DISSOLUTION DU CONCILE
Le mardi gras (7 mars), tandis que la population garnissait le pourtour de la Piazza del Campo, afin de jouir du spectacle des luttes traditionnelles, et que les pères eux-mêmes désertaient le Dôme, siège habituel de leurs réunions, Pierre Donato, Jacques de Gamplo et Léonard Dati, les trois légats demeurés à Sienne, s'esquivèrent sans dire adieu. Une fois à l'abri sur le territoire florentin, ils firent placarder, dans la soirée, aux portes de la cathédrale un acte scellé de leurs trois sceaux et de celui de leur collègue Pierre Colonna, qui prononçait, sous la date du 26 février, la dissolution du concile. Ils se fondaient sur les pouvoirs qu'ils avaient reçus de Martin V, prétendaient en avoir mûrement délibéré avec presque toutes les « nations », permettaient, ou plutôt ordonnaient aux pères de se disperser, leur interdisaient, en tout cas, de se grouper en « nation » ou d'essayer de continuer en aucune manière le synode dissous, menaçaient d'excommunication tout cardinal ou prélat qui contesterait la régularité de cette dissolution, en y ajoutant, pour les ecclésiastiques de second ordre, la peine de la privation des bénéfices et de l'inhabilité. Ils eussent souhaité de faire promulguer cet acte dans une session publique : des motifs raisonnables, des circonstances pressantes les en avaient, disaient-ils, empêchés l.
Les pères, ceux du moins qui n'étaient pas dans le secret, eurent cette surprise, à leur réveil, le mercredi des Gendres. Que faire ? On se réunit au Dôme, on discuta longuement.
Les arguments ne manquaient pas pour attaquer la dissolution. C'était d'abord la promesse faite par les légats eux-mêmes, lors de la fixation du lieu de Bâle (19 février), que le concile allait continuer de siéger jusqu'à ce que la réforme fût accomplie. Puis, des principes de Constance on prétendait déduire que le pape, obligé de s'incliner devant le concile en matière de réforme
1. Appel interjeté, le Lendemain, par Thomas, abbé de Paisley (Monum. Concil., I, 56, 57). — L'abbé Alexandre de Vézelay rappela les mêmes faits le 19 février 1434, mais oublia, au bout de dix ans, que les quatre nonces ne s'étaient pas esquivés en même temps (ibid. ,11, 609).
n'avait pas le droit de dissoudre le concile contre son gré, ce qui équivalait à interrompre prématurément la réforme. Or, on contestait que les légats eussent, comme ils disaient, pris l'avis de « la plupart des nations » ; et l'on savait que Martin V, au contraire, dans ses bulles et sa correspondance, avait affiché hardiment la prétention d'exercer lui-même le droit de dissolution. L'on faisait aussi remarquer que les dernières conférences d'un des légats avec la commission de réforme étaient postérieures à la date de la prétendue dissolution (26 février), dont il n'avait pas soufflé mot. Enfin la disparition subite des légats autorisait, sinon à croire, du moins à soutenir qu'ils avaient abusé de leurs pouvoirs et outrepassé leurs instructions *.
Ces raisons, d'autres encore, furent alléguées dans un violent réquisitoire que le signataire, l'abbé de Paisley, fit suivre d'une protestation contre la « prétendue dissolution » et d'un appel au concile de Sienne non dissous, subsidiairement au concile de Bâle, à Martin V ou à son successeur. Véritable cri de révolte, qui n'eut, d'ailleurs, pas d'écho. Un seul des assistants, Guillaume du Mont, prieur de Payerne, osa donner son adhésion; Jean de Raguse et l'abbé de Vézelay se bornèrent à figurer dans l'acte à titre de témoins ~. Les pères étaient d'avance ralliés à la dissolution, ou intimidés par les menaces des légats, sinon tenus en respect, comme le veut Jean de Raguse, par le voisinage des Etats pontificaux. Ils ne voulurent point faire de « scandale »: dès cette séance du 8 mars, ils décidèrent qu'ils allaient « remettre « à Dieu le soin de veiller sur son Eglise », en d'autres termes, qu'ils s'en retourneraient chez eux 3.
1. En même temps que la disparition des présidents, on avait pu constater cependant le départ des deux ambassadeurs du pape, Faidet et Cerretani, celuilà probablement non dissimulé. C'est ce que nous apprend la lettre écrite, le lendemain, par les Siennois à Martin V: « Eadem hora discesserunt oratores vestri, et immédiate etiam Présidentes, insalutato hospite, similiter abierunt... » (Copia letters del Concistoro, n° 1623.)
2. Avec les évêques de Géphalonie et de Sarno, Antoine Morelli et Marc de Teramo (Monum. Concil., I, 53-60).