‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 302 sur 396 · FAÇON D'INTERPRÉTER LA BULLL · texte numérisé non relu

FAÇON D'INTERPRÉTER LA BULLL

décrets dirigés contre l'autorité du pape ne rentrent dans aucune de ces trois catégories. Tel est, du moins, lavis d'Eugène. Si l'on consulte les gens de Bâle, ils vous diront que la négation de la suprématie conciliaire constitue une des pires hérésies, et qu'en la combattant ils n'ont fait qu'exécuter le premier article de leur programme. Mais on conçoit qu'Eugène IV n'est pas forcé de partager cette manière de voir. A ses yeux, les pères, au contraire, se sont écartés de leur mission chaque fois qu'ils sont partis en guerre contre les prérogatives du saint-siège. Par conséquent, bien qu'il concède l'existence canonique du synode, il est très loin de reconnaître la validité de tous ses actes. Il ne ratifie point, il réprouve en secret ces décrets dont, en vain, il a réclamé l'abrogation. Bref, en dépit des apparences, il maintient sa doctrine presque entière : il couche sur ses positions.

Les défenseurs des droits du saint-siège apercevront ce joint quand, quelques années plus tard, ils soutiendront que cette bulle ne contient aucune approbation des décrets du concile '. Eugène lui-même fera sienne cette explication, au cours d'une discussion de l'année 1439 : « Nous avons, dira-t-il en présence « des cardinaux, nous avons approuvé la continuation du concile, « voulant qu'il continuât comme il avait commencé, mais nous « n'approuvons pas pour cela ses décrets. » Et Jean de Torquemada le répétera à satiété : le pape admet, dira-t-il, que le concile a été légitimement réuni et même continué pour l'extirpation des hérésies ; il ne s'ensuit pas que le souverain pontife approuve tout ce que le concile a défini. Le deuxième concile général d'Ephèse, lui aussi, avait été légitimement assemblé pour l'extirpation des hérésies (449) : n'empêche que, deux ans plus tard, dans le concile de Ghalcédoine, le pape saint Léon condamna ses décrets, entièrement favorables à l'hérésie d'Eutychès. Un concile général,

1. V. le discours de Nicolas de Cues du 27 mars 1441 : « Per adhesionem suam approbaverat solum tria propter que Concilium con^rejçatum fuerat.. » (Monum. (lancil . III, 566.;

si légitime qu'il soit, éprouve toujours le besoin de recourir au saint-siège pour la confirmation de ses canons. De même, en promettant au concile sa faveur, le pape ne s'engage pas à approuver indistinctement les décrets synodaux, mais ceux-là seulement qui ne portent atteinte ni à sa juridiction, ni à son autorité, qui ne blessent ni l'honneur ni la suprématie du saint-siège *.

Il n'en est pas moins vrai qu'aucune de ces réserves n'était alors exprimée, et pour cause. Donc, aux yeux des pères, aux yeux de la chrétienté, Eugène IV avait l'air de céder sur tous les points et de reconnaître implicitement la subordination du pape au concile général. Il se flattait sans doute que les Bâlois, satisfaits, borneraient là leurs exigences, ne lui demanderaient pas de déclaration plus précise, et qu'il pourrait, dissimulant sa pensée véritable, attendre des temps meilleurs pour s'expliquer en toute sincérité 2. Mais sur quel fondement reposait cet espoir ? Lui-même remarquait naguère combien il serait dangereux de paraître approuver ce qu'avaient fait ses adversaires : ce serait les encourager à renouveler leurs attaques plus tard et s'ôter à soi-même tout moyen de leur résister 3. En réalité, il pouvait être forcé, un jour ou l'autre, ou de renier catégoriquement ses principes, sur lesquels reposait la constitution de l'Eglise, ou de déchirer la paix menteuse qu'il venait de conclure. Dans le premier cas, l'indépendance, dans le second, l'honneur du saintsiège étaient fatalement compromis.

Les derniers jours de l'année 1433 marquent une des époques les plus critiques de l'histoire' de la papauté*

En même temps que la nouvelle bulle Dudum sacrum, des lettres furent adressées au concile, à l'Empereur et au doge de Venise, lettres pleines de bienveillance pour les pères, de gra-

1. J. de Torquemada, Réponse à Cesarini (Roccaberti, Biblioth. pontificia, XIII, 606); Responsio in blasphemiam (Mansi, XXXI, 76 ); Summa de Ecclesia, lib. II, cap. 100.

Page 1