‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 334 sur 396 · FUITE D'EU GÈNE IV PAR MER · texte numérisé non relu

FUITE D'EU GÈNE IV PAR MER

trajet, devisant des incidents du jour, louant le courage de chacun, promettant maintes récompenses.

A Ostie, il embarqua sur la galère de Vitello. Le mauvais état de la mer l'obligea de passer la nuit à Fancre au milieu du fleuve ; mais ce navire de pirate était pour lui un asile sûr. Il y retrouvait même une espèce de cour, car les gens de la curie sortis de Rome avant lui attendaient encore, soit à Ostie, soit dans des embarcations mouillées dans le fleuve, le rétablissement du beau temps.

Après deux jours de repos à Cività Vecchia1, où il avait rallié encore d'autres prélats ou serviteurs, le pape reprit la mer, cette fois sur une galère florentine, laissant à celle de Vitello et à huit autres plus petites le soin de transporter sa cour. L'une de ces dernières fît une fâcheuse rencontre : un pirate corse, Mariano de Nunza, et un génois, Michel de Levant, dépouillèrent traîtreusement les curiaux qu'elle transportait de leur argent, de leurs effets et de leurs livres2. Plus heureux, Eugène IV

1. Suivant qu'on fixe au 4 ou 5 juin la date de l'évasion du pape, il dut parvenir à Cività Vecchia le 5 (G. Cambi, p. 189 ; J. Haller, III, 126) ou le 6.

2. Lettre du pape, du 7 juillet 1434, recommandant au comte Jacques de Piombino de continuer à s'employer en faveur des curiaux dépouilles de leurs biens, notamment de l'avocat consistorial Giustino de Pianta (Arch. du Vat., Reg. 359, fol. 221 r°). — Lettre du pape du 11 juillet adressée au gouverneur et au conseil de la ville de Gênes : « Scripsimus nuper vobis quomodo quidam Marianus de Nunza, corsicus,diripuerit in mari multa bona cortesanorum nostrorum in duobus navigiis quorum unus patronus erat Corsicus quidam, alter vero Januensis... Cognovimus patronum navigii Januensis, qui vocatur Michael de Levant, subditus vester, proditorie antea convenisse cum ipso Mariano de spoliatione dictorum navigiorum, et, cum navigia essent referta viris qui se defendere possent et res tueri, suasisse illis ut arma deponerent, quoniam il lî pirate essent amici ; itaque suasu patroni proditorio, cum navem [lisez : arma] deposuissent et in navem suam piratas permisissent ascendere, captos spoliatosque, et bona direpta fuisse. Hec Pascalis quidam et Antonius, ipsius Michaelis frater, qui ipsam navem conducebant, cum essent Plumbini in mortis articulo, in salutem anime ipsorum publiée confessi fuerunt. . . » (Ibid., fol. 222 r°.) — Autres lettres du pape adressées « Oldradode Lampugnano, ducali gubernatori Janue », au duc de Milan lui-même, enfin « Opigeno de Alzate, ducali commissario » {ibid., fol. 222 v°, 223 r° etv°). — Lettres des 28 et 29 juillet donnant pouvoir aux évêques de Nebbio et d'Aleria d'absoudre les coupables qui auront restitué les biens volés ou en auront dénoncé les détenteurs (Reg. 366, fol. 6 v°, 8 v°). Lettre ordonnant à l'évêque d'Aleria de dénoncer les coupables comme excommuniés, à moins que, dans la huitaine, ils

parvint sans encombre, le quatrième jour, à Porto Pisano (12 juin) 1.

A Pise, ce n'étaient plus les cris d'une populace furieuse, ce n étaient plus des grêles de pierres ou de traits qui accueillaient le souverain pontife, mais des acclamations joyeuses et attendries. Enfants couronnés de lauriers et de fleurs, magistrats revêtus de leurs insignes, notables conduisant par la bride la monture pontificale, hommes et femmes remplissant les rues, garnissant les fenêtres, ce doux spectacle reposait le cœur d'Eugène IV de celui qu'il avait eu récemment sous les yeux: le pape, par moments, ne pouvait retenir ses larmes. On le conduisit au dôme ; l'archevêque et le clergé sortirent à sa rencontre. On le logea au palais archiépiscopal, où il put échanger contre des habits décents l'indigne accoutrement sous lequel il était arrivé 2.

Il retrouva aussi à Pise un grand nombre d'officiers de la cour pontificale qui, évadés de Rome, s'étaient dispersés en Toscane. Il y retrouva même un cardinal, l'aragonais Casanova 3, las du rôle qu'Alphonse V lui avait fait jouer à Bàle, et témoignant de son repentir, ainsi que de son dévouement. Enfin, le 22 juin, Eugène IV se présentait aux portes de Florence 4.

La république avait toujours été son alliée. L'année précé-

ne restituent les biens volés (ibid., fol. 8 r°). — Lettre d'absolution du 14 décembre en faveur de Lucien de Casea, damoiseau de Nebbio (Rey. 373, fol. 107 v°). — Lettres des 23 et 30 décembre cherchant à provoquer une expédition armée contre les pirates coupables pour les forcer à restituer [ihid., fol. 106 vn, 108 v°).

1. FI. Biondo, loc. cit.; G. Morelli (Delizied.erud. Toscani, XIX, 118). D'après Barthélémy del Corazza, les Florentins apprirent le 12 juin le passade d'Eugène IV à Livourne (Archiv. stor. italiano, 5e série, XIV, 384 j.

2. A. Traversait, Hodœporicon (Florence etLueques, 1681, in-4"), p. 66.

3. Vespasiano da Bisticci (A. Mai, Spicil. Roman., I, 221) confond ici avec Casanova Jean de Torquemada, qui plus tard fut également cardinal du titre de Saint- Sixte.

4. Pour l'évasion d'Eugène IV, j'ai suivi principalement le récit détaillé de FI. Biondo (p. 481-485), en le complétant par certains traits empruntés à Vespasiano da Bisticci, à N. délia Tuccia (p. 138), à Barthélémy del Corazza, à G. Cambi (p. 189), à A. de Tummulillis (p. 38), etc. Cf. Neri Capponi, col. 1181 ; Cronica di Bologna, col. 649; J. Simoneta. col. 225; Cecconi, Studi stor. su! Concilio di Firenze, p. xli, lvi.

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