‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 297 sur 396 · PERFIDES AGISSEMENTS DL" VISCONTI · texte numérisé non relu

PERFIDES AGISSEMENTS DL" VISCONTI

d'ailleurs, les rédacteurs du document, ils ne prévoyaient certainement pas l'usage qu'en ferait le Visconti.

Quatorze mois plus tard, quand la conflagration générale des Etats de l'Eglise lui parut propre à favoriser ses desseins, l'implacable adversaire d'Eugène IV exhuma cette pièce, feignant d'y voir un ordre que le concile lui aurait donné d'intervenir par la force dans les provinces ecclésiastiques. Il y joignit une déclaration : docile aux prescriptions de l'Eglise, il s'empressait de se rendre à l'invitation des pères.

Ce sont là, sans doute, les lettres du concile que produisit Fortebraccio pour justifier son agression '. En tout cas, Philippe-Marie, à la date du 27 octobre 1 i33, transmit la même pièce à son lieutenant Jacques de Lonato, avec ordre de c< prendre '< sous la protection du concile » toutes les villes, terres, places, troupes, individus et capitaines qui seraient disposés à faire adhésion au synode ; en même temps, il priait ses amis, particulièrement Fortebraccio, et enjoignait à ses capitaines de prêter main forte à Jacques de Lonato « pour tout ce qui concernait le « bien de l'Eglise universelle et du concile de Bàle '-' ». Ainsi, soit qu'il encourageât la rébellion de Fortebraccio, soit qu'il agît luimême par l'entremise de Jacques de Lonato, le Visconti prétextait une mission du concile, une sorte de devoir sublime à accomplir, pour ruiner en Italie l'autorité pontificale 3.

Il ne tarda pas à faire dans la Marche d'Ancône une autre

1. FI. Biondo (p. 477) dit expressément que Fortebraccio s'appuyait sur des ordres du duc de Milan, et qu'il prétendait être vicaire du concile en Italie. Sur la complicité de Philippe-Marie, le sénat de Venise avait exprimé son opinion dès le 14 septembre {Concil. Basil., V, p. xlix).

2. Bibl. Laurentienne, plut, xvi, ms. 13, fol. 124 r°. Cf. Monum. Concil., II, 658. Dans un ms. du xve siècle (Bibl. Angélique de Borne, ms. 118, fol. 45), cette

ettre est accompagnée de la noie suivante : « Ista est copia littere quam ostendunt populisisti capitanei armorum, et subtenore istius littere omnia occupant . »

3. Ses armements considérables sont signalés dès le 22 novembre clans une lettre écrite, de Bàle, par l'évêque de Padoue Scaiabelli, Dichiarazionedi documenli di sloria t'iemontese dans Arcliiv. stor. ilaliano. I, xm, 282). Cf. des instructions dressées i Venise le 21 novembre (Deutsche ReichsLic/sakten, XI, 120).

application de cette ingénieuse méthode. François Attendolo, fils naturel et héritier des talents militaires de l'intrépide paysan romagnol qui avait illustré le premier le surnom de Sforza, avait une querelle à terminer dans ses possessions du royaume de Sicile : ce fut du moins le prétexte qu'il invoqua pour demander à Eugène IV la permission de traverser les Etats de l'Eglise. Un de ses parents, Michel Attendolo, se portait garant de ses intentions pacifiques. Le pape céda, mais à regret : il se sentait peu rassuré. Son inquiétude se trahit dans les demandes de secours qu'il adressa aux républiques de Florence et de Venise, comme aussi dans les recommandations qu'il fit parvenir à ses gouverneurs. Celui de la Marche, Vitelleschi, tout en manifestant une confiance polie, défendit qu'on laissât Sforza pénétrer dans les villes, de peur qu'il n'éprouvât le besoin d'y rester.

Tout se passa bien pourtant à la traversée de la Romagne. Mais la nouvelle de l'approche des 2.000 chevaux du condottiere provoqua la plus vive effervescence dans la Marche, qui supportait difficilement le joug de Vitelleschi l. Soit que la révolte de Fermo, qui se produisit sur ces entrefaites, allumât la convoitise dans l'âme de Sforza, soit plutôt que son plan, depuis longtemps concerté avec le Visconti, comportât la conquête de l'Etat pontifical, son attitude changea soudain.

Parvenu à la hauteur d'Ancône, il se jeta sur Jesi, qui lui ouvrit ses portes (7 décembre) "2. Delà, décrivit aux habitants des villes voisines que le concile, informé de la mauvaise conduite et de l'administration pitoyable d'un pape ennemi du peuple, de la noblesse et des braves gens, l'envoyait pour affranchir la Marche et combattre Eugène IV dans toutes les provinces où il

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