DIX-SEPTIÈME ET DIX-HUITIÈME SESSIONS
présidents qu'on les attendait pour commencer ; ils répondirent qu'ils étaient occupés avec les ambassadeurs de Venise, qu'au surplus on les avait dispensés de l'assistance à cette session. Gesarini fut donc, ce jour-là, seul présent à la promulgation du dogme de la suprématie conciliaire ^ .
A ce propos, il est peut-être bon de faire observer que la bulle adressée, le 17 décembre, à Cesarini ne semblait l'autoriser qu'à présider concurremment avec ses collègues 2, et qu'elle ne contenait aucune clause analogue à celle qui se lit dans les pouvoirs d'Orsini, de Pierre de Foix, d'Albergati, de Foschi ou de leurs suppléants, je veux dire la promesse de ratifier ce qu'ils auraient conclu d'accord avec le concile. Il se pourrait qu'Eugène IV n'eût pas entendu confier à Cesarini la même autorité qu'à ses autres représentants.
L'absence d'Albergati, de Jean Berardi, de Pierre Donato et de Louis Barbo avait donc une signification : elle indiquait que Piome ne s'inclinait toujours pas devant la suprématie conciliaire. Je sais bien que ces mêmes nonces avaient été amenés à jurer individuellement obéissance aux décrets de Constance ; mais, ce qu'ils avaient fait comme simples particuliers, ils refusaient de le faire comme représentants du saint-siège.
Tandis que le concile inaugurait de la sorte le régime de paix et de respectueuse déférence dont il avait fait espérer l'avène-
1. J. Haller, III, 85, 115, 13 i ; Monum. Concil., II, 712, 713; Mansi, XXIX,
2. •« Tibi injungimus quatinus presidenciam... una cum aliis legatis et presidentibus ac eorum substitutis per nos postmodum deputatis seu in futurum deputandis, juxta facultatem pernos eis concessam..., continues, ac... cum prsefatis. .. ad debitum et felicem finem... perducere studeas. » (Monum. Concil., II, 604.)
ment au pape, celui-ci avait à peine le loisir d'exprimer l'inquiétude que lui causaient les perpétuels défis jetés à son autorité, les affronts dont on abreuvait ses nonces. Le spectacle qu'Eugène IV eut alors sous les yeux, les dangers qu'il courut, les tragiques aventures qu'il lui fallut traverser l'obligèrent presque à chasser de son souvenir, pour un temps, le concile de Bâle.
Nous avons laissé, à la mi-décembre, François Sforza déjà presque entièrement maître de la Marche d'Ancône. Sa situation, depuis ce jour, n'avait fait que s'y consolider. Le gouverneur, Vitelleschi, après s'être quelque temps caché dans son propre palais, s'était trouvé heureux de gagner Venise avec une partie de son trésor 1. Cette fuite décida de la capitulation d'Osimo 2 et de la reddition définitive de Recanati 3. Or, Vitelleschi, confiant dans la fidélité des habitants de cette dernière ville, en avait placé plusieurs comme gouverneurs des citadelles voisines. Sforza, maître de Recanati, arrêta les parents de ces châtelains et somma ces derniers de se rendre, sous peine de vouera la mort des êtres qui leur étaient chers. C'est ainsi qu'il s'empara notamment d'Ascoli. Ancône ne tarda pas à lui payer tribut4. Le 3 janvier, il entra triomphalement dans Fermo 5 .
Après la Marche, le saint-siège était en passe de perdre la Romagne. Forli venait de s'y révolter contre un gouverneur dont la main semble avoir été rude "% ce même Thomas Tomasini, évêque de Traù, dont Eugène IV avait eu un moment la pensée