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LA MARCHE CONQUISE PAR SFORZA

pourrait étendre ses opérations : conformément à ce mot d'ordre, il accourait, mettant ses troupes, son épée, sa personne, au service des populations ; il s'engageait même à ne les abandonner jamais. « Congédiez, ajoutait-il, les officiers du pape. Cessez de (( lui payer aucune taxe, de lui rendre aucune obéissance. Sinon, « il sera procédé contre vous, et, pour toute somme versée dans « la caisse du saint-siège, il vous sera réclamé le double J. »

Ce langage parut convaincant. La ville de Macéra ta, à laquelle il était tenu le 7 décembre, se soumit le 12. Il en fut de même de Cingoli, de San Severino, de Montesanto, de Corinaldo, de Mondavio, de toutes les petites places des territoires de Jesi et de Sinigaglia. Seul Montolmo (aujourd'hui Pausola) se laissa prendre d'assaut, et fut pillé inexorablement. Fermo, deux jours après, se décidait à traiter. Le capitaine Acquaviva, unique espoir du gouverneur, abandonna lui-même ses troupes pour se jeter dans le premier navire rencontré sur la côte. La ville de Recanati, à son tour, se révolta, livrant au vainqueur le mobilier et l'écurie de son évêque, Vitelleschi : exemple bientôt suivi par Sanseverino et Montecosaro. Trois semaines après son entrée dans la Marche, François Sforza était paisible possesseur de cette province ecclésiastique 2.

Il s'était donné aussi comme lieutenant général du duc de Milan, et avait répandu des copies de la lettre du concile, que j'ai citée plus haut, d'où semblait résulter que Philippe-Marie jouissait réellement de l'autorité de vicaire du concile et de l'Eglise dans l'Italie centrale 3.

1. Lettre de Sforza aux habitants de Macéra ta datée du camp devant Jesi, le 7 décembre 1433 (P. Compagnoni, La Regia Picena overo de presidi délia Marca, Macerâta, 1661, in-fol., p. 324).

2. FI. Biondo (p. 476) assigne à cette conquête la durée de onze jours, et J. Simoneta (col. 225) la durée de quinze jours ; mais le biographe de François Sforza (Muratori, XX, 1031) compte vingt-deux jours au bout desquels il ne restait plus à soumettre que la ville de Camerino. Cf. G. Valeri, Délia signoria di.Fr. Sforza nella Marca (Archiv. slor. lomhardo, XI, 1884), p. 38; A. Gianandrea, op. cit. [ihid., XII, 1885), p. 36, 40; G. Benadducci,op. cit., p. 17-19.

3. FI. Biondo, p. 476; N. délia Tuccia, p. 131 ; Cron. del Graziani. p. 377 ; J.

C'est également au nom du même pseudo-vicaire, et avec une partie de ses troupes, que Tagliano da Forli et Antonello de Sienne tentèrent, vers ce moment, un coup de main sur Forli. Ils s'avancèrent, dit-on, avec Jacques de Lonato, jusque dans le duché de Spolète i.

Arrêtons-nous ici. La suite de ces opérations trouvera place dans le récit des événements de 1434. Qu'il nous suffise d'imaginer l'état d'angoisse auquel se trouvait réduit le pape vers la mi-décembre. A chaque moment lui parvenaient des nouvelles désastreuses. De quelque côté qu'il se tournât, vers le Patrimoine, vers la Marche, vers l'Ombrie, ou même s'il promenait simplement ses regards autour de Rome, partout il assistait à l'effondrement de son pouvoir. Les Bâlois, ou du moins ceux qui se présentaient en leur nom, le relançaient jusque dans ses derniers retranchements. Toutes les puissances, même sa patrie, s'unissaient contre lui. Il n'était pas jusqu'à ses cardinaux les plus fidèles qui, démoralisés, ne menaçassent, dit-on, de l'abandonner s'il ne cédait pas sur tous les points.

Il céda (14 décembre 1433) ~.

On est tenté de croire, comme plusieurs de ses contemporains, que la nouvelle bulle Dudum sacrum expédiée le lendemain,

Simoneta, col. 225; G. Morelli [Delizie degli eruditi Toscani, XIX, 113); P.Gompagnoni, op. cit., p. 325, 326. Délibération du sénat de Venise du |18 décembre 1433 (Deutsche Reichstagsakten, XI, 157, 310). Lettres de Sigismond des 20 et 21 décembre (ibid., p. 123, 125, 160).

1. Chron. Forlivesi (Murât., XIX, 996) ; Cronache Forlivesi di Leone Cohelli (Bologne, 1877, in-fol.), p. 178. Cf. des lettres du pape au doge de Venise (Rinaldi, IX, 157) et à l'Empereur (Deutsche Reichstagsakten, XI, 164).

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