient demeurer à Bâle, comme personnes privées. Philippe avait promis d'adhérer au concile, mais pour participer à la lutte contre l'hérésie, à la réforme, à la pacification : cette querelle avec le pape sortait de son programme ; elle ne pouvait conduire qu'au renouvellement du schisme, « qui est chose moult àdoubter et fuyr ». Le duc voulait espérer encore dans le bon sens des pères, quoique, à vrai dire, le dernier décret marquât une précipitation singulière 3.

Le 2 octobre, les Bourguignons, accompagnés des Savovards, firent donc connaître aux pères les désirs de leurs maîtres. L'accueil que reçut cette demande de la part du président, puis des diverses députations, pouvait faire prévoir ce que serait la réponse du concile 4 : mais, avant que celle-ci fût officiellement donnée,

luy plaise mandera ses ambassadeurs étants audit lieu de Basic qu'ils se désistent de la protestation par eulx faite ou cas quemondit S. Père ne adhéra purement et simplement audit sainct Concile de Basle dedans le temps dessus dit. » (Instructions du duc à ses ambassadeurs en date du lor septembre 1433 ; ms. lat. 1518, fol. 35 r°.)

1. Il promettait seulement, d'une façon assez vague, de faire son devoir « au bien de l'Eglize universelle et de la foy catholique, et tellement que ledit saint Concile en devra par raison estre. content».

2. Lettre datée de Ravières, le 1er septembre 1433 (ms. lat. 1502, fol. 9 r° ; ms. 1982 de Douai, fol. 324 v° ; Ampliss. collect., VIII, 634). Instructions aux mêmes ambassadeurs (ms. lat. 1518, fol. 33). Cf. Annuaire-Bulletin de la Soc. de Vhist. de France, 1865, p. 116.

3. Instructions arrêtées à Ravières, le 1er septembre (loc. cit.).

4. J. Haller, II, 490, 491 ; Monum. Concil., II, 451-454. Cédule du 2 octobre (ms. 1982 de Douai, fol. 323 v° ; ms. cité de laLaurentienne, fol. 115 v° , Ampliss. collect., VIII, 641). Ms. lat. 1518, fol. 1, 19, 46, 49, 60, 61 v° ; Deutsche Reichstagsakten, XI, 109.

la date du 11 octobre amena l'échéance de ce terme dont l'Empereur lui-même avait promis de ne point solliciter la prorogation.

Pour tâcher d'obtenir quelques jours de répit, les nonces, affolés, provoquèrent eux-mêmes, dans la matinée du 11, une réunion des pères, sous prétexte qu'ils avaient à faire, de la part du pape, une communication agréable. Quand ils eurent la parole, tout ce qu'ils trouvèrent à dire, c'est qu'ayant récemment adressé un message à l'Empereur, ils comptaient, pour agir, attendre sa réponse. L'effet produit fut pitoyable : le procédé sentait la mystification.

Cependant, quand les nonces eurent battu en retraite, l'évêque de Coire vint dire que Sigismond accourait, allant jusqu'à se priver de sommeil pour hâter l'heure de sa venue. Ce n'était plus que l'affaire de deux ou trois jours : on pouvait bien lui accorder ce bref délai. Cette ouverture fut accueillie par des cris contradictoires.

Le duc-protecteur était gêné par l'engagement qu'il avait pris de se contenter du sursis d'un mois : il insista pourtant. Sigismond arrivait : il serait à Râle dans la journée, au plus tard le lendemain matin. Etait-il convenable de rien innover avant la venue de l'Empereur?

Bourguignons et Savoyards crurent alors opportun de réclamer la réponse à leur propre requête; mais on leur opposa une fin de non-recevoir absolue. Le concile était bien décidé à ne plus écouter personne. Ce qui fit que l'évêque de Nevers protesta de la résolution des ambassadeurs de ne point consentir à un décret de suspension, à moins de nouvelles instructions de leurs maîtres ; et ce qui fit aussi qu'un des promoteurs accusa l'évêque de parjure, sous prétexte que celui-ci, le jour de son incorporation, avait dû jurer d'observer les décrets du concile. Mais, non : l'évêque n'avait point prêté pareil serment. Il renouvela, par contre, sa protestation [.

1. Deutsche Eeichstngsnkten, XI. p. 109, 110 : Monum. Concil., II. 462, 563 : J. Ilaller, 11. Î97.

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