‹ La crise religieuse du XV. siècleChapitre 57 sur 396 · PROJETS ÎÊÉFORMATEUBS DU CONCILE · texte numérisé non relu

PROJETS ÎÊÉFORMATEUBS DU CONCILE

et une messe, d'où la musique, pour plus de gravité, serait exclue. Les fidèles seraient invités à s'y associer par des prières, des jeûnes, des œuvres pies. Le concile provoquerait les avis du dehors, fournirait même aux donneurs de conseils les moyens de venir et de se faire entendre, à condition de n'injurier personne. Dans les actes du concile de Constance, on distinguerait les décrets qu'il s'agissait de faire observer, d'interpréter ou de compléter, et les simples décisions des « nations », des commissions qu'il faudrait examinera nouveau, peut-être rendre obligatoires. Dans les écrits des pères, dans le Corpus juris. on rechercherait, avec l'aide des docteurs, ce qui convenait au temps présent, ce qui avait besoin d'être, au contraire, complété ou modifié. Jusqu'à l'achèvement de la réforme, le concile s'interdirait de traiter aucune question qui pût le diviser ou le distraire. On menaçait d'excommunication quiconque, au dedans ou au dehors, contrarierait l'œuvre entreprise, y mettrait sournoisement obstacle. Tous les pères devaient prêter serment d'y concourir, de ne point s'en aller à moins de raison urgente, et de combattre les propositions de dissolution prématurée. Enfin, comme moyen pratique d'aboutir, on projetait ou d'établir des boîtes fermées à clef, semblables à nos urnes électorales, dans lesquelles chacun pourrait introduire un bulletin contenant ses desiderata, ou de charger, dans chaque « nation », une commission spéciale de centraliser et de résumer, avec la discrétion voulue, les opinions de tous les membres. Notez qu'on reconnaissait le besoin d'assurer aux réformes la sanction apostolique, qu'on ne mettait, d'ailleurs, pas en doute l'approbation pontificale, et que, pour mieux la constater, on proposait de donner lecture publique, à chaque session, des pouvoirs dont étaient investis les légats '.

1. Chaque article de réforme admis par une commission devait être soumis ensuite à l'examen et au vote des membres de la « nation » tout entière, puis, en cas d'adoption, communiqué aux autres commissions. Dès qu'une vingtaine ou une trentaine d'articles auraient été ainsi votes par toutes les «nations », on procéderait à la tenue d'une session, afin de les revêtir de la forme de décrets (Jean de Raguse, p. 27-30).

Le Pape et le Concile. 3

Programme vaste et admirable ! Malheureusement, dans la pratique, les choses se passèrent autrement.

Quoique peu nombreux, le concile était fort divisé. Jean de Raguse y signale deux courants contraires. D'une part, les défenseurs de la souveraineté pontificale y interprétaient le décret Frequens à leur manière — on s'est déjà formé une idée de ce qu'était, à cet égard, l'opinion de Martin V { — et rêvaient de faire décréter, conformément à la bulle du 10 mai 1418 2, qu'il n'est permis en aucun cas d'appeler du pape au concile. D'autre part, les novateurs annonçaient l'intention d'attaquer de front la cour de Rome, et, pour mieux marquer leur hostilité, placardaient, un jour, dans les rues de Sienne les décrets de Constance sur la suprématie conciliaire. Ces dissentiments empêchèrent les <c nations » de se mettre d'accord, et l'on convint, au bout de quelques semaines, que chacune d'elles élaborerait à part son programme de réformes. La « nation française » fut prête la première 3.

A côté de motions dictées par le zèle de la foi ou l'intérêt du pays 4, le projet de cette « nation » en contenait d'autres moins rassurantes pour le saint-siège. Les Français voulaient qu'une fois pour toutes le pape fût mis hors d'état de rien changer aux décrets des conciles généraux : il promettrait de les observer, se

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