SERMENT IMPOSÉ AUX PRÉSIDENTS
son maître. C'était la protestation d'un esprit modéré contre les exagérations d'un Nicolas de Cues. Mais cet ambassadeur fut désavoué par ses collègues, menacé de poursuites par le procureur de la foi. Cesarini mit fin à la discussion en faisant remarquer que l'Evangile lui-même pouvait donner lieu à de fausses interprétations, et que, quand un doute se produirait au sujet du décret de Constance, le concile était là pour l'éclaircir.
A bout de force et las de batailler1, les quatre collègues de Cesarini présents à Bâle, l'abbé de Sainte-Justine, l'évêque de Padoue, l'archevêque de Tarente, Albergati lui-même, se laissèrent incorporer et, pour cela, se résignèrent à prêter, en leurs propres noms, le serment de travailler au succès du concile, de ne pas s'en éloigner sans sa permission, de défendre et de garder ses décrets, particulièrement ceux qui, empruntés au concile de Constance, établissaient la subordination du pape aux conciles généraux: addition importante au serment habituel, faite tout spécialement à l'intention des légats. Ils étaient les premiers dans la chrétienté à jurer solennellement l'observation du nouveau dogme (24 avril 4434).
« Admirable œuvre de Dieu ! » s'écrie Jean de Ségovie, qui voit dans cette victoire la consécration définitive de la suprématie conciliaire. «Que la postérité le sache », ajoute-t-il en enflant la voix : « ils ont été vaincus dans le combat ceux qui « avaient tant lutté contre cette doctrine, avec de si puissants « soutiens. Nombre de pères voulaient les admettre purement « et simplement, en vertu de leurs bulles : mais la vérité a (( vaincu le monde 2 ! »
1. Le 20 avril 1434, Georges Cesarini écrivait encore, de Bâle, a Mathieu Correr: « Orta est non mediocris suspitio apud istos de Goncilio quod ipsi Présidentes aliquam sinistram intentioneni non habeant, quando istud aliquo modo acceptare nolunt. Nam quamplures de Concilio suspicantur, quando aliquid in Goncilio determinatum esset quod haberet tang-ere personam Pape, lune ipsi Présidentes adesse forsitan nollent, et hoc modo verti posset in dubium apud multos utrum illud actum Presidentibus non presentibus esset validum et firmum... » (Archivio Gonzaga de Mantoue, Carteggio degV inviâti ed'altri ne Svizzeri, E xvn, n° 3.)
2. Monnm. Concil., II, 644, 645, 647-649 ; J. Haller, III, 60, 80.
Jean de Torquemada, au contraire, insiste sur la contrainte que subirent les présidents et sur le caractère personnel de leurs engagements '. 11 est certain qu'ils ne jurèrent l'observation des décrets de Constance et de Bàle qu'en leurs noms particuliers, non comme représentants du pape, dont ils eurent soin de dégager la responsabilité par une protestation secrète ~ : leur défaillance, si défaillance il y a, n'intéressait qu'eux seuls.
Le surlendemain eut lieu la dix-septième session, dans laquelle ils furent admis, ainsi que Cesarini, à présider au nom du pape. Le décret maintenait les anciens règlements, faisait une obligation aux présidents de conclure conformément aux décisions du concile, annonçait qu'à leur défaut, ou sur leur refus, ce soin incomberait à un prélat, le premier en rang, à défaut de celui-ci, au second, et ainsi de suite3.
Cette longue querelle n'eut son épilogue que deux mois plus tard, dans la dix-huitième session, où les pères se donnèrent la satisfaction de renouveler encore une fois, comme ils se l'étaient promis, les fameux décrets de 1415 4. Pour compenser l'effet de cette manifestation, les présidents auraient voulu qu'on renouvelât en même temps un autre décret du concile de Constance, celui qui condamnait l'erreur hussite consistant à nier que Pierre fût le chef de l'Eglise ; la proposition en avait été faite, dès le 30 avril, par Pierre de Versailles ; mais, malgré l'insistance de l'évêque de Digne, le concile refusa de se prêter à cette sorte de jeu de bascule. Il ne tenait pas à ce qu'entre les deux pouvoirs l'équilibre fût de sitôt rétabli.
Le 26 juin, après la messe, un des promoteurs vint avertir les
1. Summa de Ecclesia, lib. II, cap. 100; cf. lib. III, cap. 23.
2. Ils n'acceptaient, dirent-ils, la présidence dans ces conditions que pour éviter un plus grand scandale, et ils n'entendaient par là causer aucun préjudice au saint-siège (Rinaldi, IX, 203).