DISPERSION DES PÈRES
Il n'est pas jusqu'aux Siennois, si résolus, la veille encore, à retenir le concile, qui ne se soient inclinés devant le fait accompli l. L'idée bizarre d'inviter le clergé de la ville et du territoire à continuer de se réunir, pour narguer le saint-siège, fut mise aux voix dans un conseil, mais ne réunit que 14 suffrages sur 81 2. On se borna donc à rédiger des lettres de plaintes à l'adresse du pape, des légats, des cardinaux Carillo etCorrer. Les « nations », y lisait-on, avaient accueilli avec indignation une mesure que ne pouvait faire prévoir la réponse favorable de Sienne aux demandes du souverain pontife. Quel danger, quel scandale ne devaient pas en résulter ! Quelle honte pour la république et, ce qui importait plus encore, peut-être pour Martin V lui-même! Cette retraite des légats ne se justifiait par aucune crainte : l'asseurement leur garantissait toute sécurité. Incapable de manquer à ses engagements, la république offrait de les renouveler au besoin, prête à tout pour complaire au pape, contre qui on pouvait être sûr qu'elle ne laisserait jamais rien entreprendre 3.
Martin V n'avait pas encore reçu ces assurances, quand, pour achever de disperser les débris du synode, il envoya à Sienne, comme ambassadeur, le seigneur Malatesta, vicaire de Pesaro 4.
1. Les légats leur avaient laissé une lettre en s'en allant. Cf. un procès-verbal du 7 mars: « Audita et visa discessiofne] hodie facta per Présidentes Summi Pontificis de civitate nostra, deliberaverunt quatenus scribatur domino nostro Pape et cardinalibus S. Eustaehii et Bononie de dicto discessu et de modo, et notificent responsum datum oratoribus suis ultimis. » (Concistoro, Deliberazioni, 338, fol. 5 v\)
2. « [8 mars :] Et, ad consilium ser Christofori Andrée, super dicta materia misso : — Partite cui videtur et placet quatinus nostris prelatis dicatur quod debeant continuare Concilium et se congregari pro predictis, reddat lupinum album ; nisi non, nigrum ! — positum fuit per .lxvii. consiliaros reddentes eorum lupinum nigrum pro non, non obstantibus .xiv. aliis consiliariis reddentibus eorum lupinum album pro sic. » (Ibid., fol. 6 r°.)
3. « Contra cujus statum a certo tenete quod non pateremur modo aliquo attentari. » — La lettre au pape, ainsi que la lettre à Pierre Donato, à Jacques de Camplo et à Léonard Dati, est datée du 8 mars (Copia lettere del Concistoro, n°1623; cf. le procès- verbal du même jour, Concistoro, Deliberazioni, 338, fol. 5 v°» où il est question delà lettre adressée aux Siennois par les présidents).
4. Celui-ci ne voulut point s'aventurer sur le territoire de la république sans s'être muni d'un sauf-conduit. Les Siennois, le 10 mars, lui en adressèrent un des plus complets, tant pour lui que pour une suite de cinquante chevaux, mais en
D'ailleurs, depuis qu'il était délivré de toute crainte au sujet du concile, il se sentait étonnamment porté à la bienveillance : il fit offrir de mettre cent lances au service de la république l. Le style tendre et paternel du bref qu'il adressa aux Siennois, en réponse à leur lettre du 8 mars, ne rappelle que de loin le ton de sa correspondance des mois de janvier et de février : « Les <( injures de vos concitoyens, écrit-il aux magistrats, ne sauraient « refroidir notre vieille affection, au point de l'empêcher de « renaître plus ardente dès que vous faites un mouvement vers « nous. » Puis il se borne à reprocher doucement aux Siennois d'avoir un peu trop fait attendre la promesse qu'il réclamait. De leur intervention si indiscrète il ne parle plus ; il ne trouve qu'un mot à reprendre dans leur lettre : d'après eux, le concile aurait été dissous sans le consentement d'aucune nation ~. Il ne demande qu'à se laisser convaincre de la sincérité de leur zèle, et, passant l'éponge sur le passé, ne veut plus voir en eux que des fils très dévoués, qui lui sont particulièrement chers 3.
lui reprochant sa méfiance, et en l'assurant que sa venue leur était fort agréable (Copia letlere del Concistoro, n° 1623).