‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 41 sur 396 · GARANTIES RÉCLAMÉES PAR LE PAPE · texte numérisé non relu

GARANTIES RÉCLAMÉES PAR LE PAPE

Grand embarras de la seigneurie ! Il devait suffire au pape qu'on lui laissât l'usage de son autorité ; obliger les Siennois à se mêler de répression, c'était risquer de compromettre l'honneur de la république l. Cependant n'avait-on pas décidé, en principe, qu'on voulait assurer la tenue du synode à Sienne? En ce cas, il fallait en prendre les moyens. Une première lettre ordonna aux ambassadeurs à Rome de céder sur ce point, s'ils ne parvenaient pas à faire amender les articles secrets réclamés par le pape 2. Cinq jours plus tard, le consistoire s'était ravisé : nouvelle lettre invitant les ambassadeurs, cette fois, à faire comprendre qu'on se contenterait de laisser le pape user de sa juridiction 3, et qu'on l'entourerait d'une sollicitude filiale, sans pour cela s'engager à lui prêter main-forte contre les auteurs de complots 4. S'il insistait, on lui déclarerait qu'en matière aussi grave on ne pouvait se dispenser de saisir les conseils : le mystère dont il avait enveloppé la négociation faisait espérer qu'il reculerait devant le risque dune divulgation °.

Qu'advint-il? On l'ignore. Cependant les allusions que contient la correspondance échangée entre le pape et le gouvernement

1. Lettre du 26 juillet 1423 : « Ghe noi aviamo molto bene examinate tutte le parti, et cognosciamo assai dubiti et inconvenienti che ne potrebbono seguitare in vergogna del nostro Commune... Perô che devarebbe bastare se lassassimo usare la sua autorité appostolica, sença averci noi a ponere le mani... » (Arch. d'État de Sienne, Copia lettere del Concistoro, n° 1622).

2. « Nientedimeno, perche aviamo una volta deliberato di volere il Goncilio, ... siamo contenti et voliamo che, provato prima se detti capitoli si possono correggiare in alchuna parte a honore del nostro Commune, fînalmente conchiudiate et capitoliate per quel modo vè stato ademandato per la parte de la sua Beatitudine. »

3. Lettre du 31 juillet aux mêmes Charles Angelini, Ceccho di Bartolomeo et Christophe Andréa : « A paruta la dimanda fatta essere di troppo grande importança allô honore de nostro Gomune et passare il debito délia honestà. » (Ibid.)

i. « Imprimo che noi non abiamo cedere a la sua Santità aiuto o favore contra d'alchuno prelato, signore o altra persona, perche facesse o machinasse contra di lui, sicondo la sua domanda, ma solamente voliamo essere obligati ch'el nostro Gomune permettero et lassargli usare et exercitare ogni sua appostolica autoritate et giuridicione contra qualunche persona fusse venuta o verra al Concilio o a la Corte. Perô che, facendo altrimente, ci pare di troppo grande pregiudicio. »

5. « Sarebbe pcricoloso, maxime per lo grande segreto lo quale ricomanda la sua Santità. »

20 MàrtiN v et le concile de sienne

siennois tendraient à faire croire que Martin V réussit, en fin de compte, dans sa négociation : « Tout ce qu'a demandé votre Saince teté à nos ambassadeurs, nous y avons pleinement consenti », écrivait le consistoire le 13 janvier 1424 l. A quoi le pape répondait : « Nous l'avouons, vos premiers ambassadeurs nous ont « concédé tout ce que nous leur avons demandé 2. » Ce qu'on peut affirmer, c'est que, si la république prit, en matière de répression, des engagements mystérieux, elle s'appliqua et parvint à les tenir secrets. Il n'en est question ni dans les lettres de ses magistrats ou de ses ambassadeurs, ni dans les délibérations de ses conseils.

Qu'eussent donc pensé les pères s'ils eussent eu connaissance de ces articles additionnels, eux que remplissait d'alarme la seulevue du traité publiquement conclu au mois de juillet et revêtu, au mois d'août, des ratifications du pape et de la république 3 ? Au dire de Jean de Raguse, ils crurent que cette convention les livrait pieds et poings liés à Martin V.

Il y avait là sans doute quelque exagération. Ceux cependant qui méditaient de commencer la réforme de l'Eglise par « la « tête », comme on disait alors, c'est-à-dire par la suppression des abus de la cour de Rome, étaient exposés à encourir les rigueurs des officiers pontificaux, dont le traité les déclarait justiciables. Les pères, en outre, s'étonnaient du sans-façon avec lequel Martin V traitait une assemblée qui « tenait ses pouvoirs immédia- « tement de Jésus-Christ », et à laquelle, d'après les principes de

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