LE COINCILE MÉNAGE LE DUC DE MILAN
remettre les provinces, sauf à les restituer à Eugène IV quand ce dernier aurait accompli sa soumission '.
Sigismond se borna donc à écrire, de son côté, à un certain nombre de villes des Etats de l'Eglise 2, ce qui ne l'empêcha pas d'insister de nouveau auprès des pères le 4 janvier 1434 : les nouvelles d'Italie étaient de plus en plus tristes ; il avait honte dé son inaction ; il fallait exhorter le duc à cesser ses entreprises, au besoin l'y forcer. Pour lui, ses lettres étaient rédigées, toutes prêtes à partir. Mais les pères ne perdaient point leur calme pour si peu : les scrupules de l'Empereur leur semblaient excessifs ; la prétention de Sforza d'agir par ordre du concile ne méritait vraiment pas qu'on y attachât tant d'importance. Sanche Carillo ne s'était-il point paré autrefois du même titre de « capitaine du « concile », et à 1 instigation de l'Empereur? Allusion malicieuse à une faute dont le souvenir devait gêner le prince actuellement si ému des attaques perpétrées contre le saint-siège. Cesarini lui-même ne croyait pas à l'existence de la prétendue commission de Fortebraccio et de Sforza ; il interrogea les pères : aucun n'en avait connaissance. Il n'y avait donc point lieu d'écrire; il fallait même que Sigismond s'abstînt de toute démarche compromettante 3.
Les choses en restèrent là, l'Empereur manifestant seulement de loin en loin son impatience 4, jusqu'au jour où, Eugène ayant fait parvenir à Baie copie de la bulle du concile du 21 août 1432 et de la lettre du duc de Milan du 27 octobre 1433 5, il fallut
1. 16-18 décembre 1 433 Monum. Concil., II, 531-533). Cf. Deutsche Reichstagsakten, XI, 125.
2. Des ambassadeurs qui parvinrent à Rome au mois de janvier 1434 montrèrent ces lettres au pape. Ils avaient ordre, en s'en retournant, défaire savoir qu'aucun vicariat n'avait été concédé par le concile au duc de Milan (FI. Biondo, déc. III, lib. v, p. 478).
3. Monum. Concil., II, 533, 534; cf. Concil. Basil., V, 74. — Dans une assemblée générale tenue le 14 janvier, Cesarini justifia le concile du reproche d'avoir encouragé par ses bulles les condottieri à envahir les États de l'Église (J. Haller, III, 5; Monum. Concil., 11,588).
i . Par exemple, les 30 mars et 1er avril (ihid., p. 641, 643).
5. V. plus haut, p. 298, 299. — Copies jointes à un bref du 16 janvier 1434, dans
bien se rendre à l'évidence : le concile, inconsciemment peut-être, avait fourni au duc une sorte de blanc-seing' dont celui-ci abusait étrangement.
Sigismond, cette l'ois, ne se possédait plus. On n'avait pas voulu le croire ! Ce qu'il avait appris par des lettres de Venise, il l'avait répété, crié dans les députations : on lui avait fermé la bouche ! Et ce pendant s'accomplissait la spoliation de l'Eglise en vertu d'une bulle du concile ! Les pères avaient écrit de la sorte, en 1432, alors qu'il se trouvait lui-même en Italie occupé à plaider naïvement près du pape la cause du synode ! On voyait bien que Philippe-Marie régnait sur le concile.
Cesarini plaida les circonstances atténuantes : au mois d'août 1432, le pape poursuivait la ruine du concile ; il importait de se défendre. On avait imploré le secours de beaucoup de princes, entre autres, du duc de Milan, mais sans lui parler d'envahir les terres de l'Eglise ; la lettre était conçue en termes fort honnêtes.
En ce cas, objecta Sigismond, pourquoi en nier si longtemps l'existence * ? — C'est que cette bulle n'avait été connue que d'un petit nombre de pères, ceux à qui en fut confiée la rédaction : le principal était l'archevêque de Milan, Barthélémy délia Capra. La mort récente de ce prélat rendait facile de rejeter sur lui la responsabilité de la faute.
La colère de l'Empereur se tourne alors contre Philippe-Marie : <( C est un traître, s'écrie-t-il, qui m'a manqué de parole! Si je vis, « il faudra qu'un de nous deux disparaisse. » (26 avril 1434.) Le lendemain, dans la députa tion de la Foi, les Milanais entre-
lequel le pape invite Sigismond à obtenir que le concile enjoigne au Visconti de rappeler ses troupes, de cesser les hostilités, de restituer les terres conquises (Rinaldi, IX, 169). — Au mois de janvier, les pères n'avaient encore reçu que des lettres missives envoyées d'Italie, de Venise sans doute, et qui mentionnaient l'existence et reproduisaient le texte de la commission donnée par le concile à Philippe-Marie (Monum. Concil., II, 588, 657 ; J. Haller, III, 5).
1. L'Empereur prétendait que Cesarini n'avait pu ignorer l'existence de cette bulle : ne portait-elle pas la souscription d'un de ses secrétaires ? — Mais non : Sigismond confondait le secrétaire du légat, Barthélémy Battit'erri, avec celui de l'archevêque de Milan, Barthélémy de Lucignano (Monum. Concil., II, 659),